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8 mars 2010 1 08 /03 /mars /2010 09:58



Par TONY - http://cocomagnanville.over-blog.com/


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Rencontre avec un dur à cuir de l’action syndicale, un militant politique à la retraite mais toujours sur le qui-vive : Jacques Tourtaux. Retour sur un parcours de travailleur, de militant politique, syndicale et anticolonialiste. Les Ardennes, Reims, l’Algérie. On va voyager dans le temps mais aussi dans l’espace.


Le petit bonhomme marche à pas rapide, comme pressé par le temps. Du temps il en a depuis qu’il est à la retraite. Et il le met toujours au service des luttes syndicales. La lutte, c’est pour ainsi dire une seconde nature, pour ce CGTiste[1] iconoclaste. « Moi je suis de la tendance Lutte de Classe de la CGT. Bernard Thibault et les autres sont des traitres à l’action syndicale ». Notre interlocuteur ne fait pas dans la dentelle. Dans sa bouche revient souvent l’anathème « tête de con ». Et visiblement tout au long de sa vie il en a rencontré des têtes de con…


Jacques Tourtaux est une vieille barbe du syndicalisme. Et il n’a pas lâché le morceau, malgré des problèmes de santé. En juin 2009, avec des amis de la tendance dure il a lancé la CGT Lutte de Classe et la FSU[2] Lutte de Classe, pour faire poids à ce qu’il appelle la « CGT sclérosée ». « Nous croissons doucement. Maintenant c’est davantage qu’un mouvement embryonnaire. Je suis entré au Conseil d’Administration.  Rebelle encore et toujours. L’ordre établi ? De son apprentissage à l’armée, de Mai 68 dans les chemins de fer à la « trahison communiste », Tourtaux l’attaque tête baissée.Ce n’est qu’ensuite qu’il réfléchit, et qu’il mesure le poids de ses actions et paroles. Comme lorsque dans une manifestation un leader marnais de la CGT s’en prend vertement à lui, et même physiquement. « On gave une armée de permanents dans nos vieux syndicats, diagnostique notre hôte. Moi je n’ai jamais été permanent. Ce qui compte c’est le terrain, le vécu, le contact avec la base ! » On ira dire ça à la Maison des Syndicats…


Jacques Tourtaux vit toujours dans son immeuble du quartier Croix-Rouge, à Reims. Une tour au milieu d’autres tours. De là il se tient au courant des nouvelles du monde. C’est là qu’il nous reçoit avec sa femme et son chien dans son modeste appartement au rez-de-chaussée d’un bâtiment en réparation. C’est là que nous discutons de son parcours, à bâtons rompus, autour d’un bon café.


De sa tour Jacques Tourtaux se tient au courant des nouvelles du monde. Vieille école et moderne, il se connecte souvent sur internet, parcourant la presse en ligne, les blogs militants. Il reçoit quantité de messages dans sa boite mail. Des gens qui le sollicitent pour des actions, des « informateurs » de terrain. Ce n’est pas le courrier du cœur, c’est plus le courrier du cri du cœur, surtout en ce jour où il reçoit un message désespéré : un homme dont la femme, en conflit du travail, atteint le 18è jour de grève de la faim. Tourtaux le moderne a créé son propre blog en novembre 2007 : « Le Sanglier Rouge », titre caractéristique pour cet Ardennais batailleur, « Rethélois pur race et toujours lutte de classe ». Il l’alimente avec des billets d’humeur propres, des annonces syndicales, et aussi des articles de la presse qu’il pioche sur internet. Tourtaux est ouvert sur le monde entier, avec des rubriques concernant le Moyen-Orient et l’Amérique du Sud où bouillonne l’extrême-gauche.


« Le Sanglier Rouge » est un blog déjà bien installé dans le paysage Overblog : 500 visiteurs par jour en moyenne, des milliers de visiteurs uniques et de pages vues. « C’est un des plus référencé », s’exclame t-il fièrement. « Ce que je veux, à travers ce blog dédié aux petites gens, c’est faire un outil syndical fort ». Ce dernier pari est difficile car la situation syndicale est délicate. En temps de crise surtout les gens se replient sur eux-mêmes, par peur ou par désintérêt des luttes collectives. Et puis Tourtaux le querelleur s’est fâché avec tellement de monde à la CGT, sur le plan Marnais ou même nationale… Mais notre interlocuteur n’en a cure : en léniniste égaré dans ce siècle de la délocalisation, il préconise de « sauter sur l’occasion ! Ce qui se passe chez Total est du pain béni. Il faut en profiter pour appeler à la grève générale, la vraie ! Pas la promenade de santé façon Bernard Thibault ! » Mais le Peuple, suivra t-il ? Techniquement comment faire ? C’est une autre question, beaucoup trop vaste…


« Je n’ai que le certif’ », soupire notre hôte. Le certificat d’études est ce diplôme que nos grands-parents ont passé, au début de l’adolescence. C’était un examen compliqué, un sésame très important. Une minorité de jeunes l’obtenait. Dans les classes populaires on destinait les têtes blondes au boulot, sur les chantiers, à la mine et dans les champs…Alors à quoi bon passait le certif !, Jacques Tourtaux, enfant pauvre de la ville « petite-bourgeoise de Rethel », l’a quant à lui obtenu. Mais lasa modestie, encore et toujours… Modestie qu’on retrouve au gré de la discussion, à de nombreuses reprises. « J’ai créé le blog en novembre 2007. Pendant 20 jours je n’ai rien écrit. J’avais trop peur de me lancer ».


Dans son petit bureau rempli de livres, notre hôte collectionne les médailles du travail, surtout aux chemins de fer où il a travaillé de longues années après son retour d’Algérie. Toujours comme manœuvre. Locace, Tourtaux est aussi un personnage simple. Comment ne pas s’attacher à ce gouailleur pas avare de bons mots, et, surtout, ce narrateur hors-pair. Sa vie défile en deux heures de discussion… Jacques Tourtaux n’a que le certif, mais une vie bien remplie.


(à suivre)

 


Notes

[1] La CGT est le principal syndicat de travailleurs en France.

[2] La FSU est le principal syndicat de l’enseignement supérieur en France.


Source site : http://collierdenewz.over-blog.com/





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