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17 septembre 2010 5 17 /09 /septembre /2010 07:55

Arrêté le 5 septembre 2010, le président de l'Association Algérienne pour la Lutte contre la Corruption (AALC), Djilali Hadjadj a été condamné lundi 13 septembre à 6 mois de prison avec sursis. Son délit ? Avoir prescrit 5 ordonnances à sa femme, malade chronique. Dans cet entretien , il raconte son arrestation, son séjour à la prison de Serkadji, son procès et s'explique sur sa condamnation ainsi que sur celle de son épouse.

Propos recueillis par Farid Alilat
DNA : Dans quelles circonstances as-tu été arrêté le 5 septembre ?

 

Djilali Hadjadj : Je me suis présenté à l’aéroport de Constantine avec mon épouse pour un déplacement vers Marseille. Arrivé devant le guichet de la police des frontières, un agent consulte son ordinateur et m’informe que je fais l’objet d’un mandat d’arrêt, donc recherché. Dans les locaux de la police de l’aéroport, les policiers m’indiquent que je suis condamné pour « faux et usage de faux ». Sans plus ! Ils ont essayé de savoir si je pouvais en dire davantage alors que j’ignore totalement l’existence de la plainte, du jugement et du mandat d’arrêt. Je tombe des nues.

 

Ce mandat d’arrêt date de quand ?

Selon la police des frontières, il a été émis le 17 février 2010 et signé par le doyen des juges d’instruction du tribunal de Sidi Mhamed, à Alger. J’ai exhibé mon passeport aux policiers en expliquant qu’entre le 17 février 2010 et le 5 septembre, je me suis déplacé à maintes reprises à l’étranger à partir de cet aéroport même sans le moindre souci, sans que la police ne trouve rien à redire. Les tampons posés sur mon passeport en font foi. Donc je voyageais sans que les policiers qui vérifient systématiquement les personnes recherchées dans les fichiers de leurs ordinateurs ne trouvent ce fameux mandat d’arrêt du 17 février. Comment se fait-il que les policiers n’ont jamais fait mention de l’existence de ce mandat ? A-t-il été oublié ? Peu probable ? A-t-il été introduit au cours de cet été ? C’est tout de même étrange.

 

Quelles étaient les réponses des policiers ?

Ils étaient embarrassés. Ils m’ont dit : « Ce n’est pas normal, nous nous posons des questions sur la date effective de l’émission de ce mandat.» L’émission de ce mandat, ma condamnation ainsi que celle de ma femme, sont d’autant plus étranges que mon passeport a été refait au mois de février 2010 après enquête de la police, ainsi que l’exige la loi. Mon passeport a été renouvelé par l’administration alors que ce mandat d’arrêt existait déjà. Encore une fois, c’est étrange.

 

Ensuite tu es été transféré vers la sureté de la wilaya de Constantine…

Effectivement. J’ai été reçu par des fonctionnaires de la police qui m’ont interrogé brièvement avant de me placer dans les geôles du commissariat. Ces geôles sont immondes et inacceptables. C’est une honte que la troisième ville du pays dispose de geôles aussi crasseuses, aussi immondes.

 

Le lendemain tu es enfin présenté devant le procureur de la République...

Le seul élément que celui-ci possède sur ce dossier est ma condamnation pour « faux et usage de faux et dilapidation de deniers publics » au détriment d’un organisme social. Après une brève audience, le procureur me signifie alors sa décision de me transférer vers le tribunal de Sidi’Mhamed. J’ai donc passé une deuxième journée et nuit dans ces geôles infectes avant d’être transféré vers la capitale.

 

Par route…

Le procureur aurait pu prendre la décision de me transférer par voie aérienne, mais non ! J’ai donc été trimballé par des gendarmes de wilaya en wilaya jusqu’à mon arrivée à Alger. C’était du saute-mouton. Mon transfèrement par route a dû couter au trésor public l’équivalent de 40 billets d’avion Constantine-Alger. Je suppose que cette décision de procéder à mon transfèrement par route plutôt que par voie aérienne n’obéit pas aux soucis de faire des économies au trésor public. J’ai passé une troisième nuit à la sureté de wilaya de Boumerdés. Je dois avouer que les conditions de détention sont acceptables. Rien à voir avec les geôles de Constantine.

 

Mercredi, tu passes devant le procureur de la République à Alger...

Cette fois-ci mes avocats sont présents et ont pu accéder au dossier. J’apprends ainsi qu’il y a eu une instruction en 2008 pour laquelle ni moi ni mon épouse avions reçu de convocation. Dans le bureau du magistrat, j’apprends aussi qu’un procès s’est tenu en mai 2010 pour lequel, encore une fois, nous n’avions pas reçu de convocation et procès au cours duquel j’ai été condamné à 3 ans de prison ferme et 100 000 dinars d’amende tandis que ma femme a écopé d’une année et d’une amende de 50 000 dinars. Après plus de 4 heures d’attente, le procureur qui attendait des instructions de sa hiérarchie m’informe que je suis placé sous mandat de dépôt à Serkadji afin, dit-il, de vider le mandat d’arrêt.

 

Mercredi soir, tu passes donc ta première nuit à la prison de Serkadji...

C’est la première fois que je mets les pieds dans une prison, le choc est terrible. Le choc, ce n’est pas le fait d’y être jeté, mais de se retrouver dans cette sinistre prison médiévale, moyenâgeuse, d’ailleurs construire par les Othomans. Installé dans la salle commune, j’étais loin d’imaginer que l’on pouvait traiter des prisonniers algériens de cette façon. Un pénitencier médiéval au cœur de la capitale. Les conditions de détention sont absolument pitoyables, inimaginables. Les détenus s’entassent les uns sur les autres, l’air est irrespirable, l’humidité suffocante, l’hygiène déplorable. Certains détenus dorment sur des couvertures à même le sol, faute de matelas.

 

Des damnés qui subissent une sorte de double peine ?

A Serkadji, les détenus vivent non pas comme des êtres humains mais comme des bêtes. La nourriture est infecte et heureusement qu’ils reçoivent les couffins de la part de leurs familles ou de leurs proches. Etant médecin, j’ai du prodiguer des soins à des certains détenus avant qu’il ne soit pris en charge par le médecin de la prison. J’ai constaté qu’ils sont très nombreux à souffrir de diverses maladies chroniques. Je dois avouer qu’un formidable élan solidarité s’est créé autour de moi dés mon admission sans doute parce que des détenus ont été informés de mon affaire à travers quelques journaux qu’ils ont pu lire. Certains me connaissent à travers mes écrits et mes déclarations. Serkadji ne devrait jamais exister, elle doit être fermée. C’est une honte pour l’Algérie. Les normes élémentaires en matière de droits du prisonnier sont inexistantes.

 

Lundi 13 septembre se tient ton procès…

Le procès a duré plus de 4 heure d’affilé. La présidente du tribunal a exhibé cinq arrêts de travail établis entre 2001 et 2002 au profit de mon épouse malade, portant des cachets d'un établissement, à savoir la clinique Beau-Fraisier. J’ai dit à la juge que j’ai agit en mon âme et conscience. Mon épouse avait une lourde maladie qui nécessitait un arrêt de travail de longue durée. Les spécialistes qui ont eu à la traiter lui recommandaient de ne pas bouger. N’étant pas en mesure de se déplacer, il était donc de mon devoir de lui prescrire ces ordonnances, sur les conseils de ses médecins traitants. Ses ordonnances ont été transmises à la Caisse de sécurité sociale pour être contrôlées. Elles n'ont jamais été rejetées. Même l'expertise médicale ne les a pas contestées. Le but de ces ordonnances n'était pas de se faire rembourser, mais uniquement pour la soigner. Elles ont été transmises à la CNAS (Caisse nationale des assurances sociales, NDLR). A aucun moment, les médecins conseils, je précise seuls habilités à les expertiser, ne les ont rejetées.

 

Et ton épouse ?

Mon épouse, enseignante, a expliqué devant la barre qu’elle traine cette lourde maladie depuis 1982. Ayant rechuté vers la fin des années 1990, elle ne pouvait presque plus bouger. Des douleurs insupportables la condamnaient au lit pendant des semaines et des mois. Etant médecin, même si j’ai démissionné en 1993, je lui établissais des ordonnances pour qu’elle ne perde pas son travail à l’éducation nationale. Encore une fois, toutes les ordonnances ont transité par le contrôle médical de la CNAS. Quant à l’instruction, la condamnation, l’avis de recherche, le mandat d’arrêt, je le répète, nous ignorons tout de ces procédures.

 

Le procureur a requis 3 ans ferme pour toi et une année pour ta femme, finalement tu es condamné à 6 mois avec sursis et ton épouse à 2 mois avec sursis…

Je considère ce verdict profondément injuste. Bien sûr, avec mes avocats, nous ferons appel de cette décision.

 

Pour toi cette affaire relève d’une cabale ?

Je m’attendais à recevoir un mauvais coup de quelque part. Je m’y attendais encore plus depuis l’adoption le 25 août dernier de la loi de finances complémentaire 2010 où il est question de nouvelles mesures et de nouveaux mécanismes pour lutter contre la corruption. A cette occasion, je suis intervenu dans de nombreux médias algériens et étrangers pour asséner des vérités qui ne devaient pas être agréables à entendre de la part des autorités algériennes. Oui, donc je m’attendais à un mauvais coup. Ce n’est pas la première fois que je fais face à des tracasseries, mais là ils ont poussé le bouchon un peu loin. En Algérie, il faut savoir qu’il y a des affaires qui dorment dans les tiroirs de la justice laquelle les ressort au moment voulu pour s’en prendre aux journalistes, aux militants des droits de l’homme…


Source : Nour

 

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