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6 mai 2012 7 06 /05 /mai /2012 17:40

Depuis une quinzaine d’années, l’Organisation des Nations Unies (ONU) et ses institutions dérivées sont infiltrées par les grandes industries et leurs lobbyistes. Des sociétés multinationales telles qu’ExxonMobil, Shell, Total, Roche, Vala SA, Barrick Gold Corp et Monsanto, copinent avec les institutions démocratiques internationales pour que les agendas politiques de ces instances et des gouvernements soient tournés en leur faveur. Aucune volonté de protéger les intérêts des droits humains et environnementaux ne les anime.

C’est ce que nous apprennent deux récentes études, celle de l’Institut Polaris (Corporations, Climate and the United Nations) et celle du groupe ETC (Who will control de Green Economy ?), toutes deux parues en novembre 2011.

Par Jacinthe Leblanc

Comment en sommes-nous arrivés là ?

L’étude de l’Institut Polaris retrace ce qui semble le début du croisement entre l’ONU et le secteur privé. Dans les années 1970 et 1980, l’ONU était mandatée pour « réguler et surveiller les activités des sociétés multinationales qui étaient perçues comme des États exerçant des pressions injustifiées sur les pays du Sud, ce qui les rendait responsables pour certains aspects du sous-développement. »

Puis, vers la fin des années 1980, l’avènement du néolibéralisme comme moteur de changement entraîne les institutions à revoir leur mode de fonctionnement. Les politiques environnementales, soutiennent les chercheurs, passent de réguler les impacts des multinationales sur les pays en voie de développement à faciliter l’accès de ces pays à l’investissement direct étranger par des agences subordonnées à l’ONU.

À la fin des années 1990, toujours selon l’étude de l’Institut Polaris, l’Organisation des Nations Unies vit une crise financière. Cette dernière l’amène à se tourner vers la philanthropie privée. Ainsi, l’ONU se retrouve à recevoir du financement de sociétés multinationales en échange de projets et de prises de position favorables pour ces sociétés.

Un lobbyisme gênant

L’Institut Polaris démontre par quatre façons l’influence des sociétés auprès de l’ONU : le lobbying direct, les associations de l’industrie, les événements de l’industrie et les partenariats.

L’une des emprises les plus faciles à voir est celle des industries sur la Convention-cadre des Nations unies sur les changements climatiques (CCNUCC) et les Conférences des parties (COP). L’Institut Polaris retrace les rencontres formelles et informelles qui ont eu lieu et qui démontrent l’influence qu’ont eue les lobbyistes des industries.

Par exemple, avant COP 15 à Copenhague en 2009, le négociateur en chef du Canada pour les changements climatiques a eu plus de 20 rencontres avec des lobbyistes ! Ces rencontres ont eu lieu avec l’Association canadienne des producteurs de pétroles, le principal lobby de l’industrie pétrolifère, des associations des industries gazières et pétrolières et des représentants de compagnies pétrolières. Le rapport se poursuit en soutenant que « dans le cas du Canada, les puissants lobbys pétroliers et gaziers, qui ont de nombreux liens avec le gouvernement Harper, contribuent au rôle catastrophique du Canada dans le processus de la CCNUCC de bloquer les politiques et initiatives significatives. »

Les mécanismes de flexibilité du Protocole de Kyoto (mécanisme des permis négociables, mécanisme de développement propre et mise en œuvre conjointe), rappellent les deux chercheurs de l’Institut Polaris, sont des mécanismes dénoncés par la grande majorité des mouvements sociaux et environnementaux. Mais les industries en sont satisfaites, car cela leur permet de continuer de produire, de polluer et de s’enrichir. Le marché virtuel qui est créé et qui permet d’échanger des permis d’émissions de gaz à effet de serre (des permis de polluer) est une fausse solution au réel problème des changements climatiques. Pourtant, l’ONU et les États ignorent l’appel lancé par les mouvements sociaux et ignorent les impacts de leurs décisions. Ils préfèrent écouter les industries qui elles, leur rapportent de l’argent et leur apparaissent raisonnables dans leur discours.

La technologie comme sauveur de l’humanité

Dans l’étude faite par le groupe ETC, l’accent est davantage mis sur la technologie comme sauveur des crises sociales, politiques et environnementales auxquelles nous faisons constamment face depuis plus d’une décennie. La transformation technologique verte rend désormais possible une économie verte. L’idée principale derrière cette affirmation est de remplacer l’extraction de pétrole par l’exploitation de la biomasse.

« La bioéconomie stimule encore plus le pouvoir des entreprises, met en garde le groupe ETC dans son introduction. Les entreprises “BioMassters” sont sur le point de marchandiser la nature à une échelle sans précédent, de détruire la biodiversité et de déplacer les peuples marginalisés. »

L’étude démontre ainsi les liens inquiétants entre les grandes multinationales et différents secteurs : biologie synthétique, bioinformatique et données sur les génomes, biomasses marine et aquatique, semences et pesticides, banques de gènes de plantes, industries minières et fertilisants, foresterie et papier, industries agricoles, industries des aliments au détail, industries pharmaceutiques, etc.

À la lecture du document, plusieurs multinationales sont présentes dans de multiples secteurs. Monsanto, entreprise spécialisée dans les biotechnologies végétales, se retrouve au sein de compagnies œuvrant dans la bioénergie, les biocarburants de microalgues, les semences et l’agrochimie, en plus d’être dans le top dix des entreprises mondiales de biotechnologie cotées en bourse.

Le capitalisme vert…

Tout ceci est fait dans la perspective d’une économie verte axée sur la technologie pour régler les problèmes de l’humanité. Le groupe ETC dénonce cette attitude dans son rapport. À l’approche du Sommet de la Terre (Rio +20) et du Sommet des peuples en juin, il est important de ne pas se laisser berner par la mauvaise utilisation du concept de l’économie verte. Comme le mot « développement durable » a été galvaudé, l’expression « économie verte » n’appartient plus aux mouvements sociaux et environnementaux. Ils sont dorénavant appliqués à quelque chose qui ne leur correspond pas.

Selon Michel Lambert, directeur général d’Alternatives, l’expression permet de faire « de la privatisation, de la spéculation du naturel, du vivant, de l’eau, de la nature, de tout ce qui est encore privatisable et spéculable pour pouvoir finalement s’en servir comme une opportunité financière dans le cadre des crises économiques qui ne se résolvent pas et qui ne se [résoudront] pas dans le contexte actuel. »

L’économie bleue

Chose surprenante, l’étude du groupe ETC démontre que de nombreuses sociétés explorent actuellement les possibilités d’utiliser la biomasse aquatique pour en faire de l’énergie, voire de construire des cages qui seraient installées en haute mer pour y faire de l’aquaculture intensive !

« À cette fin, souligne le rapport de l’ETC, plusieurs compagnies sont en train de développer et tester de grandes cages à poissons de haute mer qui sont soit attachées aux fonds marins, soit qui voyagent avec les courants pendant que les alevins atteignent leur taille adulte. » Les multinationales essaient de reproduire le même modèle que celui subit par les animaux d’élevage sur la terre ferme. L’économie dite bleue prend de l’avance rapidement et il est important de se mobiliser sur cet enjeu inquiétant. Après avoir saccagé les ressources sur la terre, la bêtise humaine se tourne désormais vers les océans…

 


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5 février 2012 7 05 /02 /février /2012 00:29

Depuis l'indépendance de l'Algérie, les rapatriés ont toujours soutenu l’idée qu’ils avaient été « obligés » de quitter l’Algérie au moment de l’indépendance en 1962, car, menacés physiquement par les « Arabes », ils n’auraient pas eu d’autre choix. Pourtant, à la fin de la guerre, deux cent mille pieds-noirs ont décidé de demeurer dans le nouvel Etat. Témoignages de personnes qui y vivent encore aujourd’hui.

Par Pierre Daum - Le Monde diplomatique

Alger, janvier 2008. Pour trouver la maison où habite Cécile Serra, il vaut mieux ne pas se fier aux numéros désordonnés de la rue. En revanche, demandez à n’importe quel voisin : « Mme Serra ? C’est facile, c’est la maison avec les orangers et la vieille voiture ! » Cécile Serra reçoit chaque visiteur avec une hospitalité enjouée. Dans son jardin magnifiquement entretenu par M. Mesaour, son voisin, trône la carcasse rouillée d’une Simca Aronde modèle 1961. « Ah ! On en a fait des balades dans cette voiture avec mon mari ! Tous les week-ends, on partait à la pêche avec un groupe d’amis ; il y avait M. Gabrière et M. Cripo, avec leur femme. Jusqu’en 1981. Puis mon mari a commencé à être fatigué. Mais du bon temps, on en a eu ! »

A écouter les récits de cette délicieuse dame de 90 ans à l’esprit vif et plein d’humour, on aurait presque l’impression que la « révolution » de 1962 n’a guère changé le cours de son existence de modeste couturière du quartier du Golf, à Alger. « Et pourquoi voulez-vous que ça ait changé quelque chose ? vous apostrophe-t-elle avec brusquerie. J’étais bien avec tout le monde. Les Algériens, si vous les respectez, ils vous respectent. Moi, j’ai jamais tutoyé mon marchand de légumes. Et aujourd’hui encore, je ne le tutoie pas. »

La grand-mère maternelle de Cécile Serra est née à Cherchell, en 1858. Son père, tailleur de pierre, a déménagé à Alger dans les années 1920. « Il a fait construire cette petite maison en 1929 et, depuis, je n’en suis jamais partie. » Comment se fait-il qu’elle n’ait pas quitté l’Algérie en 1962 ? « Mais pourquoi serais-je partie ? Ici, c’est notre pays. Tout est beau. Il y a le soleil, la mer, les gens. Pas une seconde je n’ai regretté d’être restée. » Son mari, Valère Serra, était tourneur dans une entreprise pied-noire (1). « Pendant la guerre, il se déplaçait souvent pour vendre des produits. Il disait à nos voisins [arabes] : “Je vous laisse ma femme et mon fils !” Et il ne nous est jamais rien arrivé. Sauf quand y a eu l’OAS [Organisation armée secrète] (2). La vérité, c’est que c’est eux qui ont mis la pagaille ! Mais “La valise ou le cercueil”, c’est pas vrai. Ma belle-sœur, par exemple, elle est partie parce qu’elle avait peur. Mais je peux vous affirmer que personne ne l’a jamais menacée. »

En 1962, les ateliers où travaillait Valère ont été liquidés, et il a pris sa retraite. Cécile a continué sa couture. « En 1964, avec l’Aronde, on est partis faire un tour en France. Pour voir, au cas où... A chaque fois qu’on rencontrait des pieds-noirs, qu’est-ce qu’on n’entendait pas ! “Comment ! Vous êtes toujours là-bas ! Vous allez vivre avec ces gens-là !” Alors on s’est dépêchés de rentrer chez nous. »

Cécile Serra fait partie des deux cent mille pieds-noirs qui n’ont pas quitté l’Algérie en 1962 (3). Etonnant ? Non, tout à fait logique. Comme le souligne Benjamin Stora, un des meilleurs historiens de l’Algérie, « depuis qu’ils sont rentrés en France, les rapatriés ont toujours cherché à faire croire que la seule raison de leur départ était le risque qu’ils couraient pour leur vie et celle de leurs enfants. Et qu’ils avaient donc nécessairement tous été obligés de partir. Or cela ne correspond que très partiellement à la réalité (4)  ».

Jean-Bernard Vialin avait 12 ans en 1962. Originaire de Ouled Fayet, petite commune proche d’Alger, son père était technicien dans une entreprise de traitement de métaux et sa mère institutrice. Ancien pilote de ligne à Air Algérie, il nous reçoit sur son bateau, amarré dans le ravissant port de Sidi Fredj (ex-Sidi-Ferruch), à l’ouest d’Alger. « Mes parents appartenaient à ceux qu’on appelait les libéraux. Ni engagés dans le FLN [Front de libération nationale] ni du côté des partisans jusqu’au-boutistes de l’Algérie française. Juste des gens, malheureusement très minoritaires, qui refusaient d’accepter le statut réservé aux “musulmans” et les injustices incroyables qui en résultaient. On s’imagine mal aujourd’hui à quel point le racisme régnait en Algérie. A Ouled Fayet, tous les Européens habitaient les maisons en dur du centre-ville, et les “musulmans” pataugeaient dans des gourbis, en périphérie. » Des habitations précaires faites de murs en roseau plantés dans le sol et tenus entre eux par des bouts de ficelle, sur lesquels reposaient quelques tôles ondulées en guise de toiture. « Ce n’était pas l’Afrique du Sud, mais presque. »

En janvier 1962, une image s’est gravée dans les yeux du jeune garçon. « C’était à El-Biar [un quartier des hauteurs d’Alger]. Deux Français buvaient l’anisette à une terrasse de café. Un Algérien passe. L’un des deux se lève, sort un pistolet, abat le malheureux, et revient finir son verre avec son copain, tandis que l’homme se vide de son sang dans le caniveau. Après ça, que ces mecs aient eu peur de rester après l’indépendance, je veux bien le croire... » Pour ses parents, en revanche, « il n’a pas été question une seconde de partir. C’était la continuité. Ils avaient toujours désiré une vraie égalité entre tout le monde, ils étaient contents de pouvoir la vivre ».

En septembre 1962, ses deux mille Européens ont déserté Ouled Fayet, sauf les Vialin. Les petites maisons coloniales se sont retrouvées rapidement occupées par les Algériens des gourbis alentour — « ce qui est tout à fait naturel », précise l’ancien pilote. Sa mère rouvre seule l’école du village. Dès 1965, la famille acquiert la nationalité algérienne. « Et finalement, je me sens algérien avant tout. A Air Algérie, ma carrière s’est déroulée dans des conditions parfaitement normales ; on m’a toujours admis comme étant d’une autre origine, mais sans faire pour autant la moindre différence. »

André Bouhana, lui non plus, n’a jamais craint de demeurer là. « J’ai grandi à Ville Nouvelle, un des quartiers musulmans d’Oran. Je parlais l’espagnol, comme mes parents, mais aussi l’arabe dialectal, puisque tous mes copains étaient arabes. Ce n’est pas comme les Européens qui habitaient le centre-ville. Donc, au moment de l’indépendance, pourquoi j’aurais eu peur ? » Aujourd’hui, à 70 ans, Bouhana habite dans une misérable maison à Cap Caxine, à l’ouest d’Alger. Entouré de nombreux chiens et chats, il survit grâce aux 200 euros de l’allocation-vieillesse que dispense le consulat français à une quarantaine de vieux pieds-noirs sans ressources. « Mais, surtout, j’ai des amis algériens, des anciens voisins, qui vivent en France, et qui m’envoient un peu d’argent. » Et sa famille rapatriée ? « Vous rigolez ! Pas un euro ! Ils ne me parlent plus. Ils ne m’ont jamais pardonné de ne pas avoir quitté l’Algérie. »

Et puis, il y a Félix Colozzi, 77 ans, communiste, engagé dans le maquis aux côtés du FLN, prisonnier six ans dans les geôles françaises (dont la terrible prison de Lambèse, près de Batna), devenu ingénieur économiste dans des entreprises d’Etat. Et André Lopez, 78 ans, le dernier pied-noir de Sig (anciennement Saint-Denis-du-Sig), à cinquante kilomètres d’Oran, qui a repris l’entreprise d’olives créée par son grand-père, et qui y produit à présent des champignons en conserve. Et le père Denis Gonzalez, 76 ans, à l’intelligence toujours très vive, « vrai pied-noir depuis plusieurs générations », qui, dans le sillage de Mgr Duval, le célèbre évêque d’Alger honni par l’OAS, a choisi de « rester au service du peuple algérien ».

Et même Prosper Chetrit, 78 ans, le dernier juif d’Oran depuis la mort de sa mère, qui rappelle que « trois mille juifs sont demeurés à Oran après 1962 », et que, « pour eux, la situation n’a commencé à se détériorer qu’à partir de 1971, quand les autorités ont confisqué la synagogue pour la transformer en mosquée, et que le dernier rabbin est parti. Mais moi, précise-t-il, tout le monde sait que je suis juif, et tout le monde m’estime ».

« On a eu ce qu’on voulait, maintenant on oublie le passé et on ne s’occupe que de l’avenir »

Il était donc possible d’être français et de continuer à vivre dans l’Algérie indépendante ? « Bien sûr ! », s’exclame Germaine Ripoll, 82 ans, qui tient toujours avec son fils le petit restaurant que ses parents ont ouvert en 1932, à Arzew, près d’Oran. « Et je vais même vous dire une chose : pour nous, la situation n’a guère bougé. Le seul vrai changement, c’est quand on a dû fermer l’entrepôt de vin, en 1966, lorsque la vente d’alcool est devenue interdite. Mais ça ne m’a jamais empêchée de servir du vin à mes clients. »

Au fur et à mesure de ces entretiens avec des pieds-noirs, ou « Algériens d’origine européenne », comme certains préfèrent se nommer, une nouvelle image apparaît, iconoclaste par rapport à celle qui est véhiculée en France. L’inquiétude des Européens était-elle toujours justifiée ? La question demeure difficile à trancher, sauf dans le cas des harkis (5). Certes, les déclarations de certains leaders nationalistes ont pu paraître inquiétantes. En premier lieu, la proclamation du 1er novembre 1954, qui affirme la volonté du FLN d’ériger une Algérie démocratique « dans le cadre des principes islamiques ». Toutefois, la plupart des pieds-noirs de France semblent avoir complètement oublié que durant cette guerre, la direction du FLN a pris soin, à plusieurs reprises, de s’adresser à eux afin de les rassurer. « Moi, je les lisais avec délectation », se souvient très bien Jean-Paul Grangaud, petit-fils d’instituteurs protestants arrivés en Kabylie au XIXe siècle et qui est devenu, après l’indépendance, professeur de pédiatrie à l’hôpital Mustapha d’Alger, puis conseiller du ministre de la santé. Dans le plus célèbre de ces appels, lancé de Tunis, siège du gouvernement provisoire, le 17 février 1960 aux « Européens d’Algérie », on peut lire : « L’Algérie est le patrimoine de tous (...). Si les patriotes algériens se refusent à être des hommes de seconde catégorie, s’ils se refusent à reconnaître en vous des supercitoyens, par contre, ils sont prêts à vous considérer comme d’authentiques Algériens. L’Algérie aux Algériens, à tous les Algériens, quelle que soit leur origine. Cette formule n’est pas une fiction. Elle traduit une réalité vivante, basée sur une vie commune. » La seule déception qu’ont pu ressentir ceux qui ne sont pas partis est liée à l’obtention de la nationalité algérienne, puisqu’ils furent obligés de la demander, alors qu’elle devenait automatique pour les Algériens musulmans. Mais c’était en 1963, donc bien après le grand départ des pieds-noirs.

En ce qui concerne leurs biens, les Européens qui sont restés n’ont que rarement été inquiétés. « Personne ne s’est jamais avisé de venir nous déloger de notre villa ! », s’exclame Guy Bonifacio, oranais depuis trois générations, à l’unisson de toutes les personnes rencontrées. Quant au décret de nationalisation des terres, promulgué en 1963 par le nouvel Etat socialiste, il n’a concerné que les très gros domaines, les petites parcelles laissées vacantes, et éventuellement les terres des Français qui, bien que demeurés sur place, ont refusé de prendre la nationalité algérienne. Vieille Oranaise pourtant toujours très remontée contre les Algériens, Jeanine Degand est formelle : « J’ai un oncle qui possédait une trentaine d’hectares du côté de Boutlélis. En 1963, les Algériens lui ont dit : “Ou tu te fais algérien, et tu gardes ta ferme ; ou tu refuses, et on te la prend.” Il avait sa fierté, il a refusé, et on la lui a prise. C’est sûr que, s’il avait adopté la nationalité, il l’aurait toujours. »

Il n’a non plus jamais été suffisamment souligné avec quelle rapidité la paix complète est revenue en Algérie. « Je suis arrivé dans le pays à l’été 1963, raconte Jean-Robert Henri, historien à la Maison méditerranéenne des sciences de l’homme, à Aix-en-Provence. Avec ma vieille voiture, j’ai traversé le pays d’est en ouest, dormant dans les coins les plus reculés. Non seulement, avec ma tête de Français, il ne m’est rien arrivé, mais à aucun moment je n’ai ressenti le moindre regard d’hostilité. J’ai rencontré des pieds-noirs isolés dans leur ferme qui n’éprouvaient aucune peur. » « C’est vrai que, dès août 1962, plus un seul coup de feu n’a été tiré en Algérie, affirme F. S. (6), l’un des historiens algériens les plus reconnus de cette période. C’est comme si, le lendemain de l’indépendance, les Algériens s’étaient dit : “On a eu ce qu’on voulait, maintenant on oublie le passé et on ne s’occupe que de l’avenir.” » Marie-France Grangaud confirme : « Nous n’avons jamais ressenti le moindre esprit de revanche, alors que presque chaque famille avait été touchée. Au contraire, les Algériens nous témoignaient une véritable reconnaissance, comme s’ils nous disaient : “Merci de rester pour nous aider” ! »

Finalement, on en vient à se demander pourquoi tant de « Français d’Algérie » ont décidé de quitter un pays auquel ils étaient aussi charnellement attachés. Lorsqu’on leur pose cette question, en France, ils évoquent presque toujours la peur, alimentée par le climat de violence générale qui régnait en Algérie dans les derniers mois de la guerre — avec, mis en exergue, trois faits dramatiques de 1962 : la fusillade de la rue d’Isly, le 26 mars à Alger ; le massacre du 5 juillet à Oran ; et les enlèvements d’Européens (lire « Trois événements traumatisants »).

« Le déchaînement de violence, fin 1961 - début 1962, venait essentiellement de l’OAS, rectifie André Bouhana. A cause de l’OAS, un fossé de haine a été creusé entre Arabes et Européens, qui n’aurait pas existé sinon. » Et tous d’insister plutôt sur l’extrême modération avec laquelle le FLN a répondu aux assassinats de l’OAS. « A Arzew, se souvient Germaine Ripoll, l’OAS était présente, mais les Algériens n’ont jamais menacé aucun Français. » Quant aux enlèvements (deux mille deux cents Européens disparus entre 1954 et 1962, sur une population d’un million), un certain nombre d’entre eux étaient « ciblés ». « Dans mon village, affirme Jean-Bernard Vialin, seuls les activistes de l’OAS ont été enlevés. »

« Les Européens ont eu très peur, analyse Stora. Mais peur de quoi ? Peur surtout des représailles aveugles, d’autant que les pieds-noirs savaient, et savent toujours, que le rapport entre leurs morts et ceux des Algériens était d’au moins un pour dix  (7) ! Quand l’OAS est venue, un grand nombre d’entre eux l’a plébiscitée. Ils avaient donc peur des exactions de militants du FLN, en réponse à celles de l’OAS. Pourtant, une grande majorité d’Algériens n’a pas manifesté d’esprit de vengeance, et leur étonnement était grand au moment du départ en masse des Européens. »

« Nous vivions de facto avec un sentiment de supériorité. Nous nous sentions plus civilisés »

Mais, si la raison véritable de cet exode massif n’était pas le risque encouru pour leur vie et leurs biens, qu’y a-t-il eu d’autre ? Chez Jean-Bernard Vialin, la réponse fuse : « La grande majorité des pieds-noirs a quitté l’Algérie non parce qu’elle était directement menacée, mais parce qu’elle ne supportait pas la perspective de vivre à égalité avec les Algériens ! » Marie-France Grangaud, fille de la bourgeoisie protestante algéroise (d’avant 1962), devenue ensuite directrice de la section sociale à l’Office national algérien des statistiques, tient des propos plus modérés, mais qui vont dans le même sens : « Peut-être que l’idée d’être commandés par des Arabes faisait peur à ces pieds-noirs. Nous vivions de facto avec un sentiment de supériorité. Nous nous sentions plus civilisés. Et puis, surtout, nous n’avions aucun rapport normal avec les musulmans. Ils étaient là, autour de nous, mais en tant que simple décor. Ce sentiment de supériorité était une évidence. Au fond, c’est ça la colonisation. Moi-même, j’ai dû faire des efforts pour me débarrasser de ce regard... »

Entre 1992 et 1993, la chercheuse Hélène Bracco a parcouru l’Algérie à la recherche de pieds-noirs encore vivants. Elle a recueilli une soixantaine de témoignages, dont elle a fait un livre, L’Autre Face : « Européens » en Algérie indépendante (8). Pour cette chercheuse, « la vraie raison du départ vers la France se trouve dans leur incapacité à effectuer une réversion mentale. Les Européens d’Algérie, quels qu’ils soient, même ceux situés au plus bas de l’échelle sociale, se sentaient supérieurs aux plus élevés des musulmans. Pour rester, il fallait être capable, du jour au lendemain, de partager toutes choses avec des gens qu’ils avaient l’habitude de commander ou de mépriser ».

La réalité offre des cas parfois surprenants. Certains des pieds-noirs rencontrés en Algérie tiennent encore des propos colonialistes et racistes. S’ils sont encore là, c’est autant pour protéger leurs biens (appartements, immeubles, entreprises) que parce que « l’Algérie, c’est [leur] pays ».

Conséquence logique de ces différences de mentalité : la plupart des pieds-noirs demeurés au sud de la Méditerranée n’ont que très peu de contacts avec ceux de France. « En 1979, à la naissance de ma fille, dont la mère est algérienne, je suis allé en France, se souvient Jean-Bernard Vialin. Dans ma propre famille, on m’a lancé : “Quoi ! Tu vas nous obliger à bercer une petite Arabe ?” » Lorsqu’il est en France, Guy Bonifacio évite de rencontrer certains rapatriés : « Ils nous considèrent comme des collabos, constate-t-il avec un soupir. Combien de fois ai-je entendu : “Comment tu peux vivre avec ces gens-là, ce sont des sauvages !” » Néanmoins, Marie-France Grangaud amorce un sourire : « Depuis quelques années, de nombreux pieds-noirs reviennent en Algérie sur les traces de leur passé. L’été dernier, l’un d’eux, que je connaissais, m’a dit en repartant : “Si j’avais su, je serais peut-être resté.” »


Par Pierre Daum

(1) L’origine de l’expression «  pieds-noirs  » continue d’être l’objet de nombreuses hypothèses. Apparu très tardivement — quasiment au moment du rapatriement des Français d’Algérie —, ce mot désigne les Européens (y compris les juifs naturalisés par le décret Crémieux en 1870) nés en Algérie avant 1962. Par extension, certains l’utilisent en parlant des Français nés en Tunisie et au Maroc avant l’indépendance de ces deux pays.

(2) Apparue en 1961, l’Organisation armée secrète (OAS) regroupait les partisans de l’Algérie française les plus extrémistes. Posant des bombes et assassinant en pleine rue des musulmans et des Français modérés, l’OAS a joui du soutien d’une majorité de pieds-noirs.

(3) Cf. Bruno Etienne, Les Problèmes juridiques des minorités européennes au Maghreb, Editions du CNRS, Paris, 1968, p. 236 et suivantes.

(4) On trouve un nouvel exemple de cette vision mythifiée de l’histoire dans le long documentaire de Gilles Perez, Les Pieds-Noirs. Histoire d’une blessure, diffusé sur France 3 en novembre 2006, et largement rediffusé par la suite.

(5) Plusieurs milliers, voire des dizaines de milliers, d’entre eux ont été massacrés sans pitié au moment de l’indépendance. Lire à ce sujet le tout récent ouvrage de Fatima Besnaci-Lancou et Gilles Manceron, Les Harkis dans la colonisation et ses suites, L’Atelier, Ivry-sur-Seine, 2008. Lire également «  Le hurlement des torturés  », Le Monde diplomatique, août 1992.

(6) Parce qu’il occupe de hautes responsabilités au ministère de la culture, cet homme nous a demandé de masquer son identité.

(7) Sur la guerre d’Algérie, chaque chiffre fait l’objet d’importants débats. Pour avoir un ordre de grandeur, on peut cependant avancer, côté français : quinze mille soldats morts au combat (plus neuf mille par accident  !), deux mille huit cents civils tués et deux mille deux cents disparus. Côté algérien : cent cinquante mille combattants tués par l’armée française (et plusieurs dizaines de milliers de victimes de purges internes), environ soixante mille civils morts, plus de treize mille civils disparus, entre quarante mille et cent vingt mille harkis tués, et un million de paysans déplacés. Cf. Guy Pervillé, «  La guerre d’Algérie : combien de morts  ?  », dans Mohammed Harbi et Benjamin Stora (sous la dir. de), La Guerre d’Algérie, Robert Laffont, Paris, 2007, p. 477 et suivantes.

(8) Paris-Méditerranée, Paris, 1999.

Voir aussi le courrier des lecteurs dans notre édition de juillet 2008.

Cet article a été prolongé par Pierre Daum dans un livre publié le 18 janvier 2012 : Ni valise ni cercueil. Les pieds-noirs restés en Algérie après l’indépendance, Actes Sud, Arles, 2012.

 

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17 novembre 2010 3 17 /11 /novembre /2010 21:56
députée européenne -  http://www.nicolekiilnielsen.eu/1871

Ce mardi 16 novembre des députés Verts et ALDE ont organisé une réunion sur le Sahara occidental au Parlement européen. Le thème portait principalement sur la question de la pêche. Comme l’a souligné Eva Joly, l’accord de pêche entre l’UE et le Maroc arrive à son terme en février 2011. Il est actuellement en débat au sein du Parlement européen et nous, Les Verts, ferons tout pour qu’il n’inclue plus les côtes du Sahara occidental. L’accord sous sa forme actuelle est en effet inacceptable pour plusieurs raisons : il est illégal au regard du droit international, il n’est pas éthique (l’UE paye 144 millions d’euros par an pour pêcher dans les eaux du Sahara occidental alors que dans le même temps 1/5 des enfants Sahraouis sont victimes de malnutrition), il est utilisé politiquement par le Maroc pour consolider son contrôle du Sahara occidental, il gaspille les taxes des citoyens européens. Le droit international de la mer est clair: le Maroc ne peut être considéré comme l’autorité légitime sur les eaux du Sahara occidental.

Aminatou Haidar a, en conclusion, fait une intervention très forte à propos du démantèlement violent par les forces marocaines d’un camp de toile où des dizaines de milliers de Sahraouis s’étaient installés depuis la mi-octobre pour protester contre leurs conditions de vie. Se posant comme porte-parole des Sahraouis, elle a exigé une commission d’enquête internationale sur les événements du 8 novembre dernier. Elle a également rappelé l’urgence de l’élargissement du champ d’intervention de la MINURSO (Mission des Nations unies pour l'organisation d'un référendum au Sahara occidental) au suivi des Droits humains, ou au moins l’attribution de cette compétence à un autre organisme de l’ONU. Enfin, elle a rappelé la nécessité de mettre en œuvre les recommandations de la Commission Ad-Hoc du Parlement européen pour le Sahara occidental. Il conviendrait notamment que la Commission européenne, à travers sa Délégation à Rabat, suive de plus près la situation des droits humains au Sahara occidental et envoie régulièrement des missions d’information sur place.

 

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13 novembre 2010 6 13 /11 /novembre /2010 18:19
Willy Meyer, eurodéputé espagnol de la Gauche Unie / Sergio Torres / AP / SIPA

L’eurodéputé espagnol Willy Meyer a été refoulé du Sahara occidental alors qu’il venait s’informer sur les affrontements entre l’armée marocaine et la population Sahraoui. Il dénonce le Maroc qui ne respecte pas ses engagements de dialogue sur la question du statut de la région.

Les tensions sont de nouveau vives au Sahara occidental. Des affrontements entre la police marocaine et la population sahraoui ont coûté depuis deux semaines la vie à onze habitants et huit policiers dans la région d’El Aioun. Mardi 9 novembre, dans le cadre de l’ONU, le dialogue entre les parties pour mettre fin au conflit territorial africain le plus ancien n’a abouti à rien. L’avant veille, l’europarlementaire espagnol du parti Gauche Unie Willy Meyer, venu visiter les lieux en tant qu’observateur a été refoulé et trois journalistes espagnols ont été arrêtés et viennent d’être expulsés.

La dispute autour de la souveraineté sur le Sahara Occidental oppose le Maroc et les forces indépendantistes du Front Polisario depuis 1975. Rabat propose que l’ancienne colonie espagnole se transforme en entité autonome intégrée dans le Royaume, tandis que le Polisario propose un référendum auprès de la population sahraoui avec, en option, la possibilité de l’indépendance.

L’Espagne, administrateur du processus de décolonisation, est coincée entre deux feux. D’un côté une population qui exige au gouvernement de Zapatero de défendre l’option du référendum et les droits de la presse espagnole bafoués par les autorités marocaines. De l’autre, le Maroc, qui voudrait voir le Royaume ibérique reconnaitre sa souveraineté sur le Sahara. Début Novembre, Taïeb Fassi Fihri, ministre aux Affaires Étrangères marocain, accusait la presse espagnole de "désinformer et de ne pas aider les gouvernements dans la résolution du conflit".

Pourquoi cette nouvelle tension dans un conflit qui semblait endormi ?

Parce que la force d’occupation marocaine veut imposer sa loi à base de répression et sans témoins. C'est-à-dire, imposer la souveraineté marocaine sur le Sahara sans passer par la résolution de l’ONU qui exige une solution de consensus entre les parties. Justement, la pression exercée en parallèle sur la presse espagnole – et française, d’ailleurs - répond à une stratégie bien ficelée de la part des autorités du Maroc pour imposer définitivement son occupation du Sahara Occidental.

L’attitude de l’UE envers le Maroc devrait-elle changer en conséquence ?

D’abord, c’est l’Espagne qui ne joue pas son rôle en regardant ailleurs et en laissant le peuple du Sahara sans défense. Ensuite, le Maroc est le seul pays au monde à avoir signé avec l’Union européenne un Accord d’Association Privilégiée dont la clause numéro 2 exige du Maroc qu’il respecte les Droits de l’Homme. Ceci n’est pas le cas, et si Catherine Ashton [Haute Représentante européenne aux Affaires Étrangères] ne demande pas aux autorités marocaines des garanties de respect de cet Accord, elle devrait agiter la menace de sa suspension. En tout cas, c’est un leurre que de penser que le Maroc se dirige vers un modèle de démocratie respectueuse des Droits de l’Homme.

Quelle est la responsabilité de la France dans cette affaire ?

Quoique moins importante que celle de l’Espagne, elle reste considérable. La France défend ses intérêts économiques dans la zone du Maghreb et se range systématiquement aux côtés du Maroc. Mais au moins la France défend ses journalistes quand ceux-ci sont expulsés ou agressés. [Le Maroc a permis à nouveau l’entrée de journalistes français dans le territoire du Sahara].

Quels sont les soutiens européens envers le peuple sahraoui ?

En Europe, la solidarité avec eux est transversale. Elle touche pratiquement tous les groupes politiques du Parlement et tous les pays quant à l’exigence d’une cessation des hostilités de la part de l’armée marocaine. Le problème c’est que l’Espagne n’exerce pas son rôle d’administrateur du processus de décolonisation et laisse le Maroc imposer sa solution de manière unilatérale.


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28 mai 2010 5 28 /05 /mai /2010 23:09

 


L’Histoire est, entre autres définitions, ce qui est censé incarner le champ de l’idéal collectif. Et l’idéal, s’il se situe en deçà de l’utopie, constitue néanmoins, ce qui porte l’homme collectif, la société, hors de la grisaille de l’immédiat et des contingences du quotidien, en propulsant les collectivités humaines vers une certaine forme d’accomplissement. D’où l’absence d’idéal enfante la déchéance sociale. Sans être eschatologique, l’Histoire est le tremplin téléologique de l’humanité, l’archer géo-temporel par où l’espèce se transforme en flèche lancée vers ses possibles, mais qui, malheureusement, si souvent oublie et rate ses points de mire, les valeurs spirituelles et morales de son entéléchie.

 

Rubrique AgitProp

Par Camille Loty Malebranche - Altermonde-sans- frontières

Mis en ligne par Suzannah Horowitz

Qui ne s’adapte est condamné à disparaître, c’est un truisme constaté et admis à l’unisson. Pourtant, l’adaptation, telle une médaille comporte le revers qu’en aucun cas ne doive nous faire oublier l’avers. L’adaptation est une adhésion à la vie mais aussi une conciliation si consensuelle qu’elle peut devenir un échouage dans le « suicide » inconscient par le renoncement des hommes à la liberté et la dignité dans le contexte sociétal.

Pour l’homme, l’adaptation multiple aux évolutions socio-historiques, après celle phylétique de son être biologique à la nature, aura été d’un côté ce qu’est toute adaptation de vivant pour demeurer, mais aussi malencontreusement, un instinct de soumission aux modes d’existence sociale qui le porte à quasiment tout accepter par réflexe de fonctionnalité. Impulsion et attraction, l’idéal est le moteur de l’Histoire et la clé de la motilité des sociétés humaines supposées évoluant en s’humanisant et en s’améliorant sans cesse. Pourtant cette poussée vers le meilleur est constamment harponnée par la platitude de l’immédiat et de la quotidienneté à expédier et traverser. Ni projet divin ainsi que la voit une certaine théologie, ni évolution morphologique de l’humanité comme l’entend par exemple Herder, l’Histoire humaine se décante dans la pensée et le comportement des hommes d’influence appuyés selon l’intelligence ou l’instinct de horde de leur société. Et c’est aussi là tout le pari du politique. L’homme politique de proue doit-il exciter les instincts populaires ou au contraire parler à l’intelligence de son peuple ? La réponse est loin d’être aisée. Car nous sommes à d’énormes distances du rêve rationaliste hégélien de la « raison qui gouverne l’histoire » ! Normand O’brown problématisait dans son livre Éros et Thanatos, le point de vue de Hegel en supputant que l’Histoire était plus souvent mue par les passions voire la pulsion de mort que la raison. Nous croyons, quant à nous, que même les passions et sentiments destructeurs de l’Histoire transpirent la rationalité monstrueuse et meurtrière des hommes dans leur folie de règne, de vengeance, leur crise phobique, leur haine, leur délire de pouvoir, leur complexe d’infériorité ou de supériorité et surtout, ce qui est l’impulsion de toute violence, l’enrichissement aux dépens des vaincus ou des soumis.

C’est là que se situe toute la vérité de l’Histoire qui est en fait surtout le dévoilement des laideurs humaines, car l’Histoire n’étant aucunement sui générée, elle n’est ni autopropulsion, ni hypostase vivante, elle est l’émanation de nos horreurs et de nos petites lumières à travers le temps et l’espace. C’est nous qui la faisons par action ou par omission-soumission , par proactivité ou par retrait complice, par avant-gardisme ou par abandon au sort. Les peuples sont tous plus ou moins coupables de l’état de putréfaction du monde. Et les sociétés sont toutes sales de la même saleté de leurs élites qu’elles propulsent au sommet et soutiennent par bas instincts identitaires.

En dehors de la face eschatologique, de la fin divine de ce microcosme qui se pose littéralement sur l’Éternité, c’est-à-dire l’atemporalité et l’anhistoricité , l’histoire nous est donnée par le Créateur qui nous laisse montrer ce que nous sommes et comment nous l’assumons. Voilà pourquoi, je refuse tout surenchérissement des théologiens de l’Histoire qui veulent nous laisser croire à la fatalité. C’est aussi pourquoi je dis que toute adaptation au courant fort d’un moment de l’histoire, est lâcheté et indignité. Car c’est précisément le réflexe d’adaptation pour la survie et la subsistance qui amollit le mental collectif, assujettit le comportement humain en déterminant chez les hommes la reddition sociale aux ogres de l’État et de l’économie par transposition de la nécessité adaptative pour la survie ontogénétique, phylogénétique et tout simplement géographique à la vie en société. Transposition haïssable que les peuples acceptent et font inconsciemment à leurs propres dépens pour la plus grande joie des tyrans.

Que l’Histoire soit faite par et pour le peuple !

Nul peuple n’est tenu de laisser à de soi-disant « élites » économiques ou politiques, le soin de faire l’Histoire à sa place. Jusque-là, une infime minorité a fait l’Histoire et écrit son compte rendu affabulé aux majorités, aujourd’hui, que tous les amis de la liberté exigent l’avènement du temps des majorités faisant l’Histoire !

L’une des formes de l’adaptabilité est la venue des systèmes politico-économiques avec leurs lois qui sévissent par les institutions de l’État contre la société. Ainsi le systémique devient systématique de la vie collective pour ceux qui observent les lois scélérates de l’économie et de la morale du droit de propriété sans limite dans la société individualiste à l’extrême. La loi est l’acte final suprême du démiurge ou du conquérant d’un monde, affirmant son autorité sur sa création ou sa conquête. Dans une société où quelques-uns monopolisent toutes les richesses comme une pègre officielle autorisée, la loi constitue la garantie d’extorsion du bien commun détourné par le droit qui consacre et convertit la malversation en privilège légal pour l’engeance maîtresse des structures et qui par elles, contrôle le système social asservissant tous. L’Histoire des servitudes ne peut s’estomper par le réveil des peuples. La face enfin manifestée d’une humanité dessillée, dégourdie, prenant en main ses possibles de justice sociale et de parts de bonheur terrestres au dédain des mufles dominants des structures d’aujourd’hui.

Ceux qui font l’Histoire aujourd’hui sont les ploutocrates et leurs alliés qui nous bernent par une démocratie formelle ne changeant rien au fil des élections simiesques et cycliques quant à la détention du pouvoir entre les mains de l’oligarchie de droit divin. Les peuples, eux, pris dans l’ornière du système actuel ne font que subir l’Histoire, seule une révolution permettra aux majorités ignorées, si elles se lèvent de faire l’Histoire en la ravissant aux imposteurs prétendant agir en leur nom.

C’est donc la prise du pouvoir politique et la refondation structurelle du monde selon un système n’ayant d’autres buts que l’humain en lieu et place du système actuel dont l’unique quête est le profit, qui réhabilitera l’humanité des peuples réifiés par la politique des oligarques. Aujourd’hui, les peuples doivent se fonder un nouvel idéal d’équité et d’établissement d’une véritable société de justice collective en nouvel étant de l’Histoire sur la ruine de la jungle ploutocratique où presque tous sont dévorés par l’avarice d’une immonde minorité.

Faire l’Histoire et cesser de la subir, est une responsabilité civile et civique, une mission citoyenne, un destin temporel des nations et non une dévolution politicienne ni un privilège de parti. La seule vocation politico-sociale des peuples et des citoyens, est de faire l’Histoire en souverains, ayant renversé les tyrans et conquis pour eux-mêmes les structures, enfin mûrs pour la libération, matures pour la liberté.

 

 


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17 mai 2010 1 17 /05 /mai /2010 23:58

 

 

L'Union Juive Française pour la Paix se joint aux protestations contre l'arrestation de Ameer Makhoul, président de l'ONG Ittijah, arrêté à Haïfa par la Shabak israélienne.
 
Nous connaissons ce militant inflexible dans la défense des Palestiniens qui vivent  en Israël.
 
Son arrestation intervient à un moment où le gouvernement israélien entend étouffer l'activité de toute ONG osant critiquer sa politique par une série de mesures administratives et fiscales.
 
Le silence de la « communauté internationale », et l'encouragement que représente pour le gouvernement Nétanyahou la décision d'admettre Israël comme membre de l'OCDE sont un nouveau coup porté à la défense des droits humains.
 
Or il n'y aura pas de paix au Proche Orient sans que soit pleinement reconnus les droits des Palestiniens, qu'ils soient aujourd'hui en Cisjordanie, à Gaza, ou qu'ils soient réfugiés à l'étranger et luttent pour faire respecter leur droit au retour.
 
C'est grâce à des militants comme Ameer Makhoul et des associations comme celle qu'il préside que l'on peut espérer qu'un jour une paix durable s'établisse entre Israéliens et Palestiniens.
 
L'UJFP assure le camarade Ameer Makhoul de son amitié et de sa pleine solidarité.
 
L'UJFP  espère que le gouvernement français répondra à l'appel de la Plateforme des ONG pour la Palestine à laquelle elle participe et qu'il interviendra pour la libération immédiate d'Ameer Makhoul.
 
Bureau National de l'UJFP
 Union Juive Française pour la Paix (UJFP)  -  21 ter rue Voltaire, 75011 PARIS
Téléphone : 06 61 33 48 22  ·  e-mail : contact@ujfp. org  ·  Site : www.ujfp.org

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5 mai 2010 3 05 /05 /mai /2010 02:20

(Photo Reuters )



mardi 4 mai 2010 , par La Rédaction

Des militants du Parti communiste grec ont déployé ce mardi matin deux banderoles sur l’Acropole, le monument le plus célèbre du pays, pour s’opposer aux nouvelles mesures d’austérité du gouvernement.

Banderole au pied de l’Acropole avec l’inscription :

"

Peuples d’Europe - Révoltez-vous"

 

Al-Oufok

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4 avril 2010 7 04 /04 /avril /2010 19:33
L'Iran a annoncé l'organisation d'une conférence sur le désarmement nucléaire les 17 et 18 avril. Selon le ministère iranien des Affaires étrangères, la Chine a déjà confirmé sa présence.

Par AFP - L'Iran va organiser les 17 et 18 avril une conférence internationale sur le désarmement nucléaire à laquelle participera la Chine, ont annoncé dimanche des responsables iraniens, au moment où Téhéran est menacé de nouvelles sanctions pour son programme nucléaire controversé.

La conférence aura pour thème "l'énergie nucléaire pour tous, l'arme nucléaire pour personne", a déclaré le porte-parole du ministère des Affaires étrangères, Ramin Mehmanparast, cité par l'agence de presse Mehr. "Des responsables de différents pays et des représentants d'organisations internationales et d'organisations non gouvernementales y ont été invités", a-t-il ajouté, précisant que la liste des invités serait publiée ultérieurement.

Mais selon le chef des négociateurs nucléaires iraniens, Saïd Jalili, qui vient d'effectuer une visite à Pékin, la Chine y participera.

"C'est une conférence internationale et l'Iran qui défend le désarmement nucléaire appelle toutes les nations à désarmer. La Chine a accueilli favorablement cette initiative (...) et y participera", a dit M. Jalili, cité par l'agence de presse Irna.

Vendredi, au lendemain de sa rencontre avec le ministre chinois des Affaires étrangères Yang Jiechi, M. Jalili a affirmé avoir le soutien de la Chine sur l'inefficacité de l'arme des sanctions et appelé les pays occidentaux à changer leurs "méthodes erronées" et à "cesser de menacer l'Iran".

La Chine est la seule parmi les six puissances en charge des négociations sur le dossier nucléaire iranien (Chine, Etats-Unis, Russie, France, Grande-Bretagne et Allemagne), à demeurer réticente à l'adoption de nouvelles sanctions au Conseil de sécurité de l'ONU.

L'Iran est soupçonné par les puissances occidentales, Etats-Unis en tête, et Israël, son ennemi juré, de vouloir fabriquer l'arme atomique sous couvert de son programme nucléaire civil, ce que Téhéran dément.

Les dirigeants iraniens affirment que la République islamique ne cherche pas à obtenir l'arme atomique, interdite selon eux par l'islam, et prônent le désarmement nucléaire.

Cette conférence interviendra après un sommet international sur la sécurité nucléaire organisé les 12 et 13 avril à Washington pour discuter de mesures communes pour assurer la sécurité de "matériaux nucléaires vulnérables" et empêcher des actes de terrorisme nucléaire. La question iranienne devrait y être largement abordée.

M. Jalili a répété dimanche que l'Iran était toujours disponible à reprendre les négociations nucléaires avec les grandes puissances. "Nous l'avons déjà dit par le passé, nous sommes prêts à discuter des questions susceptibles d'aider la paix mondiale, la stabilité et la sécurité".

"Il est préférable pour les pays qui ont quitté la table des négociations de reprendre le dialogue qui peut fournir un terrain favorable à la coopération internationale", a-t-il ajouté.


 

 

 


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21 mars 2010 7 21 /03 /mars /2010 02:40


Un éminent érudit musulman d'origine pakistanaise, Muhammad Tahir-ul-Qadri, a condamné mardi les terroristes, considérés comme des ennemis de l'islam, dans une fatwa (avis juridique donné par un spécialiste de loi islamique) rendue publique à Londres.


AFP/Carl CourL'érudit musulman Muhammad Tahir-ul-Qadri,
lors de la présentation
de sa fatwa à Londres, mardi 2 mars.

L'érudit musulman Muhammad Tahir-ul-Qadri, lors de la présentation de sa fatwa à Londres, mardi 2 mars.


Par LE MONDE avec AFP

Il souligne que les actes de terrorisme ne pouvaient avoir aucune justification au nom de l'islam, condamnant notamment les attentats d'Al-Qaida, dans cette fatwa de quelque six cents pages présentée au cours d'une conférence de presse à Londres, en présence notamment de députés et de représentants d'associations caritatives.

Les kamikazes "ne peuvent pas prétendre que leur suicide sont des actes commis par des martyrs qui deviendront des héros de l'oumma [la communauté musulmane], non, ils deviendront des héros du feu de l'enfer", a déclaré le Dr "Il n'y a aucune place pour le martyre, et leurs actes ne seront jamais, jamais, considérés comme le djihad ['guerre sainte']", a-t-il ajouté.

Cette fatwa "peut être considérée comme l'argumentaire théologique le plus complet contre le terrorisme islamiste à ce jour", selon la fondation londonienne Quilliam, qui combat l'extrémisme musulman. Si d'autres responsables musulmans avaient par le passé déjà condamné le terrorisme, M. Qadri, qui s'est exprimé en anglais et en arabe, a souligné que cette fatwa écartait complètement tout type d'excuse pour justifier la violence. Il a souligné que l'islam était une religion de paix, appelant d'autres responsables religieux à rejoindre sa position.

Muhammad Tahir-ul-Qadri est à la tête du mouvement Minhaj-ul-Quran, une organisation de tradition soufie, qui combat l'extrémisme religieux dans des centres situés dans des dizaines de pays.

 

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22 février 2010 1 22 /02 /février /2010 18:31
Par Djamal Benmerad

Dans une tribune du quotidien français Le Monde de l'édition de demain 23 février, Bernard Kouchnr et son homologue espagnol Miguel Angel Moratinos, après avoir affirmé que "La construction de l’Etat palestinien est aujourd’hui un objectif partagé par tous", ont déclaré que "L’Europe doit maintenant prendre ses responsabilités. Elle ne doit pas se cantonner dans une posture de rappel, nécessaire mais souvent incantatoire, des irréductibles contours du règlement final : sécurité absolue pour Israël, reconnaissance le moment venu d’un Etat palestinien, sur la base des lignes de 1967 avec des échanges de territoires et avec Jérusalem comme capitale des deux Etats". Plus loin, ils ont ajouté que "Nous devons proposer, au-delà des "discussions de proximité" aujourd’hui nécessaires mais insuffisantes, un calendrier de négociations limité, sur l’ensemble des questions du statut final (sécurité, frontières, eau, réfugiés, Jérusalem) et un mécanisme d’encadrement sérieux, qui tirerait les leçons des erreurs du passé" pour en arriver, à la fin, à promettre qu'"A l’issue, l’Europe reconnaîtrait collectivement l’Etat palestinien pour que la Palestine devienne enfin un membre à part entière de la communauté des nations, vivant en paix et en sécurité à côté de l’Etat d’Israël".

Que devons-nous conclure de ces déclarations ?
- Qu'elle a été rédigée sous la dictée de Benyamin Netanyaou
- Qu'elle a été fate après l'assentiment des dirigeants européens, et que c'est tous les Etats européens qui   parlent par la voix de ces deux pesonnalités.
- Que jamais l'Europe officielle n'a été aussi loin dans son engagement dans le conflit Israélo-Palestinien en parlant du retrait d'Israël jusqu'aux frontières de 1967, ce qui implique le démantèlement de toutes les colonies sionistes illégales.
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