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8 mars 2010 1 08 /03 /mars /2010 23:24

 

 
Nous prions instamment les lecteurs de canempechepasnicolas et de  http://barricades.over-blog.com/ de donner leur avis, parce que moi je ne vais sûrement pas me priver de donner le mien.
Signé : Djamal Benmerad




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Texte repris sur le blog canempechepasnicolas


Depuis bientôt quarante-cinq ans qu’il est mort, comme s’il était toujours en vie , Staline soulève les passions, suscite les malentendus, provoque les paradoxes, embarrasse tellement qu’on cherche à toujours éluder les problèmes qu’il pose et qu’on préfère entretenir à son sujet des mythes contradictoires, interdisant toute tentative d’explication. « Cachez ce sein que je ne saurais voir ! » disait Tartuffe et, comme sous le mouchoir hypocrite le joli téton d’Elmire, on tente de dissimuler Staline sous sa grosse moustache, ce qui permet à tout le monde, aujourd’hui, d’être anti-stalinien, au point que le terme stalinien est devenu une insulte banale pour automobiliste ordinaire, aussi bien qu’à chacun d’entre nous, un jour ou l’autre, d’être, d’avoir été ou de devenir le stalinien de n’importe qui avec ou sans voiture.


Peut-être clarifierait-on la situation créée par cette trop belle unanimité génératrice de confusion, en distinguant tout d’abord le stalinien du staliniste. Pour faire mieux comprendre la différence entre le -ien et le -iste, je prendrai l’exemple de Chirac qui, par sa passion nouvelle pour l’Europe (le parti de l’étranger ?) a cessé d’être gaulliste alors qu’il affecte volontiers un comportement gaullien comme lorsqu’il reprend les essais atomiques contre l’avis du monde entier. Cela permet de riches variations sur un thème commun et, sans que j’aie à nommer personne, chacun pourra reconnaître autour de lui des stalinistes anti-staliniens, ou des anti-stalinistes staliniens, ou des anti-stalinistes anti-staliniens, voire des stalinistes staliniens.

Aurais-je la malice d’observer que lorsque le PCF, voulant, à l’occasion de son 22ème Congrès, envoyer un « signal fort » de sa déstalinisation, décida, d’ailleurs selon une procédure quelque peu stalinienne, d’abandonner la dictature du prolétariat, il fit du stalinisme comme monsieur Jourdain de la prose, car il y avait belle lurette que Staline avait confisqué au profit de sa propre bureaucratie tout le pouvoir aux soviets qui étaient bien la forme la plus aboutie de la dictature du prolétariat ? De même, tout récemment encore, avec une égale innocence, pour montrer ses efforts vers le changement, il répudia le centralisme démocratique avant même qu’on n’ait jamais songé à l’appliquer et Staline pas plus qu’un autre, qui, sans se préoccuper de la démocratie plus que de colin tampon, faisait tout venir du centre au centre duquel il s’était placé comme le nombril du monde, dans un effréné culte de sa personnalité.


Il faut dire qu’il est facile de tromper ou de se tromper au sujet du petit père des peuples, tour à tour Père Noël, Père Fouettard ou Père Ubu et alors même que ses admirateurs de la veille, dans une étonnante atmosphère d’amour-haine, sont devenus parfois ses plus acharnés détracteurs du jour, passant de « l’homme que j’aime le plus au monde » à l’homme le plus haï du monde, du bilan globalement positif au bilan totalement négatif. Les adorateurs de Staline révéraient en lui la lutte et l’espérance de ceux qu’on appelle les humbles car ils ne cessent d’être humiliés et, ne vous y trompez pas, les anti-staliniens les plus résolus furent d’abord des anti-communistes. Le dictateur ennemi des droits de l’homme ? Ils n’en avaient rien à foutre ; des dictateurs, ils en avaient plein les poches, des sanguinaires, des corrompus et des fous, qu’ils avaient eux-mêmes fabriqués à grand renfort de subventions, comme ce lamentable putschiste manqué, comment s’appelait-il déjà ? Qu’ils avaient ramassé dans les poubelles de l’Histoire pour en faire précisément un rempart contre le communisme. Ah oui, ça me revient, Hitler, il s’appelait Hitler ! Il a bien failli lui régler son compte, à Staline, le gaillard, dommage qu’entre lui et les démocraties, alors que ça commençait si bien, il y eut pour finir ce malentendu. N’empêche que les généraux allemands, traditionnels représentants des classes dirigeantes ont attendu qu’il n’y ait plus aucune chance pour eux de gagner la guerre, pour glisser des bombes sous les fesses de cet Hitler à qui, jusque-là, ils ne trouvaient rien à reprocher et surtout pas de supprimer des juifs et des communistes par millions.

C’est que l’expérience commencée en 1917 ne devait pas réussir, c’était vital, comme, déjà quarante-six ans plus tôt, ne devait pas réussir l’expérience de la Commune de Paris et pour les mettre en échec, tout était bon, tout était légitime pour la légitime défense du capitalisme de droit divin. Les soixante-douze jours de la Commune furent soixante-douze jours de combats sans merci que menèrent les troupes de Thiers sous l’œil complaisant, voire complice de Bismark. Pas étonnant que Lénine, au soixante-treizième matin de son pouvoir, ait esquissé sur les rives gelées de la Néva, au risque de glisser et de se casser la margoulette, un pas de danse pour exprimer sa joie (et sa surprise !) d’avoir duré un jour de plus que la Commune de Paris. Mais la ressemblance n’en resta pas là. Les soixante-douze ans de l’URSS furent soixante-douze ans de guerre sous toutes ses formes : ingérence étrangère à l’intérieur, cordon sanitaire, isolement diplomatique et commercial, guerre civile, guerre chaude, guerre froide, guerre économique, guerre idéologique, guerre des nerfs, guerre des étoiles, des espions, des subversifs, de la propagande, course aux armements, à l’exploration spatiale ... j’en passe et des pires.

Un environnement international aussi hostile ne justifie certainement pas mais suffit à expliquer en partie que Staline, pour sauver et croyant ainsi sauver l’État soviétique, se soit écarté de la voie socialiste ou lui ait imposé des torsions pour le moins contraires à certains grands principes du socialisme. Dans de telles conditions était-il possible de construire le socialisme dans un seul pays ? Mais Staline avait-il le choix d’une autre démarche, sauf capituler devant le capitalisme comme le fit Gorbatchev quelques décennies plus tard ? Peut-être n’était-ce pas le socialisme qui se construisait dans l’URSS de Staline mais, par plus d’un aspect cela lui ressemblait quand même pas mal : la propriété collective des grands moyens de production et d’échange, l’accès du peuple à la santé et à l’instruction comme en témoignent l’allongement de l’espérance de vie et la transformation d’un peuple de moujiks analphabètes en un peuple d’ingénieurs, la garantie d’un travail sans chômage et d’une vieillesse sans angoisse, le rôle international déterminant dans le mouvement de libération des peuples colonisés, etc. je ne dirai certes pas que sous la moustache de Staline on aurait pu trouver le sourire de Reims. Je ne lui prête aucun angélisme. Mais je ne pense pas non plus que sous ses moustaches on découvrirait les canines de Dracula, même si la vieillesse de Staline, après toute une vie rude de militant révolutionnaire et trente ans de pouvoir absolu, bascula dans la tragédie shakespearienne, traversée de méfiance pathologique, de peur enfantine, de mégalomanie et de folie.


Laissons de côté l’anti-stalinisme de droite il est naturel et n’a rien à nous apprendre, ni sur la droite ni sur Staline.

L’anti-stalinisme de gauche se développera surtout après la publication du rapport Krouchtchev qu’il faudra bien relire un jour pour décrypter sous le réquisitoire anti-stalinien, la plaidoirie pro-domo d’un proche collaborateur de Staline, soucieux de se dédouaner et de faire porter le chapeau au mort. Or cet anti-stalinisme-là n’est pas sans contradiction ni faux-semblant. N’est-il pas souvent le paravent derrière lequel s’abritent tous ceux-là qui préfèrent les révolutions vaincues parce qu’elles sont plus faciles à gérer et qu’on y trouve l’alibi à sa propre inaction ? N’est-il pas le chemin bordé de roses vers l’anti-communisme. Si confortable pour les petits bourgeois soixante-huitards ou leurs héritiers aux discours flamboyants et au réformisme compulsionnel, qui découvrent avec ravissement qu’on peut se dire de gauche pour son plaisir, et être anti-communiste pour la satisfaction de papa et maman. Le plus grave et sans doute le plus triste, c’est quand ceux qui se proclament communistes et ne savent plus ce que cela veut dire (non, le communisme, ce n’est pas la vie commune !) et qui, avec la fougue du nouveau converti ou du renégat, se jettent dans un anti-stalinisme qui ressemble à s’y méprendre à un anti-stalinisme de droite façon Carrière d’Encausse et les conduit d’ailleurs à se féliciter bruyamment de la chute de l’URSS.

Comme pour le communiste d’hier qui n’avait pas que de mauvaises raisons d’être stalinien, pour le communiste d’aujourd’hui, il n’y a pas que de bonnes raisons d’être anti-stalinien. D’autant moins que la confusion des sentiments pro- ou anti-staliniens, interdit toute analyse lucide du phénomène Staline. Que cela nous plaise ou non, que cela nous arrange ou nous dérange, Staline est un des pères du communisme et nous ne pourrons en finir avec lui que lorsque plus rien ne sera dissimulé sous sa moustache.
Alors nous pourrons regarder dans les yeux ce père à la fois digne et indigne et le tuer respectueusement pour prendre sa place et épouser l’avenir.


Bernard-G. Landry


http://www.lescommunistes.org/spip.php?article383



Avis de Djamal Benmerad sur un débat qui ne le concerne pas :


Il est des débats qu'on pose par diversion, comme Mai 68, en plus d'un caprice d'enfants gâtés, fut une diversion en son temps, une diversion en défaveur , s'i len était, des forces révolutionnaires européennes. Je dis bien
s'il en est.

Sur quoi repose aujourd'hui le trotskysme ? Sur l'anti-stalinisme ! Or, l'anti-stalinisme ne peut constituer un programme politique, donc social, pour les femmes de ménage européennes. Que propose le trotskysme ? La révolution permanente. Mais le bourricot d'une classe d'école primaire dira que pour être permanente, il faut qu'une révolution commence. C'est là qu'intervient la lâcheté, la lâcheté de ceux qui discourent au Cluny et autres hauts-lieux de fabrication de modes. Les agents de la diversion ne se pas gênés pour critiquer Soekarno, Patrice Lumumba, Boumediène... en leur temps. Ils oublient ce qu'ils doivent à Staline.

La bourgeoisie, celle que je combats, ne parle de Staline ni en bien ni en mal. Elle sait ce qu'elle lui doit. Mais la bourgeoisie est, hélas, sûre d'elle.

Kateb Yacine, l'inventeur de la littérature maghrébine de graphie française, m'a dit en 1982 : "Demande à ceux qui critiquent Staline si c'est leurs soeurs qui est rentré à Berlin avec les chars".

Staline, aux dernières nouvelles, est mort. Trotsky aussi. Alors pourquoi ce débat inter-minables ? Et pourquoi m'en mêler ? Sûrement par ennui.





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