Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog
17 juillet 2010 6 17 /07 /juillet /2010 12:16


La Camarade Laxmi, qui est une fille magnifique avec une longue tresse, me raconte qu’elle a regardé la Judum brûler trente maisons dans son village Jojar. « Nous n’avions pas d’armes alors » dit-elle « nous ne pouvions rien faire sauf regarder ». Elle a rejoint la PLGA juste après. Laxmi était une des 150 guérilleros qui ont marché à travers la jungle durant trois mois et demi en 2008, de Nayagarh dans l’Orissa, pour faire une descente dans un arsenal de la police où ils ont saisi 1.200 fusils et 200.000 cartouches.

La Camarade Sumitra a rejoint la PLGA en 2004, avant que la Salwa Judum ne commence à tout saccager. Elle dit qu’elle l’a rejointe parce qu’elle voulait s’enfuir de sa maison. « Les femmes sont contrôlées dans tous les sens » me dit-elle. « Dans notre village, les filles n’étaient pas autorisées à grimper dans les arbres et si elles le faisait, elles auraient à payer une amende de 500 roupies ou d’une poule. Si un homme frappe une femme et qu’elle le frappe en retour, elle doit donner une chèvre au village. Les hommes s’en vont ensemble dans les collines durant des mois pour chasser. Les femmes ne sont pas autorisées à s’y rendre, la meilleure partie de la viande est pour les hommes. Les femmes ne peuvent pas manger d’œufs ». Une bonne raison pour rejoindre une armée de guérilla ? Sumitra raconte l’histoire de deux de ses amies, Telam Parvati et Kamla qui travaillaient avec le KAMS. Telam Parvati venait du village de Polekaya dans le Bastar Sud. Comme tout le monde là, elle a aussi regardé la Salwa Judum brûler son village. Elle a alors rejoint la PLGA et est allée travailler sur les marches de Keshal. En 2009, elle et Kamla venaient juste de terminer d’organiser les célébrations de la journée des femmes du 8 mars dans la région. Elles étaient ensemble dans une petite hutte juste à l’extérieur d’un village appelé Vadgo. Durant la nuit, la police a encerclé la hutte et a commencé à tirer. Kamla a risposté mais a été tuée. Parvati s’est échappée, mais a été retrouvée et tuée le jour suivant.
C’est ce qui est arrivé l’an dernier lors de la Journée des Femmes. Et voici un reportage de presse d’un journal national à propos de la Journée des Femmes cette année.

Les rebelles du Bastar se battent pour les droits des femmes, Sahar Khan, Mail Today, Raipur, 7 mars 2010.
Le gouvernement peut avoir mis tous les stops pour combattre la menace maoïste dans le pays. Mais une section de rebelles du Chhattisgarh a des questions plus urgentes en main que la survie. Avec la Journée Internationale des Femmes au coin de la rue, les maoïstes de la région du Bastar ont appelé à une semaine de ‘célébrations’ pour préconiser les droits des femmes. Des affiches ont également été apposées à Bijapur, une partie du district de Bastar. L’appel de ces soi-disants champions des droits des femmes a laissé la police d’état étonnée. L’inspecteur général (IG) du Bastar T.J. Longkumer a dit « Je n’ai jamais vu un tel appel venant des naxalites, qui ne croient qu’à la violence et au carnage »
.

Et puis le reportage continue en disant :

« Je pense que les maoïstes essayent de riposter à notre Jan Jagran Abhiyaan (campagne de sensibilisation de masse) très réussie. Nous avons commencé la campagne en cours avec l’objectif de gagner un soutien populaire pour l’Opération Green Hunt, qui a été lancée par la police pour déraciner les extrémistes d’extrême gauche » a dit l’IG.

Ce cocktail de méchanceté et d’ignorance n’est pas inhabituel. Gudsa Usendi, chroniqueur du Parti actuellement en sait plus à propos de ceci que la plupart des gens. Son petit ordinateur et son enregistreur MP3 sont remplis de déclarations de presse, de démentis, de corrections, de littérature du Parti, de listes des morts, de clips vidéos et audio et de matériel vidéo. « La pire chose en étant Gudsa Usendi » dit-il « est d’émettre des clarifications qui ne sont jamais publiées. Nous pourrions sortir un épais livre de nos clarifications non publiées, à propos des mensonges qu’ils disent à propos de nous ». Il parle sans trace d’indignation, en fait avec un certain amusement.

« Quelle est l’accusation la plus ridicule que vous avez dû nier ? »

Il réfléchi. « En 2007, nous avons dû sortir une déclaration disant « Nahi bhai, humney gai ko hathode say nahin mara » (Non frère, nous n’avons pas tué les vaches avec des marteaux). En 2007, le Gouvernement Raman Singh a annoncé un Gai Yojana (plan vache), une promesse électorale, une vache pour chaque Adivasi. Un jour, les chaînes de télévision et les journaux ont rapporté que les naxalites avaient attaqué un troupeau de vaches et les avaient matraquées à mort - avec des marteaux - parce qu’ils étaient anti-hindou, anti-BJP. On peut imaginer ce qui est arrivé. Nous avons sorti un démenti. Presque personne ne l’a reproduit. Plus tard, il s’est avéré que l’homme qui avait reçu les vaches pour les distribuer était une crapule. Il les a vendues et a dit que nous l’avion pris en embuscade et tué les vaches ».

Et la plus grave ?

« Oh, il y en a des douzaines. Ils mènent une campagne après tout. Quand la Salwa Judum a débuté, le premier jour, ils ont attaqué un village appelé Ambeli, l’ont brûlé et puis l’ensemble d’entre eux, les SPO, le Bataillon Naga, la police, a bougé vers Kotrapal... vous devez avoir entendu parler de Kotrapal ? C’est un célèbre village qui a été brûlé 22 fois pour avoir refusé de capituler. Quand la Judum a atteint Kotrapal, notre milice l’attendait. Ils avaient préparé une embuscade. Deux SPO sont morts. La milice en a capturé sept, le reste s’est enfui. Le lendemain, les journaux ont rapporté que les naxalites avaient massacré de pauvres Adivasis. Certains ont dit que nous en avions tué des centaines. Même un magazine honorable tel que ‘Frontline’ a dit que nous avions tué 18 adivasis innocents. Même K. Balagopal, le militant pour les droits humains, qui est habituellement méticuleux à propos des faits, a dit cela. Nous avons envoyé une clarification. Personne ne l’a publiée. Plus tard, dans son livre, Balagopal a reconnu son erreur ... Mais qui l’a noté ? »

J’ai demandé ce qui était arrivé aux sept personnes qui avaient été capturées.

« Le Comité Régional a appelé un Jan Adalat (Tribunal Populaire), 4.000 personnes y ont assisté. Ils ont écouté toute l’histoire. Deux des SPO ont été condamnés à mort. Cinq ont été avertis mais pas punis. Le peuple a décidé. Même avec des indicateurs - ce qui est en train de devenir actuellement un problème énorme - les gens ont écouté l’affaire, les histoires et les confessions et ont dit « Iska hum risk nahin le sakte » (Nous ne sommes pas prêts à prendre le risque de faire confiance à cette personne) ou « Iska risk hum lenge » (Nous sommes prêts à prendre le risque de faire confiance à cette personne). La presse parle toujours des informateurs qui sont tués. Jamais des nombreux que nous laissons partir. Jamais des gens que ces informateurs ont tués. Donc, tout le monde pense que c’est une procédure sanguinaire durant laquelle tout le monde est toujours tué. Cela n’est pas une revanche, cela concerne notre survie et la sauvegarde de nos vies futures. Bien sûr, il y a des problèmes, nous avons fait des erreurs terribles, nous avons même tué les mauvaises personnes dans nos embuscades, pensant que c’était des policiers, mais ce n’est pas la façon dans c’est raconté dans les médias ».

Les redoutés ‘Tribunaux Populaires’. Comment pouvons-nous les accepter ? Ou approuver cette forme de justice grossière ?

D’un autre côté, qu’en est-il des faux ‘combats’ et autres - la pire forme de justice sommaire - qui rapportent aux policiers et aux soldats des médailles de bravoures, des récompenses pécuniaires et des promotions de la part du gouvernement indien ? Au plus ils tuent, au plus ils sont récompensés. Ils sont appelés ‘Cœurs Courageux’, les ‘spécialistes des combats’. Nous sommes appelés ‘anti-nationaux’, ceux d’entre nous qui osent leur poser des questions. Qu’en est-il de la Cour Suprême qui a crânement admis ne pas avoir assez de preuves pour condamner Mohammed Afzal (accusé dans l’Attaque du Parlement en décembre 2001) à mort, mais l’a fait quand même, parce que ‘la conscience collective de la société ne sera satisfaite que si la peine capitale est décernée au coupable’.

Au moins, dans l’affaire du Kotrapal Jan Adalat, le collectif était physiquement présent pour prendre sa propre décision. Elle n’a pas été prise par des juges qui avaient perdu tout contact avec la vie ordinaire il y a très longtemps, supposant parler au nom d’un collectif absent. Je me demande ce que devrait avoir fait la population de Kotrapal ? Envoyé à la police ?

Le son des tambours est devenu vraiment fort. C’est l’heure de Bhumkal. Nous marchons vers le terrain. Je peux difficilement en croire mes yeux. Il y a une mer de gens, la plupart sauvages et beaux, vêtus des façons les plus fantaisistes et magnifiques. Les hommes semblent avoir fait beaucoup plus attention à eux-même que les femmes. Ils ont des coiffures à plumes et des tatouages peints sur leur visage. Beaucoup ont les yeux maquillés et les visages poudrés en blanc. Il y a beaucoup de miliciens, de filles en saris de couleurs à couper le souffle avec des fusils suspendus négligemment à leurs épaules. Il y a des vieux, des enfants et des arcs de guirlandes rouges à travers le ciel.


Fête de Bhumkal

 

Le soleil est haut et vif. Le Camarade Leng parle. Ainsi que plusieurs titulaires de bureau des diverses Janatana Srakars. La Camarade Niti, une femme extraordinaire qui est avec le Parti depuis 1997, est une telle menace pour la nation, qu’en janvier 2007, plus de 700 policiers ont encerclé le village d’Innar parce qu’ils avaient entendu qu’elle était là. La Camarade Niti est considérée comme tellement dangereuse, et est chassée avec un tel désespoir, pas parce qu’elle a mené de nombreuses embuscades (ce qu’elle a fait), mais parce qu’elle est une femme adivasi aimée par les gens dans le village et est une réelle inspiration pour les jeunes. Elle parle avec son AK à l’épaule. (C’est un fusil qui a une histoire. Le fusil de pratiquement chacun a une histoire : à qui il a été saisi, comment, et par qui)

Une troupe CNM présente une pièce à propos du soulèvement de Bhumkal. Les méchants colonialistes blancs portent des chapeaux et des cheveux de paille dorée, et tyrannisent et frappent les adivasis comme plâtre - entraînant un délice sans fin dans le public. Une autre troupe venant du Gangalaur Sud présente un spectacle appelé Nitir Judum Pito (Histoire de la Chasse Sanguinaire). Joori traduit pour moi. C’est l’histoire de deux vieilles personnes qui s’en vont à la recherche du village de leur fille. Alors qu’ils marchent à travers la forêt, ils se perdent parce que tout est brûlé et méconnaissable. La Salwa Judum a même brûlé les tambours et les instruments de musique. Il n’y a pas de cendres parce qu’il a plu. Ils ne peuvent pas trouver leur fille. Dans son chagrin, le vieux couple commence à chanter, et les entendant, la voix de leur fille venant des ruines leur chante en retour : le bruit de notre village a été réduit au silence, chant-t-elle. Il n’y a plus de battement de riz, plus de rires. Plus d’oiseaux, plus de chèvres qui bêlent. La corde tendue de notre bonheur a été cassée net. Son père chante en retour : Ma fille magnifique, ne pleure pas aujourd’hui. Tous ceux qui naissent doivent mourir. Ces arbres autour de nous tomberons, les fleurs fleuriront et se flétriront, un jour ce monde vieillira. Mais pour qui mourons-nous ? Un jour, nos pillards apprendront, un jour la Vérité l’emportera, mais notre peuple ne t’oubliera jamais, pour des milliers d’années.


Performance à la fête de Bhumkal

Quelques discours supplémentaires. Puis les tambours et des danses commencent. Chaque Janatana Sarkar a sa propre troupe. Chaque troupe a préparé sa propre danse. Elles arrivent une par une, avec d’énormes tambours et elles dansent des histoires sauvages. Le seul personnage que toutes les troupes ont en commun est Bad Mining Man, avec un casque et des lunettes sombres, qui fume habituellement une cigarette. Mais il n’y a rien de rigide ou de mécanique dans leurs danses. Comme elles dansent, la poussière s’élève. Le son des tambours devient assourdissant. Petit à petit, la foule commence à se balancer. Et puis elle commence à danser. Ils dansent en petite lignes de six ou sept, les hommes séparés des femmes, avec leur bras autour de la taille l’un de l’autre. Des milliers de gens.
Ceci est ce pourquoi ils sont venus. Pour ça. La joie est prise très au sérieux ici, dans la forêt de Dandakaranya. Les gens marcheront des kilomètres, durant des jours ensemble pour fêter et chanter, pour mettre des plumes dans leurs turbans et des fleurs dans leurs cheveux, pour se serrer l’un l’autre dans les bras et boire la mahua [25] et danser toute la nuit. Personne ne chante ou ne danse tout seul. Ceci, plus que tout le reste, indique leur mépris vis à vis d’une civilisation qui cherche à les anéantir.

Je ne peux pas croire que tout ceci se déroule sous le nez de la police. En plein milieu de l’Opération Green Hunt.

D’abord, les camarades de la PLGA regardent les danseurs, debout à côté de leurs fusils.

 

[25] Boisson très appréciée à base de fleur de mahua

 

Partager cet article

Repost 0

commentaires

Présentation

  • : Barricades
  • Barricades
  • : C'est l'espace (un de plus mais il n'y en a jamais assez) des sans-voix, des opprimés, mais aussi celui des femmes et des hommes qui agissent pour le plus grand bien de la Révolution.
  • Contact

Recherche

Archives

Pages