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20 mars 2010 6 20 /03 /mars /2010 20:09

Notre manière de penser est une question de vie ou de mort. Si ceux qui tiennent les rênes de la société se montrent capables de contrôler nos idées, ils sont assurés de rester au pouvoir. Nul besoin de soldats dans les rues. Cet ordre résulte d’un processus de sélection au cours duquel certaines idées sont promues par le biais des plus puissantes machines culturelles du pays. Nous devons réexaminer ces idées et réaliser comment elles s’opposent à notre expérience du monde. Nous serons alors en mesure de contester l’idéologie dominante.


Par Howard Zinn 

Traduit de l’anglais par Frédéric Cotton

De l’exercice de la justice aux motivations réelles des guerres, en passant par les conditions d’entretien de la violence économique et sociale, l’auteur illustre la manière dont la tenue des affaires du monde, c’est-à-dire de nos affaires, devrait être entre nos mains. Et toujours chez Howard Zinn le même optimisme sur la nature et le destin de l’humanité : l’histoire ne réserve que des surprises, et elles ne sont pas toutes mauvaises.

Howard Zinn (1922–2010) a enseigné l’histoire et les sciences politiques à la Boston University, où il était professeur émérite. Son œuvre (une vingtaine d’ouvrages) est essentiellement consacrée à l’incidence des mouvements populaires sur la société américaine.

***

Si nous étions vraiment entrés en guerre pour défendre certains principes moraux et lutter contre la distinction opérée par les nazis entre races inférieures et races supérieures, le gouvernement américain aurait sans doute tout fait de son côté pour faire disparaître la ségrégation raciale. Cette ségrégation, jugée légale par la Cour suprême en 1896 et appliquée aussi bien au Sud qu’au Nord, était admise non seulement par le gouvernement fédéral mais également par ceux des États.
Cette ségrégation s’appliquait jusque dans l’armée américaine. Nous rejoignîmes l’Angleterre à bord du Queen Mary. Ce paquebot de luxe avait été transformé en transport de troupes et nous étions 16000 soldats dont 4000 Noirs. Les Blancs avaient leurs quartiers sur le pont et sur le pont inférieur, mais les Noirs étaient cantonnés séparément, au plus profond du navire, à côté de la salle des machines, dans la partie la plus sombre et la plus crasseuse. Pour les repas, il y avait quatre services et les Noirs étaient bien entendu servis en dernier. Quant aux officiers, ils mangeaient aux chandelles dans ce qui avant guerre faisait office de salle de bal. Même si nous étions en guerre, les rapports de classes ne souffraient aucun changement.
Sur le front intérieur, la discrimination raciale à l’emploi se poursuivait. Il fallut que Philip Randolph, dirigeant du syndicat noir Brotherhood of Sleeping Car Porters, menace d’organiser – en pleine guerre – une marche sur Washington pour que le Président daigne signer un décret sur la mise en place d’une commission sur l’égalité des chances au travail. Mais ses directives ne furent pas appliquées et la discrimination persista. Le porte-parole d’une usine d’aéronautique de la côte Ouest affirmait clairement : « Les Noirs ne seront employés que comme gardiens ou autres postes subalternes du même ordre, […] sans tenir compte de leurs éventuelles qualifications en aéronautique. Nous ne les embaucherons pas. »
Dans une université noire, un étudiant déclara à son professeur : « L’armée pratique la ségrégation. La marine nous cantonne dans des postes de serveurs au mess des officiers. La Croix-Rouge ne veut pas de notre sang. Les patrons et les syndicats ne veulent pas de nous. Les lynchages continuent. On nous traite comme des esclaves. On est raciste avec nous et on nous crache au visage. Qu’est-ce que Hitler pourrait nous faire de plus ? » Walter White, responsable de la National Association for the Advancement of Colored People (NAACP), rapporta ces propos devant une audience composée de plusieurs milliers de Noirs du Midwest pour provoquer leur indignation. Au lieu de cela, admettra-t-il plus tard, et « à [sa] grande surprise, le public applaudit à tout rompre cette déclaration et il [lui] fallut trente à quarante secondes pour rétablir le calme. »

 

 

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