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8 mars 2010 1 08 /03 /mars /2010 11:09



Qui a inventé le 8 mars ? Kollontaï, Alexandra. Retour sur une vie magnifique, d’une femme qui avait autant d’avance sur son temps qu’Olympe de Gouges pendant la Révolution française.

Renaud Chenu et Joelle Losson - Gospozha / dimanche 7 mars

Aplomb, intelligence, goût de la vie : Alexandra Kollontai refuse à 17 ans un mariage de convenance, quitte sa famille, et épouse trois ans plus tard un jeune officier de jolie tournure, qu’elle quitte lorsqu’elle ne l’aime plus, donc assez vite. Elle vit à Berlin, Paris, Genève, en Italie, rencontre Plekhanov, Lénine, Rosa Luxemburg, Karl Liebnekt, Clara Zetkin, Kautsky, Paul Lafargue… la fine fleur de la révolution en marche ! Rentrée en Russie en 1905 elle révèle ses talents d’oratrice révolutionnaire et féministe et en 1907 participe à la prise du Palais d’Hiver, un pur moment de plaisir. Déjà, on lui reproche de n’être ni pauvre, ni moche.

Alexandra Kollontaï - JPG - 45.8 ko
Alexandra Kollontaï - Photo George Grantham Bain
Collection Library of Congress

« Les dogmes vétustes de la morale bourgeoise hypocrite »

En 1910, au 2e congrès de l’Internationale à Copenhague, elle représente les ouvrières du textile de Saint-Pétersbourg. C’est là qu’est adoptée la décision de fêter chaque 8 mars, la Journée internationale des femmes. Méprisant « les dogmes vétustes de la morale bourgeoise hypocrite », dans ses écrits comme dans sa vie, elle assume avec bonheur ses liaisons amoureuses, choquant Lénine, entre autres. Elle investit tous les terrains, sur le plan international, pour donner crédibilité à la révolution bolchévique.


Multipliant avec succès conférences et meetings, elle revient en Russie en mars 1917 ; seule femme au comité central bolchevik, elle se prononce pour l’insurrection d’Octobre. L’action des femmes et de Kollontaï, Commissaire du peuple à l’Assistance publique, permet d’obtenir le droit de vote et d’être élues, le droit au divorce, l’accès à l’éducation, un salaire égal à celui des hommes, des congés maternité.

Elle fait aussi adopter le mariage civil, l’égalité entre enfants légitimes et naturels, le droit à l’avortement.


« La Kollontaïnette part pour l’étranger ; si ça pouvait être pour toujours ! »

Au banc de l’appareil du Parti dont elle critique le fonctionnement et les concessions bourgeoises, elle est attaquée en tant que femme : les journaux de l’époque l’appellent la « scandaleuse », l’« immorale », elle fait vaillamment front mais quand, représentante du Comité Central Exécutif des Conseils des Députés des Soldats, Ouvriers et Paysans, elle se rend aux États-Unis, ils commentent ainsi son départ : « La Kollontaïnette part pour l’étranger ; si ça pouvait être pour toujours ! » Sa réputation « sulfureuse » est utilisée pour la discréditer. Parce que les enflures dans la presse, ça ne date pas d’hier : ceux qui n’ont pas de conscience ont besoin de la « morale » et placent souvent cette dernière dans les petites culottes des femmes.


Chapeau-bas

Alexandra, fière et sûre d’elle, défend l’amour libre, refuse la famille traditionnelle, agaçant toujours le vieux Lénine, et bien d’autres. Ralliant la minorité de l’ « Opposition ouvrière » au sein du parti bolchevik, elle continue activement la propagande révolutionnaire . En 1922, première femme à occuper un poste de diplomate, elle représente la Russie soviétique en Norvège. Membre honoraire de la « British Society for Sex Psychology », elle écrit notamment Le Mode de vie et la morale prolétarienne. Après une mission au Mexique, elle redevient en 1927 ambassadeur d’URSS en Norvège puis en Suède. Avec son expérience politique et sa connaissance des turpitudes masculines, manœuvrant avec intelligence, elle échappe même aux purges staliniennes. Chapeau-bas.

 

 

 

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