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24 janvier 2012 2 24 /01 /janvier /2012 16:51

Par Teddy Bear (son site) mardi 24 janvier 2012

Le rapport d'information pour la Commission des affaires étrangères de l'Assemblée nationale remis par le député Jean Glavany, décrit la question de l'eau comme "révélatrice d'un nouvel apartheid au Moyen-Orient"et provoque un tollé en Israël. Le porte-parole du ministère israélien des affaires étrangères Ygal Palmor, le dénonce et s'étrangle à la lecture « d'un verbe emprunt de propagande vicieuse, bien éloignée de l'esprit critique professionnel[...] sans prévenir ses collègues". Interrogé par Le Monde.fr, qui publie un article, son rapporteur, qui se dit ami d'Israël, nie avoir ajouté ce terme au dernier moment, mais de l'avoir fait en connaissance de cause et souhaite parler "du fond et pas de la forme du mot".

Effaçons par bienséance ce mot et trouvons lui un synonyme, pourra-t-il permettre de contredire ce constat ?. Certainement pas et ce pour la bonne raison que le problème du partage des eaux est un scandale qui est connu depuis fort longtemps. Dès le début des premières colonies juives en Palestine. Evidemment publier un état de fait que tout le monde connaît sans que personne, pour des raisons politiques, ne réagisse, suscite du Quai d'Orsay une bien grande timidité,"nous n'avons pas l'habitude de commenter le contenu des rapports parlementaires"

Sur le fond donc, note le député, "Il faut savoir, par exemple, que les 450 000 colons israéliens en Cisjordanie utilisent plus d'eau que 2,3 millions de Palestiniens"et « environ 70 millions de m3 d'eau contre 222 millions de m3 pour les colons Israéliens".

Une ONG « Friends of the Earth Middle East  » (qui rassemble Jordaniens, Israéliens et Palestiniens), n'hésite pas à dire et redire qu "Israël ne partage pas l'eau de façon équitable avec les Palestiniens". Elle parle également des graves problèmes sanitaires dus à la mauvaise qualité de l'eau non municipale :, "il n'existe pas de contrôle : [elle] peut être contaminée, avec des conséquences pathologiques »  D’autre part, Stéphanie Oudot (1) décrit l'image : "des piscines et des jardins arrosés du côté des colons, tandis qu'à côté, les Palestiniens se rendent au puits ». Elle cite également la question du Jourdain, détourné en amont par Israël, "ce qui rend les Palestiniens très dépendants d'Israël en eau potable" dit- elle.** Ceci est corroboré par Pierre Berthelot (2) qui n'hésite pas à dire : "Les Israéliens considèrent l'eau comme une question relevant de la sphère militaire, ce qui rend presque impossible les débats [...]. En effet , experts et ONG s'accordent pour considérer l'eau comme "un outil militaire" pour Israël comme l'affirme Mark Zeitoun,(3).

Dans le territoire de Gaza c'est bien plus grave, les gazaouites peuvent forer librement certes et sont nombreux à creuser leur puits, mais Israël étant en amont, les Israéliens pompent à tour de bras, il y a donc une surexploitation réelle" Les palestiniens pompent alors de l'eau rare, c'est de l'eau salée qui sort ici de terre et ne peuvent plus boire l'eau du robinet. Selon la Banque mondiale, à Gaza "seule 5 % à 10 % de l'aquifère correspond aux standards de qualité" Il ne reste comme solution que le dessalement des eaux, technologie plus qu'onéreuse pour le gouvernement de Gaza et que pratique Israël sur son territoire..

Abandonnons donc ce vilain mot et parlons de ségrégation de la distribution de l'eau comme le titre d'un post de mon blog. http://palestineconflit.hautetfort.com/archive/2009/10/09/la-segregation-institutionnelle.html où certains détails historiques de cette discrimination sont détaillés.

Les Israéliens, qui je le rappelle, sont victimes eux-aussi du sionisme, oblige ses gouvernements à se conduire ainsi pour survivre dans un environnement hostile, tant politique qu'écologique. Les richesses naturelles appartiennent donc au plus fort et là aussi dans ce domaine la force prime le droit « au nez et à la barbe » du monde entier. Dans ces conditions, puisque rien ne bougera, le rétablissement de l'équité dans tous les domaines aux Proche-Orient et surtout dans les territoires occupés n'est pas pour demain. La Palestine à l'Unesco n'y changera rien.

*Anecdote.

Herzl proposa “ingénument” comme terre d’accueil de la diaspora la presqu’île du Sinaï. Le gouvernement britannique engagea des pourparlers facilitant le travail d’une commission sioniste chargée d’obtenir du gouvernement égyptien l’autorisation nécessaire. L’Egypte, sous occupation britannique, est incapable de refuser les propositions des autorités occupantes. Néanmoins Boutros Ghali pacha, ministre des Affaires étrangères de l’époque, parvient à refuser cette concession en terme diplomatique. En voici l’esprit : “Nous avons étudié attentivement le rapport de la commission chargée de faire des investigations pour l’établissement d’une colonie israélite dans la péninsule du Sinaï. Selon l’opinion qui ressort, cette région, celle de la plaine de Péluse, dans les conditions actuelles est inapte à une colonisation d’européens.”

Les conditions exigées, en matières de santé (paludisme) et d'hygiène prévoyaient l’envoi pour des travaux préliminaires, de fellahs plus aptes à supporter le climat que les Européens. !! Ces travaux consistant d’après la commission à conduire l’eau du Nil par un siphon construit sous le canal de Suez. Cette proposition était inacceptable. “ Je regrette de vous informer que, pour toutes ces raisons, le Gouvernement de Sa Hautesse ne peut donner une réponse favorable à votre proposition qui doit être considérée comme définitivement écartée.”

*

 *    *

Dans une de mes études sur ce problème je notais en 2003 ceci : Israël recherche d’autres sources (illicites) d’approvisionnement, par exemple le siphonnage de la nappe phréatique cisjordanienne, et va encore plus loin, en effet il prend chaque année 100 millions de m³ d'eau du fleuve Yarmouk qui trouve sa source sur les hauteurs du Golan. Il détourne le Jourdain en amont du Lac de Tibériade, laissant seulement un filet d'eau polluée en aval.

(1) Adjointe au département eau et assainissement à l'Agence française du développement. Cette spécialiste des questions d'eau a travaillé pendant sept ans comme chef de projet dans la région.

(2) Chercheur associé à l’Institut français d’analyse stratégique (IFAS),Chargé du séminaire géopolitique du Proche et Moyen‐Orient àl'Institut d'études européennes (Paris VIII)

(3) Chercheur à l'université d'East Anglia en Grande-Bretagne

 

 

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