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1 février 2010 1 01 /02 /février /2010 01:15

Tony Blair s'explique sur la guerre en Irak (Suzanne Plunkett/Reuters)

Photo : Tony Blair s'explique sur la guerre en Irak (Suzanne Plunkett/Reuters)


  Par Hugues Serraf | Chroniqueur | Rue89

Entendu vendredi par la commission Chilcot sur l'implication britannique dans le conflit irakien, Tony Blair a refusé de se dédire, mais également nié toute manipulation de l'opinion.

Pendant que l'homme du discours de l'ONU ébroue artistiquement sa crinière argentée dans le ruisseau fétide de l'affaire Cleastream, un autre ancien Premier ministre tente de justifier sa conduite passée. Et quelle que soit l'estime que l'on a pour l'un ou pour l'autre, force est de constater qu'une affaire de fichier bancaire falsifié est plus facile à assumer que les dizaines de milliers de morts du conflit irakien.

Mais Tony Blair n'est pas Dominique de Villepin et l'on espérait encore vaguement, en l'écoutant répondre aux questions des cinq membres de la commission Chilcot, hier à Londres, que l'histoire ne résumera pas son passage aux affaires à son rôle dans cette tragédie.

La transformation d'un pays fracassé par les folies successives des Trade Unions et du thatchérisme en « Cool Britannia » prospère et sans chômage, c'est tout de même autre chose que le CPE ou une dissolution grotesque…

N'empêche, Blair n'a pas convaincu grand monde, n'exprimant ni remord ni regret à l'évocation du fiasco dans lequel il a contribué à plonger, et le peuple irakien, et les Britanniques eux-mêmes (179 soldats tués au dernier décompte), il s'est contenté de ressasser les même arguments sur la « nécessité absolue » de renverser le dictateur de Bagdad, armes de destructions massives ou pas :

« Je suis réellement convaincu que si nous avions laissé Saddam Hussein au pouvoir, a-t-il soutenu, et même avec ce que nous savons maintenant, nous aurions fini par devoir nous occuper de lui dans des circonstances où la menace aurait été pire, (…) voire dans circonstances où il aurait été plus difficile de mobiliser des soutiens contre cette menace. »

Au nom de l'arsenal nucléaire…


Mieux, l'ancien leader du New Labour ne présente plus l'absence d'armes de destruction massive en Irak comme la preuve d'une erreur de jugement de sa part - ce qu'il admettait pourtant dans une récente interview à la BBC -, mais bien comme une nouvelle légitimation de l'intervention :

« Ne posez pas la question de mars 2003, mais celle de mars 2010. Supposez que nous ayons reculé. Ce que nous savons maintenant est qu'il [Saddam Hussein] conservait l'intention et le savoir-faire intellectuel permettant de relancer un programme d'armes nucléaires ou chimiques une fois les inspecteurs partis. »

Assumant l'entier déroulé du processus, de l'entrée en guerre au bourbier actuel, il s'est toutefois déclaré « choqué et en colère » face à l'usage de la torture par les troupes américaines à Abou Ghraib. Il s'est pourtant, et à plusieurs reprises, égaré dans une tentative de rapprochement de la situation irakienne et des attentats du 11-Septembre, voire des questions iraniennes :

« Les gens ne savaient pas qu'Al-Qaeda et l'Iran joueraient le rôle qu'ils ont joué. C'est vraiment ces éléments extérieurs [Al-Qaeda et l'Iran] qui ont presque conduit à l'échec de cette mission.

Je n'ai jamais perçu le 11-Septembre comme une attaque contre l'Amérique. Je l'ai perçu comme une attaque contre nous, et j'avais dit que nous serions au côté des Américains. Nous l'avions été en Afghanistan et j'étais déterminé à l'être à nouveau. »

Un goût d'inachevé

Interrogé sur la brûlante question de la légalité de l'intervention et la décision de se passer d'une nouvelle résolution onusienne permettant effectivement l'usage de la force, Tony Blair a concédé qu'une seconde décision internationale « aurait été clairement préférable » à l'adossement à la seule résolution 1441, insistant néanmoins sur le « changement d'avis » in-extremis de son Attorney General Lord Philip Goldsmith - changement d'avis interprété comme un quasi feu-vert

Pour de nombreux commentateurs, comme pour les milliers de manifestants massés dans les rues de la capitale londonienne pendant l'audition, ce qui devait être le point d'orgue du travail de la commission Chilcot laisse un arrière-goût d'inachevé si le futur ambassadeur du groupe LVMH peut camper sur la certitude qu'il n'a fait que son devoir et, surtout, s'il reste inaccessible à une relecture du processus d'entrée dans la guerre et de ses conséquences sept ans après les premiers bombardements.

Le manque de pugnacité de ses interlocuteurs est également relevé dans de nombreux éditoriaux, de même que l'absence de conséquences judiciaires concrètes à quelques jours de la fin des sessions de la commission - même s'Il est possible que de nouvelles personnalités soient encore entendues en juillet prochain.

Au final, et ce n'est pas Dominique de Villepin qui dira le contraire, sa convocation d'appel en main, mieux vaut emmener son pays à la guerre qu'être mêlé à un maquillage de feuille Excel pour voir son avenir d'ancien Premier ministre s'éclaircir.

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