Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog
1 février 2010 1 01 /02 /février /2010 21:26

Les gens de gauche sont réputés humanistes et libérateurs. Ceux de droite, colonialistes, racistes et esclavagistes. Une comptine manichéenne que l’école et les média s’obstinent à fredonner. Lavage de cerveau oblige.

Par Christian Navis (son site) lundi 1er février 2010  

Pourtant, l’Histoire des colonies n’est pas si simple. Au départ, l’empire français a été bâti par la gauche. Avec de bonnes intentions, certes. Pacifier, éduquer, développer, construire. Apporter les bienfaits de la civilisation et l’esprit des lumières à des gens qui n’avaient rien demandé. De grandes idées généreuses mais simplistes. Appliquées contre l’avis de la droite qui n’en voulait pas. Retour vers le passé :

Un borgne en politique
 Léon Gambetta, qui a perdu son oeil droit dans un accident, profite de la fin du second empire décadent pour se faire élire député radical en 1869. Bien que le mot radical à l’époque désigne l’extrême gauche (comme c’est toujours le cas en Amérique) c’est un modéré.
Bon vivant, grande gueule mais brave type. Inventeur de la gauche cassoulet. Il sait aussi faire preuve de courage quand il s’évade en ballon de Paris assiégé. Ou six ans plus tard quand il met en demeure Mac Mahon : "Il faut vous soumettre ou vous démettre".
Il a fait ses premières armes en politique avec Adolphe Crémieux, avocat et député de gauche, dont on parlera plus loin.

Après une vie publique tumultueuse au cours de laquelle il soutient les visées coloniales de la France en Afrique, Gambetta remporte les législatives de 1881, associé à Jules Ferry, dans une sorte d’union de la gauche de l’époque.
Jusqu’à sa mort, il cumule les fonctions de président du conseil (premier ministre) et de ministre des affaires étrangères. Son ministre des colonies est Félix Faure. Un autre homme de gauche qui a participé à la conquête de Madagascar, a failli provoquer une guerre avec l’Angleterre pour Fachoda au Soudan, et est un anti-dreyfusard convaincu. La totale !
Pour la petite histoire, ce brave homme devenu président de la république par la suite, mourra d’épectase à l’Elysée entre les bras de sa maîtresse.

Pas facile d’y voir clair
 
 L’associé de Gambetta en politique, le franc-maçon Jules Ferry, a été plusieurs fois ministre et président du conseil. De nos jours, ce personnage est toujours encensé par des enseignants à la vue basse pour son action en faveur de l’école laïque. Incontestable mais réductrice.
Nos bons professeurs ont juste oublié que ce député de gauche, plusieurs fois ministre, fut non seulement un des plus ardents promoteurs de la politique coloniale, mais en outre un fieffé raciste !
Le 28 juillet 1885, à la tribune de l’assemblée nationale, il clame :
"Je répète qu’il y a pour les races supérieures un droit, parce qu’il y a un devoir pour elles. Elles ont le devoir de civiliser les races inférieures."
 
Les conservateurs s’opposent à cette politique, considérant que la France n’a pas à dilapider son budget au delà des frontières, pour des retombées économiques illusoires. Pour eux, il n’y a aucun retour sur investissement à attendre du financement outre mer par l’Etat de routes, de chemins de fer, de ports, d’écoles, de dispensaires, d’hopitaux...
La mission civilisatrice de la France est un leurre. Ce ne sont pas quelques minerais bruts et des fruits tropicaux rendus hors de prix par les difficultés d’acheminement qui renfloueront le budget du pays.
 
Ferry, ignorant en économie, ignare en géopolitique, s’imagine que les peuples colonisés achèteront la production industrielle française ! Par reconnaissance envers leurs bienfaiteurs qui leur ont apporté la santé, le bonheur et la paix.
On croirait presque entendre les discours surréalistes de nos modernes Ongistes quand ils appuient leurs appels insistants à la charité publique et réclament un droit d’ingérence humanitaire. Voire de mise sous tutelle internationale des états mal gérés.
 
Les discours de Jules Ferry ne sont pas un "dérapage" comme on dirait aujourd’hui. La plupart des grands intellectuels et politiciens de gauche de son temps pensent comme lui. Et pour longtemps encore.
 
La gauche souffre de strabisme
 
Le 18 mai 1879 au banquet commémoratif de l’abolition de l’esclavage, en présence de Victor Schoelcher (un comble !) le grand Victor Hugo prononce un discours fortement applaudi par l’assistance. Extraits :
"Cette Afrique farouche n’a que deux aspects : peuplée, c’est la barbarie, déserte c’est la sauvagerie ! Allez peuples, emparez vous de cette terre ; Prenez-là ! A qui ? A personne ! Dieu donne l’Afrique à l’Europe !"
 
Plus tard, Jean Jaurès, icône républicaine s’il en est, énoncera dans un discours à la Chambre des députés en 1903 : "La civilisation que représente la France en Afrique est certainement supérieure à l’état présent des indigènes".
Et l’autre icône du socialisme Léon Blum remettra les couverts le 9 juillet 1925 devant les députés : "Nous admettons le droit et même le devoir des races supérieures d’attirer à elles celles qui ne sont pas parvenues au même degré de culture et de les appeler au progrès réalisé grâce aux efforts de la science et de l’Industrie "
 
Pendant tout ce temps là, de Thiers à Maurras, en passant par Paul Déroulède et Maurice Barrès, la droite nationale a une position très claire : la France doit choisir entre l’inévitable revanche contre l’Allemagne et les chimères de l’expansion coloniale.
Pour eux, les colonies ne pourront jamais compenser la perte de l’Alsace et de la Lorraine. Maurras dira à Jules Ferry : "J’ai perdu mes deux soeurs et en échange vous m’offrez vingt domestiques dont je n’ai que faire !’
 
Le colonialisme par le petit bout de la lorgnette
 
 
Dès la fin du second empire, Gambetta a travaillé avec Adolphe Crémieux dont il soutient les fameux décrets, aujourd’hui étrangement ignorés de la plupart des livres d’histoire.
Ces décrets (N° 136 et 137 du 24 octobre 1870) représentent la conception politique de la gauche coloniale de l’époque, se voulant civilisatrice, libératrice et humaniste.
Ainsi les décrets Crémieux donnent-ils la possibilité, s’ils le souhaitent, aux habitants de l’Algérie de devenir citoyens Français à part entière. Sans délai.
 
En 1870, l’ex-régence turque est peuplée de Turcs, de Berbères, d’Arabes, de Juifs, de Noirs et d’Européens provenant essentiellement du pourtour méditerranéen. Des descendants d’esclaves capturés par les pirates avant 1830 pour la plupart.
Ceux-ci, tout comme les Juifs, acceptent dans leur immense majorité la citoyenneté française, n’y voyant que des avantages.
 Avec les Kabyles, c’est plus compliqué. Islamisés de force, conservant de fortes minorités juive et chrétienne, et continuant à pratiquer des rites animistes, certains se laisseraient bien tenter.
Et la France rate une occasion historique !

L’anticléricalisme progresse dans le pays sans pouvoir encore imposer la laïcité. Et le pape Léon XIII, dans un souci d’apaisement, incite tous les Français à accepter la république.
Il va plus loin en demandant à Lavigerie, archevèque d’Alger, d’inviter ses "pères blancs" à faire preuve de moins de zèle à convertir les Kabyles et à redéployer leurs efforts sur l’Afrique noire. C’est perçu comme un abandon par bien des chefs kabyles.
Mais tous ne se résignent pas. Leurs enfants sont, proportionnellement, plus nombreux parmi les boursiers. Leurs descendants éduqués sont relativement nombreux parmi les "assimilés" qui demandent à être français et adoptent des prénoms chrétiens.
Ils fourniront aussi, pour leur malheur, beaucoup de bataillons Harkis.
 
Une vision élargie mais un peu floue
 
Les dispositions de l’article 2 du décret N° 137, modifiant celles du décret du 21 avril 1866 titre III, article 11, stipulent :
" L’indigène musulman qui veut être admis à jouir des droits de citoyen français doit se présenter en personne devant le chef du bureau arabe de la circonscription dans laquelle il réside, à l’effet de former sa demande et de déclarer qu’il entend être régi par les lois civiles et politiques de la France."
C’est tout. Et ce n’est pas compliqué. Mais les musulmans, à de rares exceptions près, refusent le bénéfice des décrets Crémieux. Pourquoi ?

Parce qu’ils préfèrent continuer à appliquer les canons de l’islam et leurs coutumes locales, plutôt que les normes de la république. Le code civil, le code de commerce, le droit administratif et électoral avec le bulletin de vote, une carte d’identité française et l’accès à tous les emplois publics, ils n’en veulent pas.
C’est leur droit.
Mais sans porter de jugement de valeur sur ce choix, il ne faut plus feindre de l’ignorer car il est à l’origine d’incompréhensions, de rancoeurs et de drames dont les contrecoups secouent encore notre société.
 
Un statut regardé de travers
 
La troisième république ne peut s’accommoder de la répudiation, la polygamie, le droit d’aînesse et les privilèges masculins en matière d’héritage, ou encore les mariages arrangés des mineures. Pas plus que de la preuve testimoniale en matière de propriété foncière ou de prêt d’argent, ainsi que de la valeur du témoignage d’une femme réduit à la moitié de celui d’un homme.
La France accepte donc, dans la mesure où cela ne touche pas à l’ordre public ou ne concerne pas des infractions pénales graves (vengeances privées, lapidations) que les indigènes musulmans continuent d’appliquer la charia.

Cela sera officialisé par la suite dans un "statut indigène" qui reconnait la dualité des systèmes juridiques, juridictionnels et administratifs, intuitu personae.
Les cadis et bachadels, les aghas et bachaghas tiennent lieu de juges de paix et de tribunaux d’appel. Ces chefs traditionnels non élus font aussi fonction de maires et de conseillers territoriaux assistés par des assemblées consultatives exclusivement masculines. Une des premières mesures de Crémieux ayant été de démilitariser l’administration du pays pour la confier à des civils.
 
Ce statut indigène, imprégné des meilleures intentions d’une gauche respectueuse des particularismes culturels et établi la demande des intéressés, deviendra plus tard par le biais de la propagande le symbole de la discrimination !
Voilà comment on reécrit l’histoire...
Quant à ceux qui réclament des tribunaux islamiques pour les "affaires privées" en Europe et au Canada, ils ont raté un épisode !

 AgoraVox
 

Partager cet article

Repost 0

commentaires

Babar 05/02/2014 21:59

Lucide

Présentation

  • : Barricades
  • Barricades
  • : C'est l'espace (un de plus mais il n'y en a jamais assez) des sans-voix, des opprimés, mais aussi celui des femmes et des hommes qui agissent pour le plus grand bien de la Révolution.
  • Contact

Recherche

Archives

Pages