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25 novembre 2012 7 25 /11 /novembre /2012 22:22

Par Médiaterranée samedi 24/11/2012

 

Photo : Le fabuleux joueur n'en est pas à son premier acte de solidarité... (DR)

L’attaquant vedette du Real Madrid, Cristiano Ronaldo, fait un don de 1,5 million d'euros aux enfants de Gaza. Un geste fort qui témoigne d'une prise de conscience admirable. A Gaza, les enfants ont payé le plus tribut lors des derniers pilonnages israéliens, plusieurs d'entre eux sont morts sous les bombes.

L’attaquant vedette a remis son Soulier d’Or de 2011 à la fondation Real Madrid, qui a son tour l’a vendu aux enchères, selon des sources concordantes. Cette somme ira aux petits écoliers de Gaza piégés dans un impitoyable blocus.

Le fabuleux joueur n'en est pas à son premier acte de solidarité. L'an dernier, il avait vendu la plupart de ses chaussures de sport lors d'une vente aux enchères Fondation Real Madrid, qui a également été consacrée à la collecte de fonds pour les écoles dans la bande de Gaza, selon de nombreux médias.

 

 

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6 août 2012 1 06 /08 /août /2012 18:22

Mokrane Aït Larbi : « Les responsables au sommet se placent au-dessus des lois »

 

L'évocation du nom de Mokrane Aït Larbi nous renvoie aux frondeurs de la revendication culturelle berbère. Il a fait partie de ceux qui ont connu la prison dans toute sa rigueur. Ainsi, en février 1985, il est parmi les sept activistes appréhendés par la sécurité militaire parce qu’ils ont voulu prendre la parole lors du séminaire à Tizi Ouzou sur l’écriture de l’histoire de la Wilaya III.

En août 1985 également, il est jeté en prison en tant que membre de la première Ligue des droits de l’homme de Ali Yahia Abdenour. Il est déporté dans le Sud en décembre 1986 pour s’être constitué avocat des émeutiers de Constantine et enfin lorsque la Ligue algérienne des droits de l’homme a été affiliée à la FIDH (Fédération internationale des droits de l’homme). 

Il nous faut de rappeler que c'est à 15 ans que Mokrane fait son baptême du feu de son engagement politique avec la grève de la faim et la "grève du cartable". Justice, démocratie seront toujours les maîtres mots de son combat pour les droits de l'homme, la liberté. Fondateur du Rassemblement pour la culture et la démocratie (RCD) avec Saïd Sadi, il en sera le numéro 2 mais il finira vite par démissionner considérant que la démocratie doit commencer d'abord à l'intérieur des partis. Il démissionnera aussi avec fracas du Sénat où il a été désigné sénateur dans le cadre du tiers présidentiel à l'époque du président Zeroual. La raison ? Il met en cause l'inefficacité de cette institution qui, dit-il, "ne sert qu'à dépenser l'argent du contribuable". C'est dire que celui qui a été des "deux côtés de la barrière" est resté iconoclaste, un trublion sur lequel se brisent les tentatives de récupération. Loin des partis politiques et des cercles du pouvoir, l'avocat Mokrane Aït Larbi ne mâche pas ses mots quand il parle de la justice où, dit-il, "les grands dossiers sont gérés par le pouvoir politique et les services de sécurité". Il en est ainsi de l'affaire Khalifa Airways, les milliards détournés par des personnalités encore en activité, voire même promues ! Il en appelle à un "débat général, préalable à toute réforme vers la démocratie" car, dit-il, "il est temps de laisser le peuple décider de son avenir en toute liberté". Il n'exclut pas l'éventualité d’un retour à l'action politique dans le cadre de la création d'un nouveau parti politique. Aguerri par un parcours de militantisme actif, l'avocat de la démocratie garde la tête froide. Mais il en appelle à la réanimation de la mouvance démocratique "eu égard à l'échec de ses dirigeants". Optimiste, il assure : "Le peuple algérien est capable de construire un avenir meilleur" parce que, justement, il a su triompher de toutes les tyrannies... C'est toutes ces idées forces que nous développons dans cet entretien que Maître Mokrane Aït Larbi a bien voulu nous accorder à l'occasion de cette rentrée sociale.

 

Par Le Soir d'Algérie

Le Soir d’Algérie : La rentrée s’annonce chaude au double plan politique et social. Quelle lecture faites-vous des grèves cycliques et des émeutes récurrentes ? 

Mokrane Aït Larbi : C’est une rentrée comme ses précédentes qui se caractérise par l’absence de débat public, les atteintes aux libertés fondamentales et aux droits de l’Homme et par le silence des partis politiques. Au moment où les "problèmes" des spéculateurs, des rentiers, des responsables au niveau du pouvoir et des partis politiques se résument à trouver les moyens de dépenser l’argent de la rente pour des futilités telles que l’achat de 4X4 dernier cri pour leurs enfants, la majorité des Algériens est confrontée, au quotidien, aux problèmes du chômage, de logement, de santé, de scolarité des enfants, de transport et de sécurité. Le niveau de vie des Algériens est en baisse. Ceux qui travaillent bouclent les fins de mois avec 100 DA. A vous d’imaginer la vie d’un chômeur. Ce qui explique, en partie ce mécontentement général qui se manifeste par des grèves, des émeutes, l’occupation des administrations, le blocage des routes, les immolations, etc. Cette situation conduira inévitablement à des émeutes généralisées aux conséquences graves. Aux dirigeants donc de choisir de partir par la porte ou se retrouver dans une cage et sur une civière. Car, contrairement à ce que pensent nos "intelligents", ceci n’arrive pas qu’à Moubarak. 

Des animateurs de la mouvance démocratique ont appelé à la reprise des marches pour un changement pacifique pour ce samedi 17 septembre. Sachant le faible impact des précédentes marches, croyez-vous en leur relance ou a contrario à leur inutilité ? 

"La mouvance démocratique" nécessite plus de la réanimation que d’animation. Je pense qu’il est temps de constater l’échec des dirigeants de cette "mouvance démocratique" depuis 1989, pour ne pas recommencer. Au lieu de se contenter de lancer des appels à des "marches pacifiques" et de les abandonner quelques semaines plus tard pour "déposer des plaintes" aux Nations-Unies, un travail de fond reste à faire, en commençant d’abord par démocratiser les partis politiques et les associations, en ouvrant un débat général sur les grandes questions qui interpellent tout militant démocrate, pour préparer un projet de réformes à opposer à celui du pouvoir. 

Des personnalités à l’exemple du philosophe français Bernard-Henry Lévy soutiennent une "journée de la colère" en Algérie. Quels en sont les risques d’après vous ? 

Je pense que les Algériens sont suffisamment grands pour se prendre en charge et envisager eux-mêmes la voie à suivre pour un changement démocratique. 

Kadhafi a été chassé du pouvoir et, partant, de Libye comme un vulgaire délinquant par l’Otan. Selon vous, assistons-nous à un renouveau du colonialisme sous d’autres formes ? 

Saddam et Kadhafi ont été chassés du pouvoir par des puissances. Ces mêmes puissances qui les avaient soutenus en leur fournissant le matériel nécessaire pour la répression. Et on se souvient tous de la fameuse déclaration de Madame Alliot-Marie (ancienne ministre française de la Défense, NDLR) qui a proposé au dictateur Ben Ali des méthodes "intelligentes" pour réprimer la révolution tunisienne. La France, l’Angleterre et les Etats-Unis ont toujours soutenu — et continuent à soutenir — les dictatures arabes et africaines, en échange du pétrole et d’autres matières premières. Aujourd’hui, ces mêmes puissances préfèrent des régimes "de bonne gouvernance" pour atteindre les mêmes objectifs. Elles servent, bien entendu, les intérêts de leurs peuples. C’est de bonne guerre mais, de grâce, qu’elles nous épargnent le discours sur la protection des civils et le changement démocratique car des dizaines de civils sont tués tous les jours en Palestine, en Syrie, au Yémen, au Bahreïn. Et il y a encore des dictateurs arabes et africains amis d’Obama, de David Cameron et de Sarkozy. 

Au plan interne, les tensions sur le front social rendent la paix sociale précaire. La carotte et le bâton semblent être le moyen de gestion des revendications de la population. Cette confrontation population- pouvoir politique risque-t-elle de dégénérer en l’absence d’un vrai débat sur l’avenir du pays ? 

Un débat général sur les grandes questions est un préalable à toute réforme vers la démocratie, car l’objectif des réformettes engagées depuis l’indépendance n’a jamais dépassé la protection des intérêts des différents groupes du pouvoir et le maintien du système mis en place au nom du peuple sans lui donner la parole. Nous constatons que depuis l’indépendance, le pouvoir n’a pas cessé de parler au peuple. Et aujourd’hui, il est temps d’écouter ce peuple et de le laisser décider de son avenir en toute liberté et en connaissance de cause. 

A Hydra, les riverains du parc Bois des Pins ont été violemment réprimés pour une histoire de parking, et à Bordj Menaïel parce que les citoyens se sont opposés à la création d’une décharge publique. Vous attendez-vous à la répétition de scénarios similaires qui prennent des allures de déni de droit et de justice ? 

A Hydra ou à Freha, le citoyen n’a que les services répressifs comme interlocuteur. En l’absence des institutions et de l’Etat, des citoyens essayent de s’organiser pour préserver des droits élémentaires. Le pouvoir a toujours répondu à ces revendications par l’envoi de milliers de policiers antiémeutes sous prétexte de maintenir l’ordre public. Or, cet ordre public est troublé au quotidien par des comportements irresponsables de maires, de walis, de ministres, d’officiers de police, etc. Face à l’arbitraire, aux atteintes aux droits et libertés et à l’injustice, les Algériens ont le droit de s’organiser comme ils peuvent. Pour aller vers l’essentiel, l’Etat et ses institutions doivent assumer leurs responsabilités au quotidien dans le cadre du droit et du respect des libertés fondamentales. 

Concernant justement la justice à laquelle vous avez consacré un livre, est-elle toujours aussi éloignée du palais ? 

Les petites infractions de droit commun et le litige entre particuliers sont laissés généralement au magistrat. Mais les grands dossiers sont toujours gérés par le pouvoir politique et les services de sécurité. Sinon comment expliquer des plaintes sans suite déposées par des citoyens contre des responsables et des parlementaires? Comment expliquer le fait que de hauts responsables politiques, cités dans des affaires de corruption et dénoncés par la presse, ne soient pas poursuivis ? Le comble est que certains d’entre eux ont obtenu des promotions ! Pourquoi la Cour suprême n’a-t-elle pas encore statué sur les pourvois en cassation dans l’affaire Khalifa ? Pourtant les intéressés étaient sommés de déposer les mémoires pendant les vacances judiciaires en août 2007 et ces mémoires ont été déposés par leurs avocats dans les délais. Et à l’occasion, où en est-on avec le dossier pénal de Khalifa Airways ? 

Vous avez dénoncé le non-respect des droits de la défense, l’instrumentalisation de la justice du fait d’ordres venus d’en haut dans des affaires délicates dont certaines attendent d’être jugées (Sonatrach, malversations dans l’autoroute Est-Ouest, affaire des détournements d’argent en milliards). Faut-il désespérer de leur aboutissement un jour ? 

Etant constitué dans ces affaires et étant donné que la justice n’a pas encore statué sur le fond, ma réponse ne sera donnée qu’à l’audience publique du tribunal. 

Etat de droit, indépendance de la justice, l’état des lieux a-t-il enregistré quelques avancées ces dernières décennies ? 

La notion de l’Etat de droit en Algérie n’est qu’un discours. Les responsables au sommet de l’Etat pensent qu’ils sont investis d’une mission suprême que les autres Algériens sont incapables d’assumer et pour cela, ils se placent au-dessus des lois. Quant à l’indépendance de la justice, elle n’existe à mon avis que dans le discours de l’ouverture de l’année judiciaire. Il y a, certes, des améliorations dans les textes mais à quoi sert de mentionner dans un texte de loi l’inamovibilité des magistrats du siège quand cette loi permet la mutation d’un juge quelles que soient son ancienneté et sa fonction, pour "une bonne administration de la justice" ? On est très loin de l’Etat de droit et de l’indépendance de la justice, et je pèse mes mots. 

Cela nous renvoie à la commission chargée des réformes politiques de Abdelkader Bensalah, qui a reçu beaucoup de monde de la société politique et civile. Quelle crédibilité accordez-vous à ces consultations et à quels résultats vous attendez-vous ? 

Il ne s’agit pas de Bensalah ou de sa commission. C’est la méthode que je remets en cause. Car toute réforme sérieuse doit passer par un débat public pour réformer selon la volonté du peuple. Non seulement certaines personnes reçues par la commission ne représentent rien dans la société mais elles ne savent même pas de quoi elles parlent. 

Ces réformes politiques voulues par le président Bouteflika interviennent visiblement sous la pression des "révolutions arabes" et des revendications de changement démocratique. Seraient-elles finalement que des effets d’annonce ? 

Par ces réformes, le pouvoir cherche à gagner du temps en exploitant le sentiment d’insécurité, le drame de ces vingt dernières années et le sens des responsabilités du peuple, qui ne veut plus revivre cela. Le système mis en place depuis l’indépendance a pu se maintenir malgré les événements d’Octobre 1988, en manipulant des dirigeants islamistes et démocrates. Mais ces méthodes ne peuvent pas être éternelles. 

Des partis et des personnalités ont rejeté l’invitation de la commission parce qu’ils ne croient pas à la capacité du système de se réformer par lui-même au risque de se "suicider"

Chacun est libre de ses actes et chaque parti politique a ses raisons de répondre ou ne pas répondre à l’invitation de la commission

Loi fondamentale, Assemblée nationale sont les thèmes forts des débats en cours. Pour quel type de régime penchez-vous, connaissant votre hostilité au Sénat qui, je vous cite, "ne sert qu’à dépenser l’argent du contribuable" et duquel d’ailleurs vous avez démissionné dans le cadre du tiers présidentiel du temps de Liamine Zeroual ? 

A part quelques articles dans la presse, je ne vois aucun débat dans la société sur ces questions. Car un vrai débat nécessite l’ouverture des médias lourds, de la presse écrite et des salles dans tout le pays pour débattre en toute liberté dans le respect de l’autre. Et ce n’est pas pour demain. Pour ma part, je suis pour un système démocratique qui donnera la parole au peuple pour choisir ses gouvernants en toute liberté après un débat sur les questions de fond qui restent en suspens depuis juin 1991. A partir de là, opter pour un régime présidentiel, présidentialiste ou parlementaire est un luxe qu’on ne peut pas se permettre dans un pays où un droit banal comme l’obtention d’un passeport ou l’accès à un poste de responsabilité ne peut s’obtenir qu’avec l’accord des services de sécurité. 

Maître Mokrane Aït larbi, militant des droits de l’Homme, homme politique qui dit haut ce qu’il pense, vous êtes très médiatisé et présent sur la scène politique. Est-ce un avantage ou un inconvénient dans la défense des justiciables ? 

Ni l’un ni l’autre. J’exerce ma profession d’avocat en toute indépendance et j’essaie de le faire en professionnel. Pour rappel, même quand j’étais avocat stagiaire non médiatisé, j’ai défendu des militants politiques de toutes les tendances et des syndicalistes avec dévouement et détermination. Et depuis, je ne demande aux juridictions que le respect de la loi, des droits de la défense et de la dignité des accusés, qui sont présumés innocents. 

On dit que le juge craint l’avocat que vous êtes… 

Entre les juges et moi, il y a un respect réciproque. Croyez-moi, il y a des magistrats courageux respectés et respectables. 

Doit-on s’attendre à un "come-back" du militant ? 

Ce n’est pas à exclure. 

Quels sont vos projets futurs ? Un livre ? Un parti politique ?

Pourquoi pas les deux ? 

Vous posez-vous la question de quoi sera fait demain ? 

Le peuple algérien, qui a résisté à la tyrannie, à la dictature, au colonialisme, au système de parti unique et au terrorisme est capable de construire un avenir meilleur et de défendre ses droits et ses libertés.

Plutôt satisfait de votre parcours depuis le Printemps berbère ? 

J’ai fait ma première grève de la faim et ma première grève du cartable à l’âge de 15 ans. Et depuis ma majorité, je n’ai pas cessé de défendre les causes justes en fonction de mes moyens. J’ai milité pour la reconnaissance de la langue et la culture berbères et le respect des droits de l’Hommes et des libertés fondamentales. Et aujourd’hui, j’ai la conscience tranquille. 

Quelques mots sur ce qui vous motive dans votre métier d’avocat et ce qui vous attriste ? 

La joie et la tristesse sont le quotidien de l’avocat pénaliste confronté à des drames humains d’accusés à tort et de victimes réelles. Je ressens une satisfaction à chaque fois que j’arrive à faire acquitter un innocent et une forte colère lorsqu’un innocent est condamné à une peine de prison et qu’on ne peut rien faire pour lui.

 

 

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14 février 2012 2 14 /02 /février /2012 21:26

Mgr Jeanbart, l’archevêque d’Alep en Syrie redoute l’arrivée au pouvoir des islamistes et déplore l’attitude de Paris vis-à-vis du régime.
Au nom des minorités inquiètes de l’après-Bachar el-Assad, l’archevêque d’Alep plaide pour une transition démocratique qui épargnerait les violences.

Propos recueillis par Georges Malbrunot, journaliste

Quel est le moral des chrétiens, après dix mois de révolte contre le régime syrien ?
Nous sommes très préoccupés par les conséquences d’un renversement du régime, qui pousserait beaucoup de nos fidèles à émigrer, comme en Irak depuis la chute de Saddam Hussein. Les chrétiens n’ont pas confiance dans un pouvoir sunnite extrémiste. Nous redoutons la domination de Frères musulmans dogmatiques.

Mais que pèsent-ils : 15 % à l’intérieur ?
Même pas. Mais c’est précisément parce qu’ils ne pèsent pas lourd que les islamistes veulent aller vite pour renverser le régime. C’est également pour cette raison qu’ils sont aussi actifs dans les rangs de l’opposition à l’extérieur du pays et qu’ils refusent tout dialogue avec le pouvoir. Les Frères musulmans ne peuvent renaître que dans le cadre d’un renversement brutal auquel ils prétendront avoir participé depuis l’étranger, grâce à leurs appuis turcs et des monarchies du Golfe. Comme en Libye.

Comment éviter ce scénario ?
Il faut une transition démocratique dans le cadre de réformes que le pouvoir doit engager. C’est encore possible. Bachar el-Assad est en train de persuader le parti Baas d’accepter les réformes. Des avancées ont été enregistrées. On le perçoit à travers les médias officiels, qui encouragent ces progrès et qui contrairement au passé disent maintenant que le parti est contaminé et peuplé d’arrivistes. Une nouvelle Constitution sera annoncée le mois prochain, avec des points intéressants en matière de maintien de la laïcité, par exemple. Il sera stipulé qu’aucun parti ne pourra être fondé sur une base confessionnelle. Le président ne pourra pas non plus être élu plus de deux fois, et l’article 8, qui garantissait l’hégémonie du Baas, sera supprimé. Malgré les violences, il faut encore donner sa chance à Assad. Nous devons absolument nous donner le temps de créer des partis non confessionnels pour absorber le vote sunnite, et le détourner des Frères musulmans.

Mais trop de sang a coulé pour qu’une majorité de Syriens accepte de lui faire encore confiance.

Qui vous le dit ? Le régime bénéfice de l’appui des minorités. Les alaouites sont environ 12-13 % et ils soutiennent intégralement le président, car les menaces proférées par les Frères musulmans ont uni la communauté dans la peur des règlements de comptes. Les chrétiens sont 10 % environ, avec 90 % d’entre eux derrière le régime ; les Kurdes, les druzes et les ismaéliens dans la même proportion. Et il ne faut pas oublier les 2,5 millions de baasistes qui ont, eux aussi, un intérêt à ce que le régime survive. Si vous y ajoutez les commerçants sunnites de Damas et d’Alep, vous dépassez probablement les 50 % derrière Bachar. Et les attentats terroristes sont en train de regrouper d’autres Syriens autour du pouvoir. Nous avons peur. Nous avons toujours vécu dans un pays sûr. On ne veut pas ressembler à l’Irak. Et puis l’évolution des transitions en Libye et en Égypte ne nous rassure pas. Tout cela renforce le pouvoir, même s’il réprime beaucoup trop.

Que pensez-vous de l’opposition à l’étranger ?
Je l’aurais soutenue si ses responsables n’avaient pas approuvé une intervention étrangère contre mon pays. Mais depuis le début de la révolte, ils refusent tout dialogue. Ils ont le droit de critiquer, mais sans aller jusqu’à vouloir détruire la Syrie. D’autre part, leur représentativité auprès du peuple est faible. Nous n’avions jamais entendu parler de Buhran Ghalioun ou de Bassma Kodmani avant ces événements. Les seuls dont on connaissait le nom sont ceux liés aux Frères musulmans, qui avaient des relais anciens en Syrie.

Que pensez-vous de la position française dans le conflit ?
Je ne vous cache pas qu’il y a une équivoque que je ne comprends pas. La position française ne va ni dans le sens de votre pensée républicaine, ni dans le sens de ses intérêts. Jamais la France n’a eu autant de faveurs en Syrie que ces dernières années. À Alep, j’ai réussi par exemple à ouvrir quatre écoles en partenariat avec la France. Pourquoi être aussi en pointe contre la Syrie ? On n’aurait jamais imaginé cela de la France, en particulier nous autres les chrétiens.

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Georges Malbrunot - dans Un homme
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11 juin 2011 6 11 /06 /juin /2011 11:18

En 2004, Cesare Battisti réfugié à Paris et menacé d'extradition, s'est volatilisé au nez et à la barbe de la police.

Manifestation de soutien à Cesare Battisti, mars 2004. (Sipa) Manifestation de soutien à Cesare Battisti, mars 2004.

Par Olivier Toscer

 Ce mardi 17 août 2004 n'est pas précisément un jour de pointe. Lorsque Cesare Battisti s'engouffre dans le métro, le réseau est loin d'être bondé. Les rames sont à moitié vides, les couloirs presque déserts. Les Parisiens sont en vacances. La filature n'en sera que plus facile pour ces experts de surveillance. Une équipe mixte composée d'hommes de la brigade de recherche et d'intervention (BRI) et de la section antiterroriste des renseignements généraux (RG) de la Préfecture de Police. Des spécialistes de la traque des braqueurs et des chasseurs d'islamistes: tout ça pour une cible a priori plutôt inoffensive.

Bien sûr, Cesare Battisti connaît tous les trucs et astuces de la clandestinité. Pendant huit ans, de 1982 à 1990, l'ex-militant des PAC, les Prolétaires armés pour le Communisme, a échappé à la justice italienne qui l'avait condamné par contumace à la réclusion criminelle à perpétuité pour "meurtres et complicité d'assassinat". Une sale histoire resurgie des années de plomb, dans laquelle Battisti estime ne pas avoir joué le rôle qu'on lui prête. «Je n'ai jamais tué», déclarait-il encore au «Journal du

Réfugié en France depuis quinze ans, gardien d'immeuble dans le 9e arrondissement et auteur de polars chez Gallimard, Battisti, 49 ans, s'est depuis longtemps rangé de la lutte armée. De toute militance aussi.

Seulement voilà, la justice italienne, tenace, réclame son extradition. Et pour le moment son homologue française lui a donné raison. Battisti a bien déposé un ultime recours auprès de la Cour de Cassation qui doit se prononcer le 29 septembre. Mais il n'en reste pas moins sous contrôle judiciaire. Sous étroite surveillance policière aussi.

Ce mardi du mois d'août, quelque part dans le 11e arrondissement, Battisti s'engouffre dans une bouche de métro. On ne le reverra plus. Nos "experts" viennent de perdre sa trace. Seule piste, une lettre postée deux jours plus tard, de Paris, à l'attention de ses avocats. «Je me soustrais au contrôle judiciaire donc mais je reste en France», écrit Battisti. Un double pied de nez à la justice de Rome et à la police de Paris.

Les "experts" ne savent pas ce qu'ils doivent faire

Dès le 9 juillet, dans une note de synthèse, les policiers chargés de la surveillance soulignent la difficulté de leur mission. «Battisti est très méfiant, notent-ils. Il change très fréquemment de domicile.» Et d'estimer qu'il a tous les atouts pour s'enfuir à l'étranger. Et puis les flics râlent. Le dispositif de surveillance est très coûteux en hommes et en matériel, observent-ils en substance. On ne pourra pas le tenir longtemps. Les «filocheurs» ne comprennent même pas très bien la logique de leur mission. Que faire par exemple si Battisti quitte l'Ile-de-France, violant ainsi l'une des interdictions de son contrôle judiciaire? Faut-il l'interpeller immédiatement? Consulté, le parquet antiterroriste responsable du dossier n'a pas répondu clairement, exigeant seulement d'être prévenu avant toute arrestation. «Dans ces conditions, de nouvelles instructions sont sollicitées», conclut la note du 9 juillet. Elles ne viendront jamais ? Cela n'a rien d'étonnant pour qui connait la bureucratie proverbiale de la France.

En attendant, Battisti est «planté», comme on dit dans le jargon policier. Mis sur écoute. Comme tous ses proches. «On le savait très bien, raconte l'écrivaine Fred Vargas, qui compte parmi les plus proches soutiens du fugitif. Si par exemple on se donnait rendez-vous chez un ami pour un dîner à 19 heures, on arrivait avec un quart d'heure d'avance. Les "soums" des flics (camionnettes banalisées avec vitres sans tain, NDLR) étaient déjà garés en bas de l'immeuble

Les néonazis font le pied de grue devant sa porte

Traqué. Une fois, il compte 22 policiers en civil différents à ses basques ! Et s'il n'y avait que la police ! Mais Battisti est également en butte à la vindicte de militants d'extrême-droite. Le Bloc identitaire le harcèle. Ils perturbent le conseil municipal de son arrondissement, font le pied de grue devant sa porte, tractent sur les marchés de son quartier, profèrent des menaces voilées. «Aux Etats-Unis tu aurais déjà grillé sur la chaise électrique», écrivent-ils.

Dépression et antidépresseurs

L'ex-gauchiste ne dort plus chez lui. Il ne passe dans sa loge de concierge que pour prendre des affaires de rechange. Ressort par les caves ou l'arrière-boutique du café qui jouxte son immeuble. Battisti n'a plus confiance en personne. Battisti ne croit plus à la justice. Il déprime. Il prend des antidépresseurs conseillés pour les troubles obsessionnels compulsifs et les crises de panique. Cela le rend amorphe. «Il faut que je retrouve de l'énergie pour me battre», dit-il à un ami début juillet. Il change de médecin. Choisit à dessein un expert-psychiatre devant les tribunaux. Lequel atteste d'«une dépression réactionnelle sévère dont le défaut de traitement entraînerait des conséquences graves». Il change de traitement aussi. Il semble redevenir combatif. Mais au fond son état ne s'améliore guère. Dès que l'on évoque le sort de ses deux filles, il éclate en sanglots. L'ancien révolutionnaire n'est plus qu'un père angoissé.

Six jour avant le début de sa cavale

Alors les policiers qui le filent s'installent dans une certaine routine. «Battisti est parfaitement en phase avec son comité de soutien. Il semble avoir clairement opté pour la défense politique et juridique de son dossier», observe une nouvelle note de synthèse policière sur le cas Battisti, six jours avant le début de sa cavale. «On continuait effectivement à beaucoup travailler ensemble pour organiser les comités de soutien dès la rentrée, confirme Pénélope Komitès, adjointe (Verts) au Conseil de Paris. Mais il avait de plus en plus de mal à masquer ses crises d'angoisse.»

L'incident du quai de l'horloge

Chaque samedi, conformément à la procédure du contrôle judiciaire, le romancier italien vient pointer au commissariat du quai de l'Horloge. Jamais seul. Pour réduire le risque d'agression par les fachos du Bloc identitaire, des élus parisiens lui ont proposé de l'accompagner. Le 14 août, vers 11 heures, Battisti rejoint comme d'habitude quatre élus verts et communistes dans un café près de l'île de la Cité. Ensemble, ils gagnent la petite salle du contrôle judiciaire. C'est l'incident. Le policier de permanence demande aux politiques de sortir. «Nous sommes adjoints au maire de Paris et cette affaire est politique», rétorquent les élus. «Il n'y a rien de politique là-dedans, s'emporte le flic. Cet homme est un terroriste !» Le ton monte. Puis le groupe se sépare. Mais quelque chose s'est cassé dans la tête de Battisti. Il a peur qu'un faux pas le fasse retourner illico en prison, avant le passage de son dossier en cassation, le 29 septembre. «Déjà, se souvient Fred Vargas, il refusait de s'approcher à moins de 100 mètres d'une gare, un endroit interdit par son contrôle judiciaire. Il avait craignait qu'une provocation policière dégénère en course-poursuite et l'accule dans le hall. Ce qui aurait signifié un retour direct à la case prison.». Trois jours plus tard, il disparaît.

Il réussit à se rendre invisible

Où est-il ? Les policiers de l'Office central des Personnes recherchées et en Fuite (OCPRF), ceux-là mêmes qui viennent d'arrêter Hélène Castel, l'ex-braqueuse d'extrême-gauche réfugiée pendant vingt-quatre ans au Mexique, sont sur la brèche. Lundi dernier, la justice a lancé contre lui un mandat d'arrêt. Mais les pistes manquent. Les rapports de surveillance de Battisti ont certes scrupuleusement relevé ses «points de chute», l'adresse des amis qui l'hébergeaient, ceux des hôtels où il dormait cet été. Les gens qu'il voyait avant de disparaître. Des éditeurs, des écrivains, des universitaires ou des politiques. Mais très peu de compatriotes. «On s'est vite rendu compte que Battisti ne fréquentait pas le petit milieu des anciens clandestins italiens réfugiés à Paris, relève un enquêteur. Il avait même vraiment rompu avec eux. Les écoutes le démontrent d'ailleurs assez bien. Battisti est un solitaire.» Dès lors, l'hypothèse de l'exfiltration à l'étranger organisée par d'anciens camarades, popularisée jusqu'ici par la presse, tient mal. Seule certitude: une fois encore, l'auteur des «Habits d'ombre» a réussi à se rendre invisible.

On le retrouve au Brésil. Après de longues procédures et des menaces à peine déguisé de la part du gouvernement français, le Brésil vient de rendre publique sa décison : Cesar Battisti ne sera pas extradé.


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27 février 2011 7 27 /02 /février /2011 18:08

La remise en cause de la version officielle des événements du 11-Septembre est à ce point dérangeante en haut-lieu que le Secrétaire général des Nations unies Ban Ki-Moon s’est cru obligé de critiquer sévèrement Richard Falk, pourtant investi d’une des missions les plus délicates qui soit, à savoir celle de rapporter auprès des Nations unies sur les violations des droits de l’homme dans les territoires palestiniens. Mais qu’importe sa fonction, c’est comme un sacrilège que Richard Falk aurait commis en soulignant publiquement sur son blog les lacunes et les contradictions du rapport de la Commission d’enquête sur le 11/9. Et cela a suffi à déclencher les réactions les plus épidermiques, allant jusqu’à atteindre à sa réputation et à son honneur.

Richard Falk répond donc ici à ces attaques – certaines le visant personnellement – sous la forme d’un billet rédigé sur son blog et repris par divers sites Web comme VeteransToday. Un des aspects les plus intéressants de cette réponse est que, selon M. Falk, ces critiques au sujet de sa position sur le 11/9 auraient essentiellement pour but de détourner l’attention du public du véritable objet de préoccupation qui devrait être celui des Nations unies et des gouvernements, à savoir les violations des droits de l’homme dans les territoires palestiniens. Autrement dit, non seulement les autorités ne reconnaissent aucun droit à la libre expression concernant le 11/9, mais elles utilisent ce sujet pour placarder tout contestataire sur des thématiques relevant de problèmes de politique internationale.

Richard Falk à la tribune de l’ONU,
représentant des Nations unies pour les Droits de l’Homme

 

En réponse aux sévères critiques de mon article sur le 11/9 faites par le Secrétaire général de l’ONU et de l’ambassadeur US auprès des Nations Unies.

 Richard Falk : auteur de "The Great Terror War", est professeur émérite de droit international à l’université de Princeton où il a enseigné pendant 14 ans. Il préside depuis 2005 la Nuclear Age Peace Foundation [Fondation pour la paix à l’âge du nucléaire]. Depuis les attentats de 2001, M. Falk a consacré une partie de son temps à contester la "version officielle du 11/9". Il a notamment rédigé la préface du livre de David Ray Griffin, "The New Pearl Harbor", qui reste une référence dans le domaine du questionnement de la version gouvernementale américaine sur les événements du 11-Septembre. Le 26 mars 2008, M. Richard Falk a été élu à l’unanimité et pour six ans au poste nouvellement créé de Rapporteur sur les droits de l’homme dans le conflit entre Israël et les Arabes palestiniens.

Par Richard Falksur son Blog

Au vu de tous les commentaires, favorables ou défavorables, suscités par l’article de mon blog rédigé suite à la fusillade en Arizona, et le fait qu’il a déclenché très récemment une attaque publique qui me visait personnellement, je trouve assez approprié de répondre sur ce même blog afin de clarifier ma position actuelle, et de recentrer l’attention sur la détresse et les souffrances du peuple palestinien qui est maintenu en captivité. Derrière tout cela se trouvent des questions cruciales comme la liberté d’expression, l’équité dans les discours publics et un traitement médiatique responsable sur les affaires délicates et controversées de l’État.

Le Secrétaire général des Nations unies et l’ambassadeur des États-Unis auprès de l’ONU ont sévèrement critiqué certaines des remarques publiées sur mon blog personnel, qui mentionnaient les attentats du 11/9. Ils ont qualifié les vues qui y étaient exprimées d’ « ignobles et profondément choquantes », « nocives », « incendiaires » et « absurdes ». Leurs commentaires ont apparemment été faits suite à une lettre envoyée au Secrétaire général de l’ONU par le chef d’une [organisation] de surveillance de l’ONU, une Organisation non gouvernementale (ONG) extrêmement partisane, basée à Genève, et qui a attiré l’attention sur ce passage de mon blog. L’ambassadeur Rice a demandé mon éviction du poste de Rapporteur spécial indépendant du Conseil des droits de l’homme de l’ONU ayant mandat de surveiller le respect par Israël des « droits de l’homme dans les territoires palestiniens occupés depuis 1967. »

Tous ceux qui ont pris la peine de lire entièrement cet article sur mon site ont compris que la référence à la problématique du 11/9 était à la fois limitée et tangentielle. Ce qui était souligné sur mon site était l’importance d’étudier attentivement tous les éléments avant de tirer des conclusions sur les responsabilités politiques ou légales concernant des actes publics extrêmement délicats, et l’importance pour la sérénité de la société d’arriver à une conclusion de manière responsable.

Je n’ai jamais approuvé les doutes concernant la version officielle sur le 11/9 au-delà du fait de souligner ce que savent tous ceux qui ont examiné de manière objective cette controverse ; qu’il reste certains trous dans l’explication officielle qui donnent lieu à toute une série d’explications complotistes, et que malheureusement la Commission [d’enquête sur le 11-Septembre] n’a pas calmé ces remises en cause. Mon plaidoyer avait pour objectif d’encourager à combler ces trous d’une manière crédible, rien de plus, mais rien de moins. Je n’avais absolument aucune intention de manquer de respect envers la mémoire collective du 11/9 aux USA ou ailleurs. Bien au contraire, ma volonté était d’encourager [la mise en place d’]une enquête qui permettrait de clore les doutes toujours vivants chez une partie importante du public, ainsi que chez certaines familles de victimes du 11/9.

Ce que révèle cet incident, et qui est troublant en soi, est que toute remise en cause de la validité de la version officielle des événements du 11/9, tout en bénéficiant de la protection juridique de libre expression, se voit nier les protections politique et morale qui sont pourtant essentielles si l’on veut maintenir un climat de liberté d’expression digne d’une démocratie. Quand de hauts responsables peuvent qualifier quelqu’un qui émet certains doutes dans le langage le plus modéré, d’ « ennemi du peuple », cela signifie soit qu’il y a des choses à cacher, soit qu’il s’agit d’une furie défensive totalement hors de proportion avec la provocation. Le fait de demander une enquête complémentaire sur les questions toujours sans réponses à propos du 11/9 n’est certainement pas une position déraisonnable.

Ce que je trouve consternant est que ni le Secrétaire général ni la Mission US auprès des Nations unies n’ont fait l’effort de me contacter pour demander des clarifications sur mes remarques concernant ces sujets qui ne sont pas liés à mon rôle aux Nations unies, et ont sans attendre émis des critiques insultantes et dommageables pour ma réputation. J’avais la faiblesse de penser qu’en tant que représentant de l’ONU et citoyen des États-Unis, j’avais droit à un minimum de courtoisie, et, de façon plus substantielle, que toute critique serait basée sur ce que je dis plutôt que sur une quelconque lettre envoyée par un organisme de surveillance des Nations unies qui a pris pour habitude de constamment m’attaquer publiquement de manière irresponsable et mensongère, sans doute pour détourner l’attention de mes critiques envers la politique israélienne d’occupation des territoires palestiniens. Il est toujours plus tentant de tirer sur le messager que d’entendre le message. Une tactique similaire, ce que j’appelle « la politique de la déformation » a été utilisée voilà un an lors d’une misérable tentative de discréditer l’éminent juriste sud-africain Richard Goldstone, une personne à la réputation irréprochable en tant que fonctionnaire international. L’objectif était, là encore, de détourner l’attention des conclusions dévastatrices du rapport Goldstone remis aux Nations unies, résultat d’une enquête scrupuleuse sur les allégations de violations de la loi en lien avec les attaques israéliennes sur Gaza entre le 27 décembre 2008 et le 18 janvier 2009.

Je conserve toute ma détermination à rapporter aussi complètement et honnêtement que possible à propos des violations massives des droits de l’homme auxquelles sont confrontés les Palestiniens qui vivent sans droits et sous l’occupation depuis maintenant plus de 43 ans, et à faire de mon mieux pour ne pas laisser de telles attaques personnelles affecter ma capacité à mener à bien la mission que m’a confiée l’ONU.

Ce sur quoi le gouvernement des États-Unis, le Secrétaire général, ainsi que les médias, devraient se concentrer, est la violation systématique, continue, et généralisée par Israël des droits humains des Palestiniens. Ne serait-ce que depuis début 2011, au moins quatre civils palestiniens ont été tués par les forces israéliennes et plus de 33 autres ont été blessés. Cela s’ajoute à l’extension des colonies, la destruction de maisons, les expulsions forcées et le déplacement de familles palestiniennes, la révocation du permis de résidence et les transferts forcés, particulièrement dévastateurs à Jérusalem Est, la détention et les mauvais traitements de plus de 6 000 Palestiniens, y compris des enfants, ainsi que le blocus illégal de Gaza. Mon futur rapport pour le Conseil des droits de l’homme traite de ces problèmes et aussi d’autres cas de graves violations des droits des Palestiniens par Israël.

Richard Falk

Traduction GV 


En lien avec cet article :

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21 octobre 2010 4 21 /10 /octobre /2010 08:19

Publié le 22/10/2010 à 12:00 par Djamal Benmerad

Nous publions ci-dessous un texte paru en juin 1999 dans le numéro 2 de la revue du "Collectif Algérie-Machreq" qui retrace l’itinéraire du militant anticolonialste Mohamed Boudia et rend compte des circonstances dans lesquelles il a été assassiné. Nous n’oublions pas...

Mohamed Boudia est né à Alger en 1932.

Enfant de la Casbah, autodidacte, il s’élève à la conscience politique par une voie personnelle libre et indépendante.

Venu tôt à la politique, il découvre à travers la lutte contre le colonialisme, dans la clandestinité et dans les prisons françaises, le sens d’une démarche artistique puisée aux sources les plus sures : la vie réelle et les nécessités de la révolution. Cette démarche sera l’axe de sa vie. Il est un des rares intellectuels arabes à avoir su subir et dépasser les contradictions de l’artiste vivant en milieu bourgeois aliéné et du révolutionnaire dont la tâche primordiale est de redonner sons sens à la vie. A la libération de son pays, il se retrouve à la direction du Théâtre National Algérien qu’il crée de toutes pièces. Puis, à la direction du journal « Alger Ce Soir » et à celle de la revue « Novembre », où le militant et l’homme de culture ne font qu’un lorsque le poète, l’écrivain, l’artiste où le polémiste s’exprime.

Opposé, en 1965, au coup d’Etat de Boumedienne, Mohamed Boudia s’enfuit et dans l’exil en France, il continue son combat politique au sein de l’ORP (« Organisation Révolutionnaire Populaire » dont il est un des éléments les plus dynamiques).

En 1967, il participe à la fondation du FLN Clandestin (RUR) dont il est un des membres dirigeants. Administrateur du Théâtre de l’Ouest Parisien, il constitue la troupe du Théâtre Maghrébin qu’il dirige sur ses propres fonds.

La solidarité active qu’il manifeste et ne cessera de manifester jusqu’à sa mort avec la Résistance palestinienne, les mouvements de libération dans le monde et les mouvements révolutionnaires, n’était ni le produit d’un aventurisme, ni celui d’un romantisme, mais celui, profond, de sa conscience des nécessités de la lutte contre l’impérialisme et pour la Révolution.
Les faits

28 juin 1973, 10h45 :
Mohammed Boudia monte dans sa R.16, rangée devant l’un des immeubles de l’Université de Paris VI, 32, rue des Fossés Saint Bernard (Paris 5ème). A peine assis au volant, une déflagration disloque la voiture. Atteint aux jambes et à l’abdomen, il est tué sur le coup.

La police
Avant même d’avoir entamé son enquête, elle répand aussitôt la thèse de l’accident : Mohamed Boudia a été tué en déposant la bombe qu’il transportait sur le siège arrière de sa voiture. Un geste maladroit a déclenché l’explosion. Il venait de prendre possession de l’engin dans un des nombreux laboratoires du quartier.

La presse
Elle s’empare aussitôt de cette version. Hamchari n’avait-il pas piége lui-même son téléphone ?
« Tué par sa propre bombe. » L’Aurore du 29/6/1973 sur cinq colonnes.
« Mohamed Boudia a pu être victime d’un engin dont il prenait livraison. » Sud-Ouest du 29/6/1973
« Attentat israélien « , estiment les milieux avertis. Mais pour la police, « la victime transportait la bombe qui l’a déchiqueté. » La Nouvelle République de Tours du 29/6/1973

« (...) l’Hypothèse de l’attentat ne semblant pas résister aux constatations matérielles, reste la possibilité d’un accident. M Boudia transportait-il une bombe dans sa voiture et l’a-t-il fait exploser par maladresse ? (...) Mais que M. Boudia ait été sa propre victime n’est nullement exclu au siège de la brigade criminelle. » Le Figaro du 29/6/1973

« la voiture de M Boudia n’aurait pas été piégée. » Combat du 29/6/1973

« (...) Selon la police, il ne s’agirait pas d’un attentat. » L’Humanité du 29/6/1973

Quand un militant est assassiné, il ne s’agit jamais d’un attentat, il s’agit toujours d’un « terroriste » victime de sa maladresse.

Une fois l’opinion publique matraquée par la fausse nouvelle, on commence à laisser sous-entendre la vérité. 30 juin 1973, dans sa rubrique « Faits divers », Le Monde s’interroge prudemment, sur une colonne : « M. Boudia a t-il été victime d’un attentat ou d’un accident ? »

A partir du 30 juin, alors qu’une évolution s’est faite et que la presse propose, parallèlement à la version « accident » de la police, celle de l’attentat, l’Aurore, tribune des services secrets israéliens, fournit des « informations techniques » de « source sûre » sur la nature de la bombe :

« (...) D’après certaines indications israéliennes, Boudia aurait été « piégé » par des agents secrets juifs. On aurait placé, sous le siège de la R.16, une machine infernale d’un modèle tout à fait nouveau : une bombe pression. Cet engin a, si on peut dire, deux avantages : tout d’abord, il se déclenche dès que la victime s’installe sur son siège, donc avant qu’elle ne mette la voiture en marche (...) Enfin, second perfectionnement apporté par la « bombe pression » : il n’est plus nécessaire de brancher des fils pour actionner la machine infernale au niveau de la clef de contact ou du démarreur (...)  ». Car pour leur part, les services secrets israéliens ne font pas mystère de leur action à Paris. Ils s’en amusent même. Comme ils ont « piége » letrévolutionnaire palestinien Hamchari, le 8 octobre 1972, ils laissent entendre que l’explosion de la rue des Fossés Saint Bernard pourrait bien être leur œuvre. Ce que conteste farouchement, on le sait, la brigade criminelle.

Au correspondant d’un journal de Jérusalem un officier de police français aurait même déclaré :         « Nous n’excluons pas la possibilité que l’explosion soit l’œuvre des israéliens, mais le cas échéant, même si nous en avions les preuves, nous ne le dirions pas, et nous affirmerions le contraire. » L’Aurore du 30/6-1/7/1973.

La police et la presse, trois jours après

"Mohammed Boudia : c’était bien un attentat. »
« (...) Les enquêteurs estiment maintenant que la voiture a été piégée dans la nuit de mercredi à jeudi, alors qu’elle stationnait rue des Fossés Saint Bernard. La bombe, qui devait comporter un détonateur à mercure dissimulé sous le siège du conducteur, a explosé dès qu’il s’est assis. Ces engins sont, paraît-il, utilisés par les services secrets israéliens. » Le Journal du Dimanche du 1/7/1973 sur une petite colonne en page intérieure.

2 juillet 1973 : les assassins sionistes revendiquent leur crime :
« ...) La presse israélienne ne cherche pas à nier l’assassinat : « Maariv » écrivait hier qu’il pouvait bien y avoir un lien entre lui et une « tentative d’attentat contre le consul d’Israël à Milan ». De son côté « Yodiot Aharonoth » écrit de Paris qu’il pense que Mohammed Boudia avait pris la relève de Mahmoud El Hamchari à la tête du réseau européen de « Septembre noir (...) » Combat du 2/7/1973

« (...) Il est curieux de constater, dans certains services de M. Marcellin, une propension à accuser les Palestiniens de la responsabilité des crimes commis par les services israéliens. Lorsque Mahmoud Hamchari fut assassiné, la police affirma également, durant les premières heures, qu’il avait été tué par une bombe de sa fabrication. (...) Une information contre X...a été ouverte. Prendra-t-elle la suite de l’enquête sur la mort de Mahmoud Hamchari, dont on attend toujours les résultats, un an et demi après ? L’équation n’est pourtant pas difficile à résoudre. Le gouvernement français en sait suffisamment sur les coordonnées des « X... »en question pour prendre les mesures qui s’imposent. » L’Humanité du 2/7/1973
Un crime longuement prémédité

Le sionisme, depuis déjà très longtemps, a fait preuve de ses capacités terroristes. L’arrogance et le mépris du droit, quel que soit sa nature, de l’Etat d’Israël, lui a donné, grâce à la couverture totale de l’impérialisme, l’assurance que quoi qu’il fasse il n’a rien à craindre. Ni l’ONU, ni les organismes internationaux, ni les mouvements politiques ou humanitaires ne le gênent (tribunal Russel, MRAP, etc.) quand ils ne sont pas - de plus- ses complices.

Préparation politique
Chaque fois que les sionistes ont mené des attaques terroristes -et elles ont été nombreuses- ils se sont toujours couverts « politiquement » par avance en dénonçant et accablant leurs futures victimes. C’est le cas d’un pays, le Liban, comme celui des militants palestiniens ou de leurs camarades et amis. Ainsi, chaque fois qu’en Europe, ces dernières années, il y eut une opération palestinienne, la presse de droite et entre autres en France , Rivarol, Minute, l’Aurore a commencé par clamer que les terroristes palestiniens bénéficiaient de la sympathie de militants algériens opposés à Boumedienne.

Puis, de sympathisants, les voici transformés en hommes de main :
« Trois attentats ont été commis contre le président Houari Boumedienne, l’année écoulée. Dont un près de Rocher-Noir. Aucun d’eux n’a été révélé. Ce sont les opposants d’Europe qui les organisent. Pendant les entractes, ils sont libres et se placent. » Express du 22/28/1/1973

...Ensuite, ils sont présentés comme le bras armé des palestiniens en Europe... C’est ainsi que Boudia a été désigné en Suisse, en Italie, en Allemagne et particulièrement en France par une presse puisant ses « informations » auprès des ambassades d’Israël et des polices nationales.

Mise au point pratique
Lorsque le 15 mars 1973, un commando palestinien est arrêté au poste frontière de la Grave (Hautes-Alpes), on apprend six mois plus tard que la police a semble-t-il trouvé sur l’un d’eux, parmi d’autres noms et adresses, le nom et l’adresse de Boudia.
Tous ont été convoqués par la Police. Sauf Boudia. Les étrangers désignés sur la liste sont expulsés. Boudia n’est ni convoqué ni expulsé. Pas plus qu’il n’est inquiété ou interpellé de la moindre manière. Pourquoi ? Il est donc si important de ne pas donner à la victime désignée des raisons de se méfier...Alors qu’elle n’avait rien à lui reprocher, la police française voulait-elle l’assassinat de Boudia ?

Pouvait-elle ignorer ce que Me Vidal-Naquet révèle dans Le Monde du 3/7/1973 : « (...) J’ai été averti, il y a plusieurs mois, par une conversation avec une personne de nationalité française, qu’il est inutile de nommer ici, que les services secrets israéliens s’intéressaient tout particulièrement à Boudia (...) Je l’ai aussitôt averti de la façon la plus énergique qu’un danger le menaçait en provenance d’Israël » et que « l’aurore » du 30/6/1973 confirme : « (...) C’est alors que Jérusalem donne l’ordre de le démasquer et de le liquider coûte que coûte. »

La collusion totale du sionisme et de l’impérialisme implique la similitude et l’échange complice des méthodes. La Rank Corporation ne travaille-t-elle pas pour Israël, sans parler de la CIA ?

Aujourd’hui, devant la montée des forces révolutionnaires dans le monde, l’impérialisme utilise une nouvelle technique, celle des assassinats sélectifs :

Marighella en Amérique Latine,

Ben Barka , leader révolutionnaire marocain, Hamchari, Kubaissi, Boudia, assassinés en France,

Cabral, en Guinée,

Abou Youssef, Kamel Adouane, Kamel Nasser, au Liban,

Abou Kheir, Zwaiter à Rome.

Comme l’impérialisme tente de décapiter les mouvements révolutionnaires (exemples : les Black Panthers, les Tupamaros, le PAIGC) à travers leurs cadres politiques, les sionistes font de même pour les palestiniens.

Dans chaque cas, l’impunité est assurée.

Dans chaque cas, l’impérialisme fournit l’idéologie et les moyens. Et le Mossad, « la main d’œuvre » criminelle.

 


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13 octobre 2010 3 13 /10 /octobre /2010 17:15

gharbi+Mohamed

 

 

Des citoyennes et des citoyens se sont réunis, le 9 octobre 2010, à Alger, pour mettre en place une coordination exprimant leur  volonté de voir Mohamed Gharbi libéré.

 

Ce moudjahid, figure de la résistance contre le terrorisme intégriste dans la région de Souk Ahras, a été condamné à mort, après que la Cour Suprême ait rejeté son pourvoi en cassation contre le jugement du tribunal criminel de Guelma. Nous refusons qu'un tel jugement soit rendu au nom du peuple algérien.

De la lutte pour la libération nationale à la résistance à la barbarie intégriste, Mohamed Gharbi  a assumé son engagement patriotique avec courage et honneur.  L'estime et la confiance dont il jouit parmi la population sont le témoignage du rôle prépondérant qu'il a joué dans le recul significatif du terrorisme dans sa région.

La justice ne l'a ni protégé ni épargné, alors qu'il demandait assistance contre l'émir de l'Armée Islamique du Salut  qui le menaçait de mort. Aujourd’hui, cette même justice qui n’a reconnu aucune circonstance atténuante en sa faveur, bien au contraire, veut l'exécuter sans qu'il n'ait  bénéficié d'un procès équitable, dans le cadre d'une justice indépendante.

Son avocat l'a affirmé : « Le même moyen de défense ayant entraîné la cassation d’un précédent jugement, en 2006, n’a pas été retenu pour ce jugement ». La décision de la Cour Suprême nous apparaît donc comme une décision politique, relevant de l’arbitraire. En nous solidarisant avec Mohamed Gharbi nous exprimons notre rejet de la hogra.

 

Nous considérons que Mohamed Gharbi  est victime d'un chantage politique intolérable contre la résistance au terrorisme intégriste. Est-ce le sens que le pouvoir donne à la réconciliation nationale? Pour lui, tous les algériens seraient donc coupables. Ce que sa Charte impose, c'est une paix sans justice, où victimes et coupables sont traités de la même manière. 

A la veille de la célébration de la journée mondiale contre la peine de  mort le cas de Mohamed Gharbi, nous interpelle à plus d’un titre. Pour toutes ces raisons, nous estimons que Mohamed Gharbi a un droit absolu à la vie.

Seule la large mobilisation et l'action politique déterminées permettront qu'il soit lavé des charges qui pèsent contre lui et soit libéré pour retrouver sa famille.

Alger, le 9 octobre 2010

Les membres de la coordination pour la libération de Mohamed Gharbi

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21 septembre 2010 2 21 /09 /septembre /2010 20:04

Mohammed Arkoun, passeur entre les cultures, pionnier d’une islamologie contemporaine critique et de lectures nouvelles de l’Islam a tiré sa révérence dans la nuit du 14 au 15 septembre à Paris. Un personnage clef d’une conscience islamique contemporaine a quitté la scène. Avec lui, une voix importante s’éteint. Une voix, qui invitait ses interlocuteurs de toutes confessions à changer de perspective, les confrontant avec leur propre impensé, avec le domaine de l’ombre, leur posant des questions tues depuis longtemps.
Par Dr Ursula Gunther*, islamologue

Mohammed Arkoun était né en février 1928 à Taourirt-Mimoun, en Grande Kabylie, dans une modeste famille. Il apprit très jeune et douloureusement, qu’en tant que berbère dans une Algérie colonisée, il était marginalisé de deux manières puisqu´il ne parlait – dans un premier temps –, ni la langue du colonisateur ni celle du Coran. Grâce au soutien d´un oncle, il put faire ses études secondaires en oranie, puis poursuivre des études de littérature arabe à l´université d´Alger. Elles furent complétées par celle du droit, de la philosophie et de la géographie. Agrégé en langue et littérature arabes à la Sorbonne, il consacrera sa thèse à Miskawayh, pour démontrer l’existence d’un humanisme arabe jusque-là nié par l´Occident.

Ainsi et après avoir étudié la période classique, il concentra ses recherches à l’Islam contemporain. Professeur d’histoire des idées arabes à Paris Vincennes, il sera nommé, en 1980, directeur du département d’arabe et d’histoire des idées islamiques à Sorbonne Nouvelle. Dans le même temps, il dirigea la revue Arabica, dont il élargit le champ et la notoriété.

Nommé professeur émérite en 1993, il poursuivit avec dynamisme ses enseignements en tant que professeur invité dans les universités européennes et américaines. Il parcourut également d´autres régions du monde, allant jusqu´en Indonésie pour y animer des conférences très attendues. Parfait polyglotte, il assurait ses conférences indifféremment en anglais, en arabe ou en français. A relever également son engagement pour l’Institut des études ismaïliennes de Londres en tant qu’enseignant et membre du conseil de surveillance.

Repenser l’Islam

Mohammed Arkoun dont l´œuvre a été distinguée par quantité de Prix, aspirait à repenser l’Islam en tant que système culturel et religieux. Cette critique de la raison islamique s’effectue, de son point de vue, par des changements radicaux de perspective. Il exigeait également la pluralité du sens, même si cela entraîne la fin de clarté et de l´unité. Pour lui, les changements de perspective ne pouvaient être introduits qu´en appliquant à l’islamologie les sciences sociales et humaines de même que leurs méthodes qu´il complétait et élargissait par ses propres concepts.

Avec cette approche, il quitte le ghetto méthodologique de l’islamologie et développe des contre stratégies. Ce qui ne rencontre pas forcément l´adhésion des islamologues « traditionnels ». Il s’agit, par exemple, de son exigence d’une islamologie appliquée ou du concept théorique du fait islamique et coranique et celui des sociétés du Livre/livre, de l’impensé et de l’impensable. Cela a eu une influence considérable sur son approche du Coran et de ses lectures. Il a vite appliqué l’analyse de l’imaginaire développée par l’École des Annales à des sociétés musulmanes et a la pensée islamique.

La pensée de Arkoun et les concepts créés et travaillés pendant sa vie de chercheur sont complexes. On peut les décrire à l’aide de la métaphore d’un rhizome ou du motif des étoiles infinies des faïences maures : un enchevêtrement d’aspects bifurquant, dont on peut difficilement cerner l’origine et qui se ramifient davantage tout en créant de nouvelles conjonctions.

C’est surtout le rhizome qui correspond au changement de paradigme qui était considéré comme urgent par Arkoun : une approche globale remplace le regard dualiste, la pluralité remplace les éléments détachés. Le tout s’accomplit seulement dans une pluralité de sens et en plusieurs couches.

Mohammed Arkoun n’était pas seulement un intellectuel perspicace et un humaniste de profonde conviction. Doté d´un sens de l’humour très subtil, il était aussi un conférencier passionné et charismatique et un enseignant engagé. Il se sentait „proche de tout ce qui était capable d’ouvrir des nouvelles routes à l’intelligence“ et se considérait comme „un intellectuel révolté´´. Le monde musulman et occidental ont perdu en cet éclaireur non seulement un homme de principes, mais aussi une irremplaçable voix qui leur traçait le chemin à parcourir pour se comprendre et se compléter au lieu de s´affronter. Homme de dialogue aux idées fécondes, son action, sa pensée, ne furent malheureusement pas toujours appréciées à leur juste dimension dans le monde musulman et particulièrement dans son propre pays, ce qu´il regrettait secrètement. Il faudra également encore beaucoup de temps, y compris aux islamologues et orientalistes occidentaux pour prendre la mesure de son apport et cesser de voir en lui l´iconoclaste qui entreprit de remettre en cause leurs visions étroites et leur monopole. Il me confiait un jour : « Je suis un allumeur de brasiers » et c´est bien vrai que l´islamologie s´éclairera longtemps encore des feux de la réflexion qu´il aura, ici et là, nourrie de sa fertile pensée.

* Islamologue allemande, le Dr Ursula Gunther est spécialiste de la pensée de Mohammed Arkoun. Elle a consacré de nombreuses recherches à son œuvre.

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17 septembre 2010 5 17 /09 /septembre /2010 07:55

Arrêté le 5 septembre 2010, le président de l'Association Algérienne pour la Lutte contre la Corruption (AALC), Djilali Hadjadj a été condamné lundi 13 septembre à 6 mois de prison avec sursis. Son délit ? Avoir prescrit 5 ordonnances à sa femme, malade chronique. Dans cet entretien , il raconte son arrestation, son séjour à la prison de Serkadji, son procès et s'explique sur sa condamnation ainsi que sur celle de son épouse.

Propos recueillis par Farid Alilat
DNA : Dans quelles circonstances as-tu été arrêté le 5 septembre ?

 

Djilali Hadjadj : Je me suis présenté à l’aéroport de Constantine avec mon épouse pour un déplacement vers Marseille. Arrivé devant le guichet de la police des frontières, un agent consulte son ordinateur et m’informe que je fais l’objet d’un mandat d’arrêt, donc recherché. Dans les locaux de la police de l’aéroport, les policiers m’indiquent que je suis condamné pour « faux et usage de faux ». Sans plus ! Ils ont essayé de savoir si je pouvais en dire davantage alors que j’ignore totalement l’existence de la plainte, du jugement et du mandat d’arrêt. Je tombe des nues.

 

Ce mandat d’arrêt date de quand ?

Selon la police des frontières, il a été émis le 17 février 2010 et signé par le doyen des juges d’instruction du tribunal de Sidi Mhamed, à Alger. J’ai exhibé mon passeport aux policiers en expliquant qu’entre le 17 février 2010 et le 5 septembre, je me suis déplacé à maintes reprises à l’étranger à partir de cet aéroport même sans le moindre souci, sans que la police ne trouve rien à redire. Les tampons posés sur mon passeport en font foi. Donc je voyageais sans que les policiers qui vérifient systématiquement les personnes recherchées dans les fichiers de leurs ordinateurs ne trouvent ce fameux mandat d’arrêt du 17 février. Comment se fait-il que les policiers n’ont jamais fait mention de l’existence de ce mandat ? A-t-il été oublié ? Peu probable ? A-t-il été introduit au cours de cet été ? C’est tout de même étrange.

 

Quelles étaient les réponses des policiers ?

Ils étaient embarrassés. Ils m’ont dit : « Ce n’est pas normal, nous nous posons des questions sur la date effective de l’émission de ce mandat.» L’émission de ce mandat, ma condamnation ainsi que celle de ma femme, sont d’autant plus étranges que mon passeport a été refait au mois de février 2010 après enquête de la police, ainsi que l’exige la loi. Mon passeport a été renouvelé par l’administration alors que ce mandat d’arrêt existait déjà. Encore une fois, c’est étrange.

 

Ensuite tu es été transféré vers la sureté de la wilaya de Constantine…

Effectivement. J’ai été reçu par des fonctionnaires de la police qui m’ont interrogé brièvement avant de me placer dans les geôles du commissariat. Ces geôles sont immondes et inacceptables. C’est une honte que la troisième ville du pays dispose de geôles aussi crasseuses, aussi immondes.

 

Le lendemain tu es enfin présenté devant le procureur de la République...

Le seul élément que celui-ci possède sur ce dossier est ma condamnation pour « faux et usage de faux et dilapidation de deniers publics » au détriment d’un organisme social. Après une brève audience, le procureur me signifie alors sa décision de me transférer vers le tribunal de Sidi’Mhamed. J’ai donc passé une deuxième journée et nuit dans ces geôles infectes avant d’être transféré vers la capitale.

 

Par route…

Le procureur aurait pu prendre la décision de me transférer par voie aérienne, mais non ! J’ai donc été trimballé par des gendarmes de wilaya en wilaya jusqu’à mon arrivée à Alger. C’était du saute-mouton. Mon transfèrement par route a dû couter au trésor public l’équivalent de 40 billets d’avion Constantine-Alger. Je suppose que cette décision de procéder à mon transfèrement par route plutôt que par voie aérienne n’obéit pas aux soucis de faire des économies au trésor public. J’ai passé une troisième nuit à la sureté de wilaya de Boumerdés. Je dois avouer que les conditions de détention sont acceptables. Rien à voir avec les geôles de Constantine.

 

Mercredi, tu passes devant le procureur de la République à Alger...

Cette fois-ci mes avocats sont présents et ont pu accéder au dossier. J’apprends ainsi qu’il y a eu une instruction en 2008 pour laquelle ni moi ni mon épouse avions reçu de convocation. Dans le bureau du magistrat, j’apprends aussi qu’un procès s’est tenu en mai 2010 pour lequel, encore une fois, nous n’avions pas reçu de convocation et procès au cours duquel j’ai été condamné à 3 ans de prison ferme et 100 000 dinars d’amende tandis que ma femme a écopé d’une année et d’une amende de 50 000 dinars. Après plus de 4 heures d’attente, le procureur qui attendait des instructions de sa hiérarchie m’informe que je suis placé sous mandat de dépôt à Serkadji afin, dit-il, de vider le mandat d’arrêt.

 

Mercredi soir, tu passes donc ta première nuit à la prison de Serkadji...

C’est la première fois que je mets les pieds dans une prison, le choc est terrible. Le choc, ce n’est pas le fait d’y être jeté, mais de se retrouver dans cette sinistre prison médiévale, moyenâgeuse, d’ailleurs construire par les Othomans. Installé dans la salle commune, j’étais loin d’imaginer que l’on pouvait traiter des prisonniers algériens de cette façon. Un pénitencier médiéval au cœur de la capitale. Les conditions de détention sont absolument pitoyables, inimaginables. Les détenus s’entassent les uns sur les autres, l’air est irrespirable, l’humidité suffocante, l’hygiène déplorable. Certains détenus dorment sur des couvertures à même le sol, faute de matelas.

 

Des damnés qui subissent une sorte de double peine ?

A Serkadji, les détenus vivent non pas comme des êtres humains mais comme des bêtes. La nourriture est infecte et heureusement qu’ils reçoivent les couffins de la part de leurs familles ou de leurs proches. Etant médecin, j’ai du prodiguer des soins à des certains détenus avant qu’il ne soit pris en charge par le médecin de la prison. J’ai constaté qu’ils sont très nombreux à souffrir de diverses maladies chroniques. Je dois avouer qu’un formidable élan solidarité s’est créé autour de moi dés mon admission sans doute parce que des détenus ont été informés de mon affaire à travers quelques journaux qu’ils ont pu lire. Certains me connaissent à travers mes écrits et mes déclarations. Serkadji ne devrait jamais exister, elle doit être fermée. C’est une honte pour l’Algérie. Les normes élémentaires en matière de droits du prisonnier sont inexistantes.

 

Lundi 13 septembre se tient ton procès…

Le procès a duré plus de 4 heure d’affilé. La présidente du tribunal a exhibé cinq arrêts de travail établis entre 2001 et 2002 au profit de mon épouse malade, portant des cachets d'un établissement, à savoir la clinique Beau-Fraisier. J’ai dit à la juge que j’ai agit en mon âme et conscience. Mon épouse avait une lourde maladie qui nécessitait un arrêt de travail de longue durée. Les spécialistes qui ont eu à la traiter lui recommandaient de ne pas bouger. N’étant pas en mesure de se déplacer, il était donc de mon devoir de lui prescrire ces ordonnances, sur les conseils de ses médecins traitants. Ses ordonnances ont été transmises à la Caisse de sécurité sociale pour être contrôlées. Elles n'ont jamais été rejetées. Même l'expertise médicale ne les a pas contestées. Le but de ces ordonnances n'était pas de se faire rembourser, mais uniquement pour la soigner. Elles ont été transmises à la CNAS (Caisse nationale des assurances sociales, NDLR). A aucun moment, les médecins conseils, je précise seuls habilités à les expertiser, ne les ont rejetées.

 

Et ton épouse ?

Mon épouse, enseignante, a expliqué devant la barre qu’elle traine cette lourde maladie depuis 1982. Ayant rechuté vers la fin des années 1990, elle ne pouvait presque plus bouger. Des douleurs insupportables la condamnaient au lit pendant des semaines et des mois. Etant médecin, même si j’ai démissionné en 1993, je lui établissais des ordonnances pour qu’elle ne perde pas son travail à l’éducation nationale. Encore une fois, toutes les ordonnances ont transité par le contrôle médical de la CNAS. Quant à l’instruction, la condamnation, l’avis de recherche, le mandat d’arrêt, je le répète, nous ignorons tout de ces procédures.

 

Le procureur a requis 3 ans ferme pour toi et une année pour ta femme, finalement tu es condamné à 6 mois avec sursis et ton épouse à 2 mois avec sursis…

Je considère ce verdict profondément injuste. Bien sûr, avec mes avocats, nous ferons appel de cette décision.

 

Pour toi cette affaire relève d’une cabale ?

Je m’attendais à recevoir un mauvais coup de quelque part. Je m’y attendais encore plus depuis l’adoption le 25 août dernier de la loi de finances complémentaire 2010 où il est question de nouvelles mesures et de nouveaux mécanismes pour lutter contre la corruption. A cette occasion, je suis intervenu dans de nombreux médias algériens et étrangers pour asséner des vérités qui ne devaient pas être agréables à entendre de la part des autorités algériennes. Oui, donc je m’attendais à un mauvais coup. Ce n’est pas la première fois que je fais face à des tracasseries, mais là ils ont poussé le bouchon un peu loin. En Algérie, il faut savoir qu’il y a des affaires qui dorment dans les tiroirs de la justice laquelle les ressort au moment voulu pour s’en prendre aux journalistes, aux militants des droits de l’homme…


Source : Nour

 

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29 août 2010 7 29 /08 /août /2010 02:04

 

Par http://liberonsgeorges.over-blog.com - Dimanche 29 août 2010

 

Affiche-Georges-Ibrahim-Abdallah-2009-Vignette.jpg

 

 

Qui est Georges Ibrahim Abdallah ?

 

Georges Ibrahim Abdallah est un militant communiste arabe qui, au sein de son organisation, les Fractions armées révolutionnaires libanaises (FARL), a lutté avec acharnement contre les criminels impérialistes et leurs alliés sionistes.


Il a grandi au Liban à une époque où les luttes de libération des peuples s’intensifiaient au Moyen-Orient en relation avec la lutte du peuple palestinien.


Combattant révolutionnaire pro-palestinien, il s’engage dès la fin des années soixante dans la résistance palestinienne et libanaise contre la colonisation et l’occupation sionistes.


Arrêté à Lyon le 24 octobre 1984, il est condamné à la réclusion à perpétuité pour complicité dans l’exécution d’un responsable des services secrets israéliens et d’un attaché militaire états-unien.


En 2009, Georges Abdallah s’est vu confirmer en appel le rejet d’une septième demande de libération conditionnelle. Et début 2010, la justice continue à s’acharner en le poursuivant pour refus de prélèvement d’ADN.


Georges Ibrahim Abdallah, fidèle à ses engagements, n’a jamais rien renié de son combat solidaire avec les peuples en lutte contre l’impérialisme et le sionisme, et pour la libération totale de la Palestine.


Et c’est pour cela que la justice française, aux ordres d’un gouvernement soucieux de préserver les intérêts impérialistes français au Moyen-Orient, le maintient en prison depuis 26 ans.


Sa peine de sûreté étant accomplie, il est libérable depuis 1999 !

 

Prochaines initiatives :


10, 11 et 12 septembre 2010 : point de rencontre au Village du Monde, Fête de l’Humanité, La Courneuve.


24 septembre 2010 : réunion-débat : « Les 40 ans de Septembre Noir », librairie « Envie de Lire », 16 rue Gabriel Péri, 94200 Ivry sur Seine.


Samedi 23 octobre 2010 : rassemblement devant la prison de Lannemezan (Pyrénées atlantiques) pour manifester notre solidarité avec Georges Abdallah qui entrera le 24 octobre 2010 dans sa 27e année de détention.


Georges Ibrahim Abdallah doit être libéré sans conditions. Cette campagne doit s’élargir à toutes les organisations, les syndicats et les associations politiques et culturelles pour lesquels la mobilisation solidaire est une arme indispensable dans les luttes des peuples palestinien et libanais.


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