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2 avril 2010 5 02 /04 /avril /2010 13:10

 

 

   

La monarchie est une institution décadente et inutile. Les discours du 21 juillet et de la Noël (des marronniers, dans le jargon journalistique), les voyages officiels à l'étranger, les visites de compassion sur les lieux des catastrophes, bref tout ce qui rend le roi des Belges et sa famille sympathiques aux yeux de leurs "sujets" n'est pas l'apanage de la monarchie : le président de la république italienne, celui de l'Allemagne ou celui de la confédération suisse, par exemple, s'acquittent tout aussi bien de ces "devoirs".


 

Par Jean-Marie Dermagne

 « Mais en cas de crise ‘à la belge’? » : selon les thuriféraires de la monarchie (dans les rangs desquels on trouve surtout des Bruxellois francophones, mais fort peu de Wallons et quasiment plus de Flamands), lorsque le gouvernement chute ou lorsque les élections révèlent des forces centrifuges, rien de tel que l'autorité morale d'un roi "au-dessus de la mêlée". Paradoxalement, tout le monde admet que cette autorité est purement symbolique et même factice : sous couvert de décisions royales, ce sont tout de même les partis politiques prêts à gouverner qui soufflent les solutions au palais. Les médias jouent les dupes, c’est tout. Quant à l’élévation par dessus de « la mêlée », cet attribut royal est loin d'être incontestable : longtemps les socialistes l'ont dénié avec virulence, avant de virer leur cuti pour des raisons dont personne n'ignore qu'elles sont tactiques. Même chose chez les écologistes qui se sont courbés par opportunisme, malgré un vote républicain d’une assemblée générale célèbre et, en théorie, souveraine chez eux. Côté flamand, n'en parlons même pas : la monarchie a toujours été considérée comme francophone et catholique. Pour assumer avec sagesse le rôle de chef de l’Etat, il y a, des deux côtés de la frontière linguistique, des femmes et des hommes dont l’envergure est telle qu'aucune des grandes communautés ne crierait au scandale si une telle personnalité était portée à la présidence de la république belge. Herman Van Rompuy est devenu président européen sans que ses concitoyens francophones n'y trouvent absolument rien à redire : pourquoi ne pas en faire un jour un président de Belgique, si celle-ci résiste encore quelques années aux poussées séparatistes. Il y a belle lurette que les Wallons et les Bruxellois francophones ont renoncé à exiger que le Premier ministre soit choisi dans leurs rangs : comme le chef de l’Etat a beaucoup moins de pouvoirs que le chef du gouvernement,  tous se plieraient sans doute à la loi de la majorité linguistique. Et si, le moment venu, on ne trouve personne à l’aura incontestable dans l'une des deux grandes communautés, il se trouvera bien un représentant de la petite communauté germanophone pour sortir le pays de l'impasse. Au moins y aura-t-il, dans tous les cas, élection  - par le parlement - et ça présente moins de risques que la filiation et la génétique ! 
 
« Si un président sage et bi(ou tri)lingue a les mêmes ‘ vertus’ qu'un roi modéré, pourquoi tout chambouler pour remplacer le second par le premier ? » objecteront les pragmatiques. C'est tout simple : parce que tous les pouvoirs émanent de la Nation, non de l'hérédité. Aussi parce que tous les êtres humains naissent libres et égaux en dignité et en droits. Ces deux principes, ajoutés à quelques autres du même ordre, devraient avoir enterré le régime monarchique depuis des lustres car, quoi qu’en disent certains, monarchie et démocratie sont antinomiques, comme on l’enseigne depuis Platon ! Que le roi soit ‘constitutionnel’ bride certes ses pouvoirs mais ne dissout pas l’antagonisme ! Ajoutons à cela que le régime constitutionnel  en place accorde au monarque des privilèges insensés, comme l'inviolabilité de sa personne qui l’autoriserait, par exemple, à frauder le fisc ou à pratiquer la traite des êtres humains, sans encourir le moindre risque pénal. Et cette inviolabilité du roi profite, de facto, à ses enfants qu'on n'a jamais vu comparaître devant un tribunal (sauf comme témoin) alors que, si l’on en croit la presse, ils ont pu, comme tout un chacun, faire l’objet de constats d’excès de vitesse au volant…  
 
Si l’argument démocratie doit suffire à sceller le sort d'un régime hérité de l'antiquité et du moyen-âge, l'argument prosaïque du coût du régime monarchique n'est pas à balayer d'un revers de la main comme le font tous les courtisans. Sur ce terrain, la sempiternelle comparaison avec le régime français est à éviter car la Vème république est quasi impériale et le côté « bling-bling » du  locataire actuel de l’Elisée coûte très cher aux contribuables de l’hexagone. Comparons ce qui est comparable : la monarchie belge est nettement plus coûteuse pour les finances publiques que les présidences suisse, autrichienne, allemande ou tchèque, entre autres. Le roi en exercice perçoit une colossale dotation mais aussi chacun de ses trois enfants et, cerise sur le gâteau royal, également la veuve de son prédécesseur ! 
 
Ceux qui, en Belgique, plaident pour conserver au roi son "pouvoir d'influence" ne sont pas tous indemnes du soupçon d’y avoir quelque intérêt personnel : ils ont en général l'oreille du souverain et peuvent, en cas de besoin, orienter le cours des événements. Comme les maires du palais chez les Mérovingiens,  en quelque sorte… Difficile, dans un régime qui se dit démocratique, de vanter, sans un brin d’incohérence, le caractère bénéfique d'un pouvoir d'influence c'est-à-dire, pour l'essentiel, d'un pouvoir occulte. Les politiques (ou les constitutionalistes) qui  n’ont pas leurs entrées à la cour prêchent souvent, quant à eux, pour l'avènement d'une monarchie belge  ‘à la suédoise’.  Dans l’esprit de beaucoup,  ce serait, comme le dénoncent leurs adversaires, une transition douce et diplomatique vers la république. Pourquoi cette frilosité dans le changement institutionnel, même chez ceux qui, en privé, avouent une fibre républicaine pure et dure et une crainte que le prochain roi ne soit pas aussi modéré et effacé que son père… Sans doute, par la peur, qui existait déjà en France en 1789, de subir, d'une façon ou d'une autre, un veto royal !  Qui veut rester ou devenir ministre se dit in petto qu’il est prudent de conserver une déférence de façade. Mais personne n'est dupe : la monarchie protocolaire est, pour les timides qui ont intériorisé la condition de sujets ou les ambitieux pressés, le cache-sexe de la république.  





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