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20 février 2012 1 20 /02 /février /2012 00:39

« Destruction massive. Géopolitique de la faim », de Jean Ziegler

Par René Hamm

Depuis que j’ai découvert Jean Ziegler, dans les années 70 (1), je n’ai loupé aucun livre du trublion au franc-parler. Plume en main, comme à l’occasion de chacune de ses nombreuses interventions publiques, l’ex-député (2) ne s’embarrasse nullement des précautions rhétoriques tacitement prescrites par les convenances diplomatiques. Je ne le connais pas autrement qu’insurgé contre « le cartel des nouveaux seigneurs féodaux », « les oligarques du capital globalisé », qui mènent une « guerre économique permanente », étouffant avec une férocité inouïe les « aspirations élémentaires au bonheur » de tant d’êtres humains, victimes de leurs criminelles exactions.

Dichotomie insensée

Dans son dernier essai (3), il vitupère à nouveau contre « l’ordre cannibale » que révèlent notamment, de la manière la plus crue, le pillage permanent du Tiers-Monde et le scandale majeur de notre temps : l’assassinat par la faim de trente-six millions d’êtres humains par an (toutes les cinq secondes, un enfant de moins de dix ans).

Or, rappelle-t-il, l’accès à la nourriture constitue une prérogative inaliénable, gravée dans le marbre de la Déclaration universelle des droits de l’homme, adoptée le 10 décembre 1948 à Paris par l’Assemblée générale des Nations Unies où siégeaient les représentants de soixante-quatre pays. Le natif de Thoune, qui officia, de septembre 2000 à mars 2008, auprès de l’instance new-yorkaise précitée, en qualité de premier rapporteur spécial pour le droit à l’alimentation, sait mieux que quiconque combien ce dernier est bafoué quotidiennement. Pourtant, la production agricole mondiale permettrait de satisfaire les besoins vitaux de douze milliards d’individus.

Nulle fatalité dans cette dichotomie insensée entre l’abondance des richesses disponibles et la privation des biens les plus élémentaires qui frappe tant de nos semblables ! 1,2 milliard d’entre eux végètent, avec moins de 1,25 dollar par jour, dans une pauvreté extrême. En cause, les orientations ultralibérales de l’Organisation mondiale du Commerce, du Fonds monétaire international et, à un degré moindre, de la Banque mondiale. Les « plans d’ajustement structurels » imposés aux gouvernements induisent des coupes drastiques dans les budgets sociaux (santé, éducation, retraites…), déterminent, dans les contrées les plus miséreuses, le type de relations économiques entre les oligarques du Nord et les peuples du Sud.

Ainsi au Niger, la puissante organisation cornaquée depuis le 5 juillet 2011 par Christine Lagarde avait notamment ordonné la dissolution de 40 000 tonnes de réserves (mil, orge, blé, sorgho…) détenues par l’État. Le département Afrique (4) du FMI estimait que ces stocks « pervertissent le libre fonctionnement du marché ». Le pays (1,267 million de kilomètres carrés) « dispute » au Congo la dernière place à l’Indice du développement humain. Son sous-sol recèle des gisements dont certains demeurent inentamés (or, gypse, phosphates, cassitérite, composé de dioxyde d’étain…) ; bien que les trois-quarts de sa superficie soient désertiques, il regorge d’immenses nappes d’eau fossiles (deux mille milliards de mètres cubes, plus les vingt-deux milliards fournis par le débit du fleuve éponyme et 2,5 milliards de poches souterraines ou superficielles). Il se situe dans une des zones les plus ensoleillées du globe et possède un potentiel éolien non négligeable.

Profits astronomiques et spéculations criminelles

Mais c’est surtout l’uranium qui attise les convoitises ; avec 4 198 tonnes en 2010, le Niger pointe au cinquième rang des producteurs mondiaux, derrière le Kazakhstan, le Canada, l’Australie et la Namibie. Le 9 novembre 2007, le président Mamadou Tanja accorda un permis d’exploitation du site d’Azelik à la SOMINA, créée le 5 juin 2007 (67% détenus par le consortium chinois Sino-Uranium et 33% par l’État). Début 2010, il reçut une délégation de l’Empire du Milieu s’intéressant au site d’Imouraren, guigné par AREVA. Cette mine, dont la première pierre fut posée le 4 mai 2009, sera la seconde au monde après celle de Mac Arthur River au Saskatchewan, à l’ouest du Canada. Elle permettrait l’extraction d’environ cinq mille tonnes de minerai par an. Au matin du 18 février 2010, un putsch militaire porta au pouvoir le colonel Salou Djibo, lequel rompit les négociations avec les Asiatiques, réaffirmant la « gratitude et la loyauté » vis-à-vis de la firme drivée depuis le 1er juillet dernier par Luc Oursel. Le 12 mars 2011, Mahamadou Issoufou, ingénieur des mines et ex-cadre de la SOMAÏR (5), une filiale…d’AREVA, remporte l’élection présidentielle. À partir de 2013, le consortium français se partagera les bénéfices avec son partenaire sud-coréen KEPCO.

Les trusts agro-alimentaires axent leurs stratégies sur les turbulences générées par les injonctions des gardiens de l’orthodoxie capitaliste. Cargill, Bunge, le groupe Louis-Dreyfus et les autres « pieuvres du négoce des matières premières » engrangent des profits astronomiques sur le blé, le maïs et le riz, cultures vivrières de base, en provoquant l’explosion des prix. Certaines ont diversifié leurs activités en s’impliquant dans les « biocarburants », une aberration écologique que le vaillant polémiste considère comme un « crime contre l’humanité ». Depuis quelques années, des hedge funds, ces fonds d’investissement spéculatifs, peu transparents et souvent implantés dans des paradis fiscaux (les deux tiers sont domiciliés aux Îles Caïman), ont migré vers le secteur des céréales. Le cours de celles-ci se traite au C.M.E. Group, le plus grand marché de contrats à terme (devises, denrées, énergie, immobilier, jusqu’aux indices ayant trait aux…conditions météorologiques), issu de la fusion, en 2007, du Chicago Mercantile Exchange et du Chicago Board of Trade, qui date de 1848. Jean Ziegler démonte, chiffres et preuves à l’appui, les mécanismes implacables maniés avec un cynisme achevé par les immondes « prédateurs du capitalisme financier globalisé », cupides, sans scrupules, ni états d’âme. Mais l’indécrottable optimiste, élu le 26 mars 2008 au Comité consultatif du Conseil onusien des Droits de l’Homme à Genève, garde foi en une improbable (6) « insurrection des consciences ».

R. H.

(1) « Une Suisse au-dessus de tout soupçon », Le Seuil, avril 1976, 190 pages.

(2) Il siégea au Parlement bernois, sous la bannière du Parti social-démocrate, du 4 décembre 1967 au 27 novembre 1983, puis du 30 novembre 1987 au 5 décembre 1999.

(3) Le Seuil, octobre 2011, 352 pages, 20 €. Le sous-titre est un hommage au médecin, géographe, enseignant brésilien Josué de Castro (5 septembre 1908 – 24 septembre 1973), qui publia en 1951 un ouvrage éponyme au retentissement planétaire.

(4) Une de ses directrices les plus connues : la Magyare Piroska Nagy, qui avait cédé, en janvier 2008, à Davos pendant le Forum économique annuel, aux avances particulièrement insistantes de Dominique Strauss-Kahn. Bien que la jeune femme eût estimé que son supérieur hiérarchique avait abusé de son rang pour « l’approcher » et que son comportement « le rende peu adapté à la direction d’une institution où des femmes travaillent sous ses ordres », l’ex-maire de Sarcelles s’en était tiré avec quelques remontrances formelles. En revanche, l’épouse de l’économiste argentin Mario Blejer avait dû quitter le FMI en août 2008. Installée à Londres, elle travaille désormais à la Banque européenne pour la reconstruction et le développement (BERD), qu’un autre « impuni », Jacques Attali, alors son président, avait failli couler en 1993 en se rendant coupable de plusieurs malversations. Le 6 mai 2011, les dirigeants de l’organisation washingtonienne ont inscrit dans le règlement interne de celle-ci le harcèlement comme motif de licenciement… Huit jours plus tard, le big chief est cueilli à l’aéroport John Fitzgerald Kennedy alors qu’il s’apprêtait à rejoindre, comme si de rien n’était, l’Allemagne pour y rencontrer la chancelière Angela Merkel…

(5) Elle exploite depuis janvier 1971 le site d’Arlit. Dans le même secteur, la COMINAK, autre entité d’AREVA, gère la plus grande mine souterraine d’uranium au monde.

(6) Selon moi !

 

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16 mars 2010 2 16 /03 /mars /2010 00:05



"La poésie ne doit pas seulement être belle, elle doit être rebelle! "
                                                                               Julos Beaucarne


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21 février 2010 7 21 /02 /février /2010 12:01

Texte unitaire : PRCF URCF RCC

Par Comité Valmy - samedi 20 février 2010

Nous publions ce texte sur le site du Comité Valmy parce qu’il appelle fort justement, au retrait de la France de l’Union Européenne et relève de plus, d’une recheche de rassemblement des communistes de notre pays, sur une ligne politique cohérente et adaptée aux conditions concrètes de notre temps.

A titre personnel et en tant que militant communiste, je considère cependant, que certains aspects de cette analyse mériteraient d’être approfondis.

Claude Beaulieu



Lors du référendum de mai 2005 sur la constitution européenne, 55% des citoyens ont voté non. Lors des élections européennes, 60% des électeurs se sont abstenus, rendant les eurodéputés non représentatifs. Il est clair que les peuples, et notamment le nôtre, REJETTENT de plus en plus la “construction européenne” sur la base de leur expérience.

En effet, l’UE est de A à Z, une construction antisociale, impérialiste, réactionnaire, et fascisante :


antisociale

 Aucune mesure de l’UE n’a été favorable au monde du travail : retraites, Sécu, indemnités chômage, services publics, droit du travail, tout est ciblé par le grand capital au niveau européen avec le relais de Bruxelles ; rien d’étonnant à cela puisque « l’UE est une économie de marché ouverte sur le monde où la concurrence est libre et non faussée ». Ainsi le capitalisme, sous la forme d’un libre échange débridé pour le seul profit des trusts, interdit le “social” : avec l’UE, la classe laborieuse est condamnée à une posture défensive, à voir rogner ses conquêtes les unes après les autres, quoi qu’en disent les collabos de la Confédération Européenne des Syndicats.



impérialiste

Dès son origine, l’UE a été un cartel d’Etats impérialistes européens sous la houlette des USA dans le cadre de l’OTAN, pour consolider le système capitaliste à l’Ouest et renverser le socialisme à l’Est. Aujourd’hui, et dans la même relation aux Etats-Unis, l’UE et l’OTAN étendent leur mainmise impérialiste sur les pays de l’ex camp socialiste après la contre-révolution bourgeoise en Europe centrale et orientale, cela sans résoudre les contradictions inter-impérialistes : au contraire l’UE renforce les contradictions entre les impérialismes, faisant courir le risque d’une nouvelle guerre mondiale, tandis qu’elle est tournée contre les peuples du Tiers Monde, dont les populations sont traitées comme des néo-colonies, dont les richesses naturelles sont pillées, et dont les ressortissants sont discriminés ;

réactionnaire 

L’intégration européenne est une arme politique contre l’expression des souverainetés populaires, comme en témoigne le mépris du suffrage universel que constitue le refus des résultats des référendums en France, aux Pays-Bas et en Irlande. C’est le sens des attaques idéologiques permanentes contre l’héritage de la Révolution démocratique bourgeoise française , de la volonté de placer l’UE sous la référence au christianisme, de criminaliser le communisme pour effacer de la mémoire des peuples la Commune de Paris, la Grande Révolution socialiste d’Octobre, le Front populaire, la résistance armée antifasciste des FTP, la victoire de l’URSS contre le nazisme, les acquis de 1945/47,obtenus grâce au rôle central des communistes pour faire appliquer le programme du Conseil National de la Résistance.

Il s’agit par là d’empêcher que les peuples s’approprient la seule alternative possible au capitalisme, le socialisme. Et si, malgré tout, c’était le cas, l’OTAN se déchaînerait. Comment pourrait-il en être autrement, alors que l’UE est conçue par le capital financier et les monopoles pour la gestion exclusive, égoïste, apatride de leurs intérêts ? C’est ainsi que chaque oligarchie financière se partage des segments économiques, au mépris des intérêts populaires et nationaux. L’impérialisme français qui, avec l’impérialisme allemand, cogère l’Union européenne, sacrifie tout ce qui n’apporte pas la rentabilité attendue, donnant la priorité aux prétendus services et à l’exportation des capitaux, entraînant la casse industrielle.

L’UE permet de légiférer en dehors de la pression des peuples dans ce sens exclusivement. C’est pourquoi, par exemple, 80% des lois votées au parlement français sont des transpositions des directives de Bruxelles dictées par les monopoles ; l’UE organise les privatisations (poste, EDF…), ordonne la destruction du système de retraite, interdit de combattre les délocalisations et les privatisations des grandes entreprises par la nationalisation pour maintenir et relancer l’emploi.

C’est aussi pour faire passer la pilule de cette politique régressive - dont toutes les données sur le ressenti de l’UE par les masses populaires montrent qu’elle est rejetée massivement - que l’UMP, qui s’évertue à casser la souveraineté nationale par la soumission à l’UE, utilise aussi la xénophobie et le racisme d’Etat pour diviser les travailleurs. Pour cela, le scandaleux ministère de l’identité nationale et de l’immigration a pour rôle objectif de stigmatiser les Français d’origine non européenne en niant l’enrichissement que leur présence apporte à la nation.

  fascisante 

des forces politiques poussent à l’utiliser comme une machine à réprimer les communistes et les syndicalistes. Alors que l’extrême-droite se développe de l’Italie (où les néo-mussoliniens sont au pouvoir) aux Pays baltes (où les ex-Waffen SS paradent), des textes européens prétendent criminaliser les PC et la lutte anticapitaliste ; le Pape, ancien des Jeunesses hitlériennes et admirateur de son prédécesseur fasciste Pie XII, prend une place majeure dans le dispositif idéologique de l’UE ; l’armée européenne est conçue comme une police contre les peuples d’Europe ; l’”Europe blanche” traque les travailleurs venus d’Afrique tout en laissant les milliardaires européens exporter sans limite leurs capitaux ; quant aux scrutins disant NON à l’UE, ils sont contournés et ignorés (France, Irlande, Pays-Bas…) ; le caractère policier des Etats se renforce et, au nom de l’UE, se met en place un appareil répressif sans aucun contrôle.

Quitte à pourrir la vie de 80% du peuple de France, les Sarko, Parisot et Cie veulent co-piloter l’Europe avec A. Merkel pour permettre au CAC 40 de gagner plus en exploitant plus. Fidèles gestionnaires du Capital monopoliste, les dirigeants du PS comme Strauss-Kahn et Lamy gèrent la mondialisation capitaliste (FMI, OMC) ; les autres - comme Jospin en son temps mettant en place les privatisations (France Télécom, Air France…) et l’euro - s’apprêtent à continuer la même politique que Sarkozy en s’abritant derrière Bruxelles. Les Verts, derrière Cohn-Bendit, sont prêts à leur prêter main forte, pour tous les mauvais coups en préparation. L’Europe « sociale » n’est qu’un mensonge, dont les états-majors syndicaux se font le relais, pour leurrer les travailleurs. On ne “démocratise” pas une construction réactionnaire de A à Z, on la combat.

L’extrême droite ment quand elle se dit anti-européenne, alors que le FN a voté l’Acte unique européen en 86. En fait, pour récupérer les acquis sociaux, l’industrie, les services publics, la souveraineté, pour la défense de la culture, cela nécessite un combat politique conséquent pour SORTIR de l’UE, cet instrument au service de l’oligarchie financière.

Refusant le combat pour sortir de l’UE, les « euro-constructivistes » n’auront d’autre alternative que de plier devant les diktats de l’UE et à terme, comme le PS, de se mettre au service des intérêts des trusts en Europe abandonnant leur programme, comme le PS l’a fait en 81 puis en 1997…

La lutte pour la sortie de l’UE est indissociable de la lutte pour le socialisme, une société où le travailleur est au centre de la vie politique au lieu d’être traité comme un mouchoir jetable. C’est une condition sine qua non pour que la volonté populaire, la souveraineté, puisse être respectée !

La rupture de notre pays avec cette prison des peuples susciterait la sympathie de millions de travailleurs sur tout le continent. Cette construction impérialiste serait frappée au cœur, et l’initiative passerait du côté des peuples, pas seulement en France.

Notre pays pourrait nouer de nouveaux accords internationaux progressistes, respectueux du progrès social, de l’équilibre écologique, de la culture et de la souveraineté des peuples. Loin d’être un repli nationaliste, ce serait un acte d’internationalisme prolétarien.

Une vie meilleure est possible pour les travailleurs : l’alternative anticapitaliste est indissociable du combat contre l’UE, du combat pour le socialisme en France et en Europe !



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9 février 2010 2 09 /02 /février /2010 11:46
Ouest-France mardi 09 février 2010
Les ventes ont même explosé : + 21 % par rapport à 2008. Soutenue par l'achat de quatre sous-marins par le Brésil. Les entreprises françaises d'armement ont vu leurs exportations grimper en flèche, l'an dernier. Les prises de commandes tricolores à l'étranger ont atteint près de huit milliards d'euros, selon le bilan de la Délégation générale de l'armement (DGA). Soit une progression de 21 % par rapport à 2008.

C'était une priorité du gouvernement, elle s'est donc vérifiée dans les comptes de la DGA et la France retrouve ses chiffres des années 2000. Grâce, notamment, à la vente de quatre sous-marins d'attaque Scorpène, au Brésil.

Mais, quatrième pays exportateur d'armes derrière les États-Unis, le Royaume-Uni et la Russie, la France peine toujours à maintenir son rang, devant Israël. Pour cette année, l'objectif est d'atteindre les 10 milliards d'euros d'exportations.

Parmi les contrats éventuels, la vente de quatre bâtiments de projection et de commandement de type Mistral à la Russie, qui n'était jusqu'alors intéressée que par un exemplaire. Mais cela prendra du temps et risque même de ne jamais se faire. Au final, la décision sera politique : ce contrat suscite une forte inquiétude en Géorgie et dans les États baltes (Estonie, Lettonie, Lituanie).

Autre piste, brésilienne cette fois, avec l'avion de combat Rafale. Ce serait une première percée à l'étranger pour l'avion de Dassault, qui doit faire face une double concurrence sur ce marché, américaine et suédoise.

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19 janvier 2010 2 19 /01 /janvier /2010 19:18
 


En Italie, les blogueurs se font du souci... Au début de cette année, une décision de justice a conclu que presque tous les blogs étaient illégaux. Pas moins. Et en septembre, c'est un haut politicien qui a fait un pas de plus vers le black-out, en avertissant que la plupart des activités du Web sont susceptibles d'être contraires à la loi.


Italie : internet illégal et blogs interdits


Non, ce n'est pas une blague. Même si l'information n'a pas été relayée en France, elle fait du bruit en Italie. C'est un article de John Ozimek, sur the theregister.co.uk, qui a dévoilé l'affaire. L'histoire commence en mai, quand un juge de Modica (Sicile) a condamné Carlo Ruta, auteur et historien, pour "publication clandestine"... sur son blog. Le juge a estimé que le site avait toutes les caractéristiques d'un journal en ligne, et qu'il devait donc s'astreindre à l'enregistrement officiel avant toute publication.

Stampa clandestina

Cette législation introduisant le concept de "stampa clandestina" date de 1948. Elle était destinée, à l'origine, à réglementer les publications fascistes. Mais en 2001, la généralisation d'Internet amena les pouvoirs publics à se pencher sérieusement sur la question. Très sérieusement, car loin de la libéralisation qu'on pouvait attendre, le gouvernement a confirmé que le Web devait bel et bien répondre aux mêmes règles que la presse écrite traditionnelle. La loi 62, votée en mars 2001, introduisait donc le concept de "stampa clandestina" pour la toile.

Cette législation est totalement inapplicable, hormis via l'interdiction pure et simple de la publication en ligne. Les réactions furent vives, mais inefficaces. L'État maîtrise les médias, commentait-on de l'autre côté des Alpes, et il souhaite conserver cette mainmise sur Internet. Un des farouches partisans de cette loi a été Giuseppe Giulietti. À l'époque, il écartait la critique en assurant que "la loi sur la presse n'a jamais eu comme objectif de s'étendre à Internet". Promis, juré, blogué !


La quasi-totalité de l'Internet italien considérée comme illégale


Mais visiblement, l'homme a changé. Dans le courant du mois de septembre, il écrivait au ministre de la justice, l'avertissant que «la logique actuelle aboutit à ce que la quasi-totalité de l'Internet italien, de par sa nature, peut être considérée comme illégale en tant que "stampa clandestina", ce qui constitue une violation des règles démocratiques». Cadenasser les blogs ne suffit plus, il faut interdire Internet, tout simplement...

La sanction pour ce délit est une amende de 250 euros et/ou d'une peine de prison allant jusqu'à deux ans. Carlo Ruta a été condamné à une simple amende. Mais il a maintenant un casier judiciaire et son site d'origine a disparu, même s'il en a créé un nouveau dans le but de dénoncer cette attaque contre les «principes qui ont fait l'histoire de la pensée démocratique». Un autre cas. Antonino Monteleone, journaliste de Calabre et blogueur à ses moments perdus, a également été sanctionné.


Les hasards et les coïncidences...


Une tempête dans un verre d'eau ou un risque réel pour les libertés individuelles ? Le fait est que la législation existe, et que la censure totale d'Internet ne tient qu'aux décisions de justice. Il faut aussi souligner que Carlo Ruta livrait, sur son blog, des études très complètes sur les liens entre le monde politique et la mafia... Un hasard total, à n'en pas douter !

(Article publié sur le site "Les mots ont un sens")

 

 
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18 janvier 2010 1 18 /01 /janvier /2010 16:53
Par Laurent Cordonnier

En dix ans, le nombre de milliardaires (en dollars) a été multiplié par cinq sur la planète. Les riches ne sont certes pas encore aussi nombreux que les pauvres, mais comme le monde tourne plus que jamais autour d’eux, une exploration en profondeur de l’« Internationale des riches » valait bien le détour.

Il faut bien sûr rappeler que les riches prennentleur argent dans la poche des pauvres. La fortune cumulée de l’ensemble des millionnaires de la planète, rapporte Pierre Rimbert, s’élève tout de même à 50 000 milliards de dollars. Et comment ne pas admettre que ce n’est pas par son propre travail que l’on parvient à une telle accumulation ? Les revenus des mille plus grosses fortunes de France, pour donner un exemple, proviennent de essentiellement de leurs valeurs boursières et immobilières. C’est ce que rappellent Alain Bihr et Roland Pfefferkorn. Il s'ensuit naturellement qu’un monde gouverné par la logique de l’enrichissement empêche les couches les moins favorisées de progresser.

Une logique bien instrumentalisée par la mondialisation libérale conduit, entre autres, au démantèlement des impôts progressifs (Liêm Hoang-Ngoc) ou aux cadeaux fiscaux pour les nantis (Christian de Brie).

Cette logique promeut par ailleurs un capitalisme de rente, dans lequel les fortunes se constituent par la réussite de quelques jolis coups, de tours de « passe-passe » et de médiations politiques, d’effets de levier, etc., plutôt qu’à travers une lente et besogneuse accumulation du capital par le travail. Quand il ne s’agit pas tout simplement d’un « capitalisme mafieux ».

Cette logique s’accompagne enfin d’une petite musique médiatique. Au moment où il faudrait sans doute mieux choisir ses exemples, la presse popularise en effet un étalage décomplexé du luxe et de l’argent qui contribue à distraire les couches défavorisées et les classes moyennes. C’est un défi qui ne pourra pourtant être abordé qu’en traitant de manière frontale la question des inégalités.
L. C.
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18 janvier 2010 1 18 /01 /janvier /2010 15:10

L'entrepreneur multimillionnaire Sebastian Pinera a été élu dimanche président du Chili, marquant le retour de la droite au pouvoir après 20 ans de gouvernement de centre-gauche depuis la fin de la dictature d'Augusto Pinochet (1973-1990).

 

Par Paulina ABRAMOVICH

Pinera, battu par la présidente socialiste sortante Michelle Bachelet en 2005, a devancé son rival de centre-gauche Eduardo Frei de plus de 3 points, à 51,61% contre 48,38%, selon des résultats officiels portant sur 99% des bulletins.

L'alternance à droite, plus qu'un profond changement de cap de gouvernance, marque un virage symbolique au Chili, dirigé par la Concertation, coalition de quatre partis de centre-gauche, depuis le retour de la démocratie en 1990.

Dans son discours de victoire Pinera a promis un gouvernement d'unité nationale pour "faire tomber les murs qui divisent" le Chili

Pinera, un des Chiliens les plus riches - son patrimoine fut évalué à 1,2 milliard de dollars - est un économiste de formation, qui fit fortune dans la monétique dans les années 80.

Ses affaires se sont depuis étendues. Important actionnaire de la compagnie aérienne LAN - il a promis de vendre ses parts une fois élu -, il possède, entre autres, une télévision privée et un club de football - ce qui lui valut le surnom de "Berlusconi chilien".

Fils de diplomate, issu de l'establishment politique, il a mis en avant son CV démocrate, sa condamnation des violations de droits de l'Homme sous la dictature et son vote contre Pinochet au référendum de 1988.

Il a su de fait incarner une droite décomplexée, qui estime comme lui que le régime militaire "est déjà de l'histoire". Il a déclaré cyniquement qu'avoir travaillé pour la dictature n'en est soi "pas un crime". Et qui n'exclut pas de compter d'ex-conseillers économiques du régime militaire dans son futur gouvernement.

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